Neroccio di Bartolomeo de’ Landi, « Predica di San Bernardino in Piazza del Campo »  ; « Liberazione di un’ossessa durante il trasporto del corpo del santo »

Neroccio di Bartolomeo de’ Landi (Sienne, v. 1365/1370 – …, v. 1435)

Predica di San Bernardino in Piazza del Campo (Prédication de saint Bernardin sur la place du Campo) ; Liberazione di un’ossessa durante il trasporto del corpo del santo (Libération d’une possédée pendant le transport de la dépouille du saint), v. 1470-1480.

Tempéra et or sur panneau, 38 x 78 cm.

Provenance :

Sienne, Palazzo Pubblico, Museo Civico.

Ces deux scènes constituent un fragment de la prédelle d’un retable dont aucun autre élément n’est connu aujourd’hui. L’épisode de gauche représente l’un des célèbres sermons prononcé par Bernardin de Sienne sur la Piazza del Campo en 1425 ou en 1427. Dans l’espace urbain représenté, reconnaissable entre tous, on observe que la chapelle du Campo est encore dépourvue de la couverture en voûte d’ogive ajoutée par Antonio Federighi. On remarque également que l’assemblée est divisée en hommes et femmes. L’épisode de droite illustre l’un des premiers miracles posthumes attribués à Bernardino, survenu immédiatement après sa mort à L’Aquila en 1444. Lors du transport du corps du saint à l’église San Francesco, une femme possédée par un démon aurait été libérée. L’œuvre a probablement été réalisée durant la période de collaboration entre Neroccio et Francesco di Giorgio Martini, dont le goût architectural se reflète dans l’édifice de style Renaissance qui sert de toile de fond à la Libération de la femme possédée par le démon.

Le panneau de Neroccio de’ Landi conservé au Palais Communal de Sienne représente l’un des prêches prononcés par Bernardin de Sienne en 1425 ou en 1427. Il a parfois été interprété non pas comme une Prédication de saint Bernardin, mais comme une Apparition du saint : il témoignerait d’une déformation du thème iconographique de la prédication due à l’influence qu’aurait exercée la fête « théâtrale » sur la peinture.

