Domenico Beccafumi, « Marco Manlio gettato dalla Rupe Tarpea »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

Marco Manlio gettato dalla Rupe Tarpea (Marcus Manlius Capitolinus précipité du haut de la roche Tarpéienne), entre 1529 et 1535.

Fresque de la voûte de la salle du Consistoire.

Inscriptions :

  • (dans le cartouche, sous la fresque) : « MARCVS MANILIVS [1] »

Provenance : In situ

Sienne, Palazzo Pubblico, Sala del Concistoro.

La représentation de la mort de Marcus Manlius, précipité du haut de la roche Tarpéienne [2] pour avoir trahit les idéaux républicains en voulant se faire roi, est particulièrement significative au sein du programme iconographique de la salle du Consistoire, non seulement parce que cette mort possède une haute valeur symbolique, mais encore parce qu’elle entretient d’étroits rapports avec les us et coutumes à Sienne depuis l’époque médiévale, toujours en vigueur à l’époque où peint Beccafumi. Ce rapport est encore souligné par le fait que le peintre, loin de représenter la réalité du paysage romain, inscrit la scène dans un décor architectural percé d’ouvertures au-delà desquelles un siennois du XVIe siècle aurait parfaitement reconnu le cadre urbain qui se déployait alors en arrière plan du Campo. C’est ainsi, écrit Pascale Dubus [3], que « le spectateur pouvait contempler par deux fois le même paysage urbain en abaissant son regard dans la même direction depuis la fresque jusqu’à la fenêtre. Marcus [Manlius] aurait-il subi son châtiment, non pas au Capitole mais au Palais public même ? Disons plutôt que Marcus [Manlius] est une figure exemplaire pour une République dont l’usage était de précipiter hors des fenêtres du Palais les condamnés politiques. En effet, on dénombre entre 1480 et 1490 cinquante et une précipitations, pour la plupart précédées de la mise à mort au sein même du Palais (sans doute par mesure de sécurité, la hauteur des fenêtres ne donnant pas toute l’assurance du décès en cas de chute simple) ». Le cadavre était alors « soumis au regard de la foule pendant plusieurs heures. Une telle opération n’est pas sans rappeler la pratique antique de l’exposition du corps mort sur les rostres à l’époque impériale : lorsque le public n’est plus convié au spectacle de la mise à mort, le rituel de séparation se condense dans l’unique spectacle du cadavre ».

La scène se déroule dans un cadre architectural qui, nous l’avons vu, est semblable, à peu de chose près, à celui de la Décapitation de Spurius Cassius, et l’apparente étroitement avec la Justice qui trône au centre du plafond. Au-delà de l’oculus étrangement percé au centre d’une voûte ogivale, on aperçoit encore le bourreau qui vient de précipiter le condamné dans le vide.

[1] Le cartouche porte la mention « MANILIUS » au lieu de « MANLIUS ». De ce fait, il existe un risque de confusion entre Marcus Manlius Capitolinus, héros républicain victime de sa coupable ambition dont l’issue est représentée ici, et le poète astrologue romain du 1er siècle de notre ère Marcus Manilius.

[2] « M. Manlius fut précipité de ce même rocher [la roche Tarpéienne, sur le Capitole] d’où il avait repoussé les Gaulois, pour avoir formé une entreprise criminelle contre la liberté après l’avoir vaillamment défendue. Cette juste punition fut sans doute ainsi motivée : ‘Tu étais Manlius à mes yeux lorsque tu précipitais les Sénonais du haut du Capitole ; mais, du moment que tu t’es mis à les imiter, tu n’es plus qu’un Sénonais.’ Son châtiment comportait en outre une flétrissure pour toujours. C’est en effet à cause de lui qu’une loi défendit à tout patricien d’habiter la hauteur de la citadelle ou du Capitole : car Manlius avait eu sa maison à l’endroit où nous voyons aujourd’hui le temple de Junon Moneta ». Valère Maxime, Dits et faits mémorables, VI, 3, 1a.

[3] Pascale Dubus, « Politiques de la représentation de la mort : la république, le peintre, l’empereur. Les fresques de Domenico Beccafumi au Palais public de Sienne (1529-1335) », Mélanges de l’école française de Rome, Année 1987, 99-2, p. 1134.

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