Le « Costituto » de Sienne

Le Costituto Senese est la traduction en italien d’un premier texte rédigé en latin en 1296, le Statuto. Ce document original se composait de six Distinzioni, chacune d’elles divisées en diverse rubriques. Globalement, les Distinzioni traitaient de différentes matières telles que : Constitution, Droit public, Droit pénal et civil, normes administratives urbaines, normes diverses ayant une valeur civique importante (viabilité, gestion des espaces publics, questions d’hygiène et de décor urbain). Une importante partie de ce texte apparaissait comme une sorte de programme politique qui devait pouvoir être lu, permettant ainsi à tous les citoyens d’être en mesure de juger de sa mise en œuvre dans les faits.

En 1309, treize ans après sa rédaction latine, le Statuto est traduit « en langue vulgaire, en bonnes grosses lettres, bien lisibles et bien formées, sur du bon parchemin de mouton […] pour que les gens pauvres et les personnes qui ne connaissent pas la grammaire, et d’autres, tous ceux qui le voudront, puissent voir et copier ou dessiner et les avoir à leur disposition [1] », selon la demande formulée par le gouvernement.

La copie du Costituto, intelligible par tous, était exposée au public afin d’être également accessible matériellement, attachée à une chaîne de fer visant à éviter tout vol et toute falsification.

Cette première Constitution avant la lettre, acte de démocratie sans précédent, précisait, enfin, que tout gouvernant devait surtout avoir à cœur « la beauté de la ville, pour le plaisir et la joie des étrangers, pour l’honneur, la prospérité et la croissance de la cité et de ses citoyens », afin que chacun d’eux fasse encore plus sienne la « chose publique ». On ne s’étonnera donc pas du fait qu’à la même période, la République ait multiplié les grands décors dont la vocation fut à la fois ornementale et citoyenne.

[1] « […] in lingua volgare di lettera grossa, bene leggibile et bene formata, in buon carte pecorine […] acciocché le povare persone et altre persone che non sanno grammatica, et li altri, è quali vorranno, possano esso vedere et copia inde trarre et avere alla loro volontà ». Voir : Il Costituto del Comune di Siena volgarizzato l’anno MCCCIX-MCCCX, éd. par Alessandro Lisini. Sienne, Lazzeri, 1903, pp. 1 et 126-127 ; Odile Redon, L’espace d’une cité. Sienne et le pays siennois (XIIIe-XIVe siècles). Rome, École Française de Rome, 1994 (Publications de l’École française de Rome, 200), pp. 34-38.

[2] « […] massimamente la bellezza della città, per cagione di diletto e allegrezza ai forestieri, per onore, prosperità e accrescimento della città e dei cittadini”.