Dans la scène du Prêche de saint Bernardin, on observe l’étonnante déformation subie par la façade du Palais Communal qui ferme l’espace à l’arrière plan : l’image peinte de cette façade ne correspond pas à ce qu’elle était – et est toujours – dans la réalité ; les fenêtres imaginées par Neroccio ne sont conformes à celles qui rythmaient la façade sur le Campo ni par leur nombre ni par leur disposition. Cette déformation est d’autant plus surprenante que le Palais était l’un des « objet siennois » par excellence, sorte d’emblème ou de symbole architectural de la cité. À la même époque, Sano di Pietro situe parfaitement la même scène devant une vue exacte de l’édifice (fig. 1). L’inexactitude de Neroccio ne peut évidemment pas être la conséquence d’une difficulté à dessiner l’architecture : le panneau adjacent du Miracle d’une possédée pendant le transport de la dépouille de saint Bernardin (fig. 2) suffirait à le prouver et il y a, au contraire, dans le panneau de la Prédication un « rattrapage » très astucieux de l’inexactitude qui fait qu’elle n’apparaît qu’à un examen attentif. L’incorrection du dessin de Neroccio a, sans doute, une tout autre explication. Il lui fallait, sur une surface de dimensions très réduites (37 x 38 cm), rapprocher ce qui était ressenti comme les deux pôles entre lesquels se déroulait la prédication du Franciscain : la tribune officielle de l’onoranza, sur laquelle prenaient place les dignitaire du gouvernement et la capella di Piazza, dont on connaît l’importance du point de la dévotion. Car ce n’est pas seulement la façade du Palais qui est inexacte ; la chapelle elle-même semble « flotter » devant l’édifice, ne pas appartenir exactement au même espace et tout se passe, dans l’espace du panneau, comme si l’image de la chapelle était « plaquée », introduite d’une manière un peu forcée qui entraine une adaptation complémentaire de la façade. Au contraire, le format plus grand (163 x 102) du panneau de Sano di Pietro permet à celui-ci de faire figurer ces deux mêmes pôles sans devoir déformer ou adapter le dessin de la façade. Ce qui compte finalement dans l’œuvre de Neroccio, c’est que i’on y voit le peintre créer une image qui mêle la scène réelle d’une prédication et l’image mentale de la place où elle s’est déroulée, le Campo. On peut même dire que l’iconographie de Neroccio est, pratiquement, l’iconographie de la « prédication officielle » sur le Campo ; c’est ce qu’évoque un passage de Tizio sur la prédication de 1425 : « À 10 heures, il prononça son dernier sermon et il dit ce qu’il avait à dire […] et célébra ensuite la messe au pied du palais, tandis que de la tour, les trompettes et les flûtes sonnaient au rythme de la gloire, et il y avait là plus de 20 000 personnes. »[1]« A’10 fu l’ultima di dette prediche e disse la partita sua […], dipoi disse la Messa a piè al palazzo, sonando a tempi a gloria la torre e le trombe e piffare, e vi fu più di 20 mila persone. » Sigismondo TIZIO, Historiae Senenses, Bibl. Comm. de Sienne, Cod. B III 9, p. 203.. Le second panneau de Sano di Pietro montrant la prédication sur la place de San Francesco offre une image très différente (fig. ) : hommes et femmes sont toujours séparés, mais l’apparat a disparu, l’atmosphère est plus intime et la tablette est remplacée par le Crocifisso. Cette double iconographie renvoie sans doute à deux types différents de prédications, et les deux bâtiments qui servent de mur de fond expliquent en partie cette différence : d’un côté le Palais Communal, frons scenae de la cérémonie officielle ; de l’autre, la façade inachevée de l’église San Francesco, simple mur fermant un espace intime et plus populaire. On retrouve ici la polarité cérémonie officielle/cérémonie de quartier évoquée pour la fête de 1450 : c’est une réalité sociale et religieuse effective, structurant certaines formes de la dévotion. Or le point important pour nous, c’est que cette « image mentale » du Campo transmise par Neroccio évoque et confirme l’existence des deux pôles utilisés en 1450. Il n’est pas question ici d’influence du « théâtre» sur la peinture ; il s’agit plutôt d’une donnée de la conscience siennoise et de l’utilisation que les Siennois faisaient de leur place civique : dans le petit panneau de prédelle, la tablette rayonnante tenue par le Saint occupe ainsi une place équivalente à celle de l’arbre miraculeux de 1450. Ce n’est pas un hasard : cette équivalence des emplacements correspond, on va le voir, à une équivalence effective des rôles tenus par les deux objets. [2]Voir : Daniel ARASSE, « Ferevat pietate populus. Art, dévotion et société autour de la glorification de S. Bernardin de Sienne », dans Mélanges de l’Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 89, n. 1. 1977, pp. 189-263 (rééd. dans : Daniel ARASSE, Saint-Bernardin de Sienne. Entre dévotion et culture : fonction de l’image religieuse au XVe siècle, Paris, … Poursuivre

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1 « A’10 fu l’ultima di dette prediche e disse la partita sua […], dipoi disse la Messa a piè al palazzo, sonando a tempi a gloria la torre e le trombe e piffare, e vi fu più di 20 mila persone. » Sigismondo TIZIO, Historiae Senenses, Bibl. Comm. de Sienne, Cod. B III 9, p. 203.
2 Voir : Daniel ARASSE, « Ferevat pietate populus. Art, dévotion et société autour de la glorification de S. Bernardin de Sienne », dans Mélanges de l’Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 89, n. 1. 1977, pp. 189-263 (rééd. dans : Daniel ARASSE, Saint-Bernardin de Sienne. Entre dévotion et culture : fonction de l’image religieuse au XVe siècle, Paris, Hazan, 2014).

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