Domenico di Giacomo di Pace [1]Le père de Domenico, Giacomo di Pace, était un paysan au service de Lorenzo Beccafumi, notable et envoyé de la République siennoise à Florence. Reconnaissant son talent artistique, ce Lorenzo Beccafumi envoya le jeune homme étudier la peinture auprès d’un peintre siennois alors inconnu., dit ‘Mecherino’ ou ‘Meccherino‘, ‘Mecarino’ [2]Ayant hérité du nom de son premier mécène, il fut longtemps connu sous le surnom de ‘Mecherino’ ou ‘Meccherino’, sans doute en raison de sa petite taille., et enfin Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti (Sovicille)], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551) : peintre et sculpteur. Le surnom Beccafumi provient du nom propre du propriétaire des terres sur lesquelles sa famille travaillait. Vasari raconte que Domenico, qui fut le plus grand peintre siennois du XVIe siècle, est né dans une famille pauvre et que, tandis qu’il dessinait sur une pierre en faisant paître les moutons de son père (tout comme Giotto), il fut remarqué par le propriétaire du terrain, du nom de Lorenzo Beccafumi, qui le ramena chez lui, le fit étudier, lui donna son nom de famille. [3]« Ce don que seule la nature peut offrir et que nous avons découvert chez Giotto et quelques un des peintres évoqués jusqu’ici se retrouve, ces temps derniers, chez le peintre siennois, Domenico Beccafumi. Tout petit, il gardait les moutons de son père [Giacomo di Pace], un laboureur au service du citoyen siennois Lorenzo Beccafumi, et on le voyait s’exercer tout seul à dessiner, … Poursuivre. Giorgio Vasari, qui rencontra personnellement le peintre et l’interrogea sur la vie de Jacopo della Quercia, rapporte qu’il étudia Pérugin à Sienne, copiant deux panneaux alors conservés dans des églises : la Crucifixion de l’église de Sant’Agostino, et un retable, aujourd’hui disparu, dans l’église de San Francesco.
Durant sa période de formation à Sienne, Domenico est en contact avec l’art de Pietro Perugino, puis, lors de probables séjours à Florence avec les œuvres de Fra Bartolomeo, et Léonard de Vinci [4]Malgré le manque de documentation, il est presque certain qu’il s’est rendu à Florence avant 1510, étant donné les références incontestables à des Florentins (Fra’ Bartolomeo, Mariotto Albertinelli, Piero di Cosimo et aussi Pedro Berruguete, l’un des premiers maniéristes présent à Florence en 1508) que l’on trouve dans ses premières œuvres.. Cependant, ses véritables modèles de référence sont romains. Giorgio Vasari écrit encore que l’artiste se rend à Rome au moment où Michel-Ange vient d’achever les fresques des voûtes de la Chapelle Sixtine et alors que Raphaël travaille encore dans les Stanze Vaticane. Rapidement revenu à Sienne, il y travaille de manière ininterrompue jusqu’à sa mort (avec cependant une probable parenthèses consacrée à un second séjour à Rome dans les années 1530).
Dans un article paru en 2015, l’historien de l’art siennois Alessandro Angelini est parvenu à constituer un corpus parfaitement crédible des premières œuvres du peintre [5]On pensait jusque-là que le polyptyque de la Trinité (Sienne, Pinacoteca Nazionale) était la première peinture connue du peintre. en lui rendant un certain nombre de panneaux attribués jusque-là à un mystérieux ‘Maestro delle eroine Chigi Saracini’ : « En 1507, Domenico Beccafumi est présent à Montepulciano, ainsi qu’en témoignent les recherches documentaires d’Andrea Giorgi […] [6]Andrea GIORGI, « ‘Domenicho dipentore sta in chasa di Lorenso Bechafumi’. Di alcuni documenti poliziani intorno al culto di Agnese Segni e ai suoi riflessi in ambito aquatico (1506-1507) », Prospettiva, 157/158 (2015), pp 94-103.. Sa présence coïncide avec la nomination de Lorenzo Beccafumi, protecteur du peintre, comme podestat de la ville de Politien [7]Agnolo (Angelo) Ambrogini, dit Poliziano, du nom latin de Montepulciano (Mons Politianus), sa ville d’origine (Montepulciano, 1454 – Florence, 1494) : poète, humaniste et philologue. Membre et pivot du cercle d’intellectuels réunis autour de Laurent le Magnifique, alors seigneur de Florence, il est généralement considéré comme le plus grand poète italien du XVe siècle.. Cela nous permet de rendre à l’artiste une toile représentant Sainte Agnès Segni, jusqu’à présent d’attribution incertaine, conservée au Musée Civique-Pinacothèque Crociani de Montepulciano. Le tableau, coupé dans le sens de la longueur, était à l’origine un gonfalon commandé par la Commune comme objet votif. Ses caractéristiques stylistiques […] évoquent la culture de Pietro Perugino, arrivé à Sienne en 1506. Selon la biographie de l’artiste siennois [8]Giorgio VASARI, Les Vies…, 1568., le Pérugin avait fasciné Domenico au cours de ses premières années. Cette culture péruginesque, mêlée aux premiers échos du jeune Raphaël et de Léonard lui-même, relie la toile à un ensemble de peintures attribuées jusqu’à présent à un peintre anonyme connu sous le nom de ‘Maestro delle eroine Chigi Saracini’, qui aurait été actif à Sienne au cours de la deuxième décennie du Cinquecento. Le rapprochement de cette série de panneaux avec le « gonfalon politien [9]Politien (adj.) : de Montepulciano. » de 1507 permet d’attribuer ces œuvres au jeune Beccafumi, et de les dater du début du siècle. Ces années précèdent à la fois le premier séjour de Domenico à Rome et son exécution du Triptyque de la Trinité, attesté en 1513 pour la Cappella del Manto à l’hôpital de Santa Maria della Scala. Parmi les pièces les plus convaincantes de la série figurent les trois héroïnes de Chigi Saracini − Judith, Artémise et Cléopâtre − conservées dans la collection Chