Simone Martini, « Christ Discovered in the Temple (The Holy Family) »

Simone Martini (Sienne, v. 1284 – Avignon, 1344)

Christ Discovered in the Temple (The Holy Family)  [Le Christ retrouvé au Temple (La Sainte Famille)], 1342 (« signé » et daté).

Tempéra et or sur panneau, 49,5 x 35,1 cm.

Inscriptions :

  • (sur le bord du cadre) : « SYMON DE SENIS ME PINXIT SUB A[NNO] D[OMIN]I MC[CC]XLII » [1]« Simon de Sienne m’a peint en l’an de grâce 1347).
  • (sur le livre de la Vierge) : « FILI / [Q]VID / FECI / STI » [2][…] [et videntes admirati sunt et dixit mater eius ad illum] fili quid fecisti nobis sic ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te (« Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : ‘Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. »). Évangile de Luc (Lc 2, 48).

Provenance : ?

Liverpool, Walker Art Gallery.

Les petites dimensions de ce panneau signé, et daté de 1342, suggèrent que celui-ci était destiné à être utilisé en tant qu’autel portatif dans le contexte d’une dévotion privée. Le fait qu’aucune marque n’apparaît dans l’épaisseur du bois donne à penser qu’il ne faisait pas partie d’un ensemble plus grand.

Il s’agit de la représentation unique d’un thème très inhabituel dans la peinture italienne puisqu’il traite d’une fâcherie au sein de la Sainte Famille : les parents du Christ, après avoir perdu sa trace pendant trois jours après la fête de Pâques, viennent de retrouver l’enfant dans le Temple, rescapé de sa dispute avec les docteurs. Voici qu’ils le grondent pour son comportement. Tandis que Joseph exprime sa contrariété avec tous les mouvements de son corps – sa longue silhouette sinueuse et inquiète résume à elle seule les caractéristiques essentielles de l’art gothique -, Marie, visiblement contrariée, interroge l’enfant en s’accompagnant d’un geste de la main : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ». Ces paroles, rapportée par Luc (Lc 2, 48-50), sont inscrites sur les pages du livre tenu par Marie, dont elle vient d’interrompre la lecture. Le regard se tourne alors vers Jésus. Son allure boudeuse d’adolescent est à la fois inédite et sans postérité, et l’on s’attend maintenant à entendre fuser, cinglante, sa réponse : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? »

L’accent mis, dans le texte évangélique, sur la difficulté de Marie à comprendre pleinement les enjeux liés la paternité divine de son fils a pu inciter à penser que l’œuvre se rapportait peut-être à une controverse théologique contemporaine de son exécution. Aucun peintre n’avait jusqu’alors mis en exergue cet instant critique de la narration, et l’on ne peut s’étonner que Simone, familiarisé avec la représentation de ce type de moment de tension contrôlée, parvienne à réaliser une nouvelle fois l’exploit de le capturer, avec le génie et la grâce qui sont propres.

Dans un ouvrage de référence consacré à l’œuvre de Simone Martini, Andrew Martindale pense qu’il est préférable de voir l’œuvre comme « une peinture commémorative rappelant une querelle de famille oubliée, et impliquant de manière probable le souhait, estimé malvenu, de l’un de ses enfants d’entrer dans l’Église. Cette hypothèse aurait, par exemple, été particulièrement adaptée à une commande passée au sein du cercle familial de saint Louis de Toulouse. Mais cela n’est pas possible puisque, en 1342, les parents du saint étaient morts depuis longtemps. Et bien que Robert [d’Anjou] soit encore vivant, il semble qu’il y ait peu de raisons, après autant de temps passé, qu’il ait éprouvé le besoin de commémorer la « divine » inflexibilité de son frère. Néanmoins, l’image semble évoquer l’obstination d’un jeune garçon dans une cause divine face à la pression de ses parents, et il semble bien que son caractère unique résulte de l’événement commémoré. Il a été suggéré […] qu’il pourrait s’agir d’une commande de Pierre Roger après son élection en tant que Clément VI [3]Pierre Roger (Maumont en Corrèze, 1291 – Avignon, 1352) : 198e pape sous le nom de Clément VI. Il est aussi le 4e pape d’Avignon. afin de rappeler – indirectement et de façon ambiguë, sans aucun doute – quelque épisode important de sa jeunesse, alors qu’il était sur le chemin de la papauté [4]Andrew Martindale, Simone Martini. Oxford, Phaïdon, 1988, pp. 190-101. ».

En bon siennois, Simone Martini est davantage concerné par la dimension spirituelle de l’événement que par la ressemblance de l’image avec la réalité environnante. Dans l’œuvre, tout effet de réalisme spatial est banni car parfaitement inutile. Son absence est d’ailleurs largement compensée par la splendeur abstraite d’un fond d’or merveilleusement ouvragé, véritable travail d’orfèvre, d’une ampleur encore jamais vue dans une peinture, et porté à un point de perfection inégalée.

Notes

Notes
1 « Simon de Sienne m’a peint en l’an de grâce 1347).
2 […] [et videntes admirati sunt et dixit mater eius ad illum] fili quid fecisti nobis sic ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te (« Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : ‘Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. »). Évangile de Luc (Lc 2, 48).
3 Pierre Roger (Maumont en Corrèze, 1291 – Avignon, 1352) : 198e pape sous le nom de Clément VI. Il est aussi le 4e pape d’Avignon.
4 Andrew Martindale, Simone Martini. Oxford, Phaïdon, 1988, pp. 190-101.
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