Rutilio Manetti, « Cataletto della Compagnia di san Nicola e santa Lucia »

Rutilio Manetti (Sienne, 1571 – 1639)

Cataletto della Compagnia di San Nicola e Santa Lucia (Civière funéraire de la Compagnie de saint Nicolas et sainte Lucie), v. 1625.

Huile sur toile marouflée sur panneau, 69 x 47 cm (chaque panneau).

Provenance : In situ (Compagnie des saints Nicolas et Lucie).

Sienne, église des Santi Nicola e Lucia.

Les quatre panneaux provenant du cataletto peint par Rutilio Manetti sont actuellement exposés séparément, tels des tableaux autonomes qu’ils n’ont jamais été, sur les parois de la nef de l’église des Santi Niccolò e Lucia. Probablement pour des raisons de sécurité, ces panneaux sont accrochés à une hauteur qui interdit toute vision rapprochée. Tous quatre sont généralement noyés dans la pénombre. Dans de telles conditions, autant dire qu’il est parfaitement irréaliste d’espérer en apprécier la haute qualité artistique, le rendu de la lumière, les teints rosés et clairs des carnations, ainsi que la beauté des types physionomiques que l’on retrouve pourtant dans chacune de ces quatre figures caractéristiques du style de Manetti.

La série comprend quatre figures, parmi lesquelles une Vierge à l’Enfant, Lucie de Syracuse, un Christ de Piété et Nicolas de Bari. Elle a été exécutée par Manetti en 1625 afin de remplacer un précédent cataletto de la Compagnie des saints Nicola e Lucia, peints par Domenico Beccafumi, que le grand-duc Ferdinand II [1]Ferdinand II de Médicis (Florence, 1610 – 1670) : fils de Cosme II de Médicis et de Marie-Madeleine d’Autriche, grand-duc de Toscane de 1621 à sa mort., particulièrement admiratif de la figure de sainte Lucie, avait souhaité posséder. Un tel souhait de la part du grand-duc ayant valeur d’ordre, l’œuvre fit l’objet d’un « don » forcé de la part des confrères. « Une enquête sur les documents de la Compagnie », écrit Bagnoli, « permet d’apporter quelques précisions importantes. Le 20 octobre 1624, les confrères [de la Compagnie] décidèrent de faire don du cataletto de Beccafumi au grand-duc qui avait demandé à pouvoir l’acquérir. Le grand-duc fit une aumône de 50 écus pour l’“hôpital” de la Compagnie. » [2]Alessandro BAGNOLI (dir.), Rutilio Manetti 1571-1639 (cat. d’exp., Sienne, Palazzo Pubblico, 15 juin – 15 octobre 1978. Préface de Cesare Brandi ; introduction de Pietro Torriti), Florence, Centro Di, 1978, p. 104.. Dès le 1er novembre 1624, « le responsable de la Compagnie, Antonio Gregori, obtint la commande des peintures du nouveau cataletto pour son beau-frère Francesco Rustici, mais l’accord n’aboutit pas car le 10 novembre les frères revinrent pour discuter du sujet. Finalement, le 26 décembre 1624, quatre personnes furent élues avec pour mission de faire avancer l’affaire ; ceux-ci choisirent et payèrent Rutilio Manetti. Les quatre toiles furent donc peintes en 1625 ou en tout cas au plus tard le 10 décembre 1626, lorsque [Fabio] Chigi, qui fut le premier à mentionner ces œuvres de Manetti, s’installa à Rome » aussitôt après son élection au trône de saint Pierre sous le nom d’Alexandre VII.

  • Madonna col Bambino (Vierge à l’Enfant), figure 1.

Cette figure de la Madone [3]Rutilio Manetti repris, quelque temps plus tard, et avec quelques variantes, cette figure de la Madone pour un tableau sur toile (Madonna e il Bambino che legge Chigi Saracini) destiné à un prélat de la famille Tantucci. (Voir : Filippo Todini, « Rutilio Manetti : note in margine a una mostra », dans Paragone, 347 (1979), p. 69, fig. 54., ne peut que frapper par la beauté de la solution qui consiste à représenter une mère soutenant amoureusement son splendide nouveau-né tout potelé pris dans un profond sommeil. Pourtant, selon un type de logique propre à la symbolique chrétienne et diffusée par l’iconographie, on peut être tenté d’interpréter ce profond sommeil de l’Enfant comme l’écho de celui de la mort, inéluctable destinée terrestre de ce Dieu fait homme. D’une certaine manière, cet écho est rendu manifeste par la présence du Christ de Piété – les deux images se faisaient face dans la structure symétrique du meuble funéraire – et à travers la similitude frappante des deux figures du Christ, la tête renversée en arrière sur un corps affaissé par l’inertie.

Cristo in Pietà e un Angelo (Le Christ de douleurs et un ange), figure 2.

Cette figure du Christ de Piété, au corps couvert de blessures, stigmates des souffrances endurées lors de la Passion, affaissé dans les bras d’un ange, entre en résonance de façon dramatique avec le nouveau-né endormi que nous venons d’observer. Les deux images se faisaient face au sein du meuble funéraire dont elles proviennent, et constituent un raccourcis saisissant de toute destinée humaine.

Santa Lucia (Sainte Lucie), figure 3.

Alessandro Bagnoli (dir.), Rutilio Manetti. 1571-1639, 1978, p. 104, n. 38c.

[4]Pittore senese degli inizi del Seicento (da Domenico Beccafumi), « Santa Lucia », dans Filo Diretto 7, Periodico settimanale di informazione & Gruppo MPS, n. 16 (10/11/2006), en ligne : https://rp.gruppo.mps.it/public/aaa002biv/filodiretto/tre_opere_link3.htm.

San Nicola da Bari (Saint Nicolas de Bari), figure 4.

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Notes

Notes
1 Ferdinand II de Médicis (Florence, 1610 – 1670) : fils de Cosme II de Médicis et de Marie-Madeleine d’Autriche, grand-duc de Toscane de 1621 à sa mort.
2 Alessandro BAGNOLI (dir.), Rutilio Manetti 1571-1639 (cat. d’exp., Sienne, Palazzo Pubblico, 15 juin – 15 octobre 1978. Préface de Cesare Brandi ; introduction de Pietro Torriti), Florence, Centro Di, 1978, p. 104.
3 Rutilio Manetti repris, quelque temps plus tard, et avec quelques variantes, cette figure de la Madone pour un tableau sur toile (Madonna e il Bambino che legge Chigi Saracini) destiné à un prélat de la famille Tantucci. (Voir : Filippo Todini, « Rutilio Manetti : note in margine a una mostra », dans Paragone, 347 (1979), p. 69, fig. 54.
4 Pittore senese degli inizi del Seicento (da Domenico Beccafumi), « Santa Lucia », dans Filo Diretto 7, Periodico settimanale di informazione & Gruppo MPS, n. 16 (10/11/2006), en ligne : https://rp.gruppo.mps.it/public/aaa002biv/filodiretto/tre_opere_link3.htm.

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