Domenico Beccafumi, « Santa Lucia »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

Santa Lucia (Sainte Lucie), 1521.

Huile sur panneau, 55 x 38 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Compagnia dei Santi Niccolò e Lucia, Sienne [1]Acquisition par le Monte dei Paschi après la réapparition de l’œuvre sur le marché en 1984..

Sienne, Palazzo Salimbeni, Collezione del Monte dei Paschi di Siena, Museo di San Donato. 

Lucie de Syracuse, peinte sous les traits d’une toute jeune fille, tient de la main gauche un calice couvert d’une patène sur laquelle sont posés ses yeux, et de la main droite un long poignard, instrument de son martyre. Ce panneau, dont le sommet est cintré, est, avec Saint Nicolas de Bari conservé à Venise [2]Domenico Beccafumi, San Nicola di Bari. Venise, Ca’ Rezzonico, Pinacoteca Egidio Martini., l’un des deux seuls éléments qui nous soit parvenu du cataletto commandé en 1521 par la Compagnia dei Santi Niccolò e Lucia [3]La Compagnie des saints Nicolas et Lucie, confrérie composée de laïcs et organisée pour l’exercice d’œuvres de charité et de piété destinées aux nécessiteux, a été formé dans l’église de San Niccolò al Carmine. En 1398, elle s’installe dans les salles annexes de l’église voisine de Sante Lucia, alors utilisées comme hôpital. à Beccafumi. En 1624, la Compagnie fit don du cataletto de Beccafumi au grand-duc Ferdinand II, qui avait manifesté son souhait d’en faire l’acquisition pour sa galerie de peintures. C’est à cette même époque que l’on perd la trace des trois autres panneaux. La figure de la sainte Lucie témoigne donc à elle seule de la très grande qualité d’exécution qui devait caractériser le meuble dont elle était l’une des composantes. [4]Le cataletto de Beccafumi est depuis remplacé sur place par une nouvelle civière funéraire dont les têtes historiées sont peintes par Rutilio Manetti.

La jeune Sainte est présentée avec les attributs qui ont toujours caractérisé son iconographie : elle tient dans sa main droite un poignard, instrument du martyre, et soutient de la main gauche une coupe couverte d’une sorte de patène sur laquelle sont placés deux yeux, symboles qui font référence au martyre auquel Lucie a été soumise. Œuvre de l’un des plus grands interprètes de la Renaissance et de la Manière italienne, Sainte Lucie nous permet de saisir le déroulement de cette phase du parcours artistique de Domenico Beccafumi qui marque le passage de la formation la plus ancienne qui a eu lieu sur les exemples de Raphaël vers l’acquisition d’un langage nouveau, visant à l’interprétation libre et fantastique des canons figuratifs de la Renaissance, typiques de la maturité de l’artiste.

La pose gracieuse de Lucie est d’un classicisme équilibré par l’opposition harmonieuse des mouvements de ses bras et par les formes souples de son manteau rouge vif venu délicatement souligner la rondeur de son ventre. Il s’accompagne d’un traitement de la couleur qui définit les contours, donne du relief aux volumes, et jette sur la composition des éclats de lumière comme autant d’annotations sonores. D’un point de vue stylistique, « les critiques ont souvent souligné, à juste titre, les liens entre cette figure d’une fragilité poignante, rendue par des touches liquides d’une matière impalpable, et celles des spectateurs de la Nativité de San Martino [5]Voir : Domenico Beccafumi, Natività di Gesù. Sienne, église de San Martino., dont l’exécution remonte probablement à l’année suivante (1522) », et dans laquelle « les cheveux de la sainte jeune vierge, délicatement tressés sur la nuque, la robe composée de voiles noués sur l’épaule, évoquent un goût manifeste pour le style classique de certaines figures de Peruzzi ou de Raphaël dans la Loggia de Psyché. Mais les formes moins pleines et corpulentes de Beccafumi, trait d’une élégance évanescente, rappellent les silhouettes longilignes et sophistiquées de la Madone et des anges de la Nativité de Marsili. » [6]Alessandro ANGELINI, dans Piero TORRITI (dir.), Domenico Beccafumi e il suo tempo, Milan, Electa, 1990, p. 144.

LES DEUX PANNEAUX SUBSISTANT DU CATALETTO DE LA COMPAGNIE DES SAINTS NICOLAS ET LUCIE
  • Domenico BeccafumiSanta Lucia (Sainte Lucie), 1521. Sienne. Sienne, Museo di San Donato.
  • Domenico BeccafumiSan Nicola di Bari (Saint Nicolas de Bari), 1521. Venise, Ca’ Rezzonico, Pinacoteca Egidio Martini.

[7]Pittore senese degli inizi del Seicento (da Domenico Beccafumi), « Santa Lucia », dans Filo Diretto 7, Periodico settimanale di informazione & Gruppo MPS, n. 16 (10/11/2006), en ligne : https://rp.gruppo.mps.it/public/aaa002biv/filodiretto/tre_opere_link3.htm.

Notes

Notes
1 Acquisition par le Monte dei Paschi après la réapparition de l’œuvre sur le marché en 1984.
2 Domenico Beccafumi, San Nicola di Bari. Venise, Ca’ Rezzonico, Pinacoteca Egidio Martini.
3 La Compagnie des saints Nicolas et Lucie, confrérie composée de laïcs et organisée pour l’exercice d’œuvres de charité et de piété destinées aux nécessiteux, a été formé dans l’église de San Niccolò al Carmine. En 1398, elle s’installe dans les salles annexes de l’église voisine de Sante Lucia, alors utilisées comme hôpital.
4 Le cataletto de Beccafumi est depuis remplacé sur place par une nouvelle civière funéraire dont les têtes historiées sont peintes par Rutilio Manetti.
5 Voir : Domenico Beccafumi, Natività di Gesù. Sienne, église de San Martino.
6 Alessandro ANGELINI, dans Piero TORRITI (dir.), Domenico Beccafumi e il suo tempo, Milan, Electa, 1990, p. 144.
7 Pittore senese degli inizi del Seicento (da Domenico Beccafumi), « Santa Lucia », dans Filo Diretto 7, Periodico settimanale di informazione & Gruppo MPS, n. 16 (10/11/2006), en ligne : https://rp.gruppo.mps.it/public/aaa002biv/filodiretto/tre_opere_link3.htm.

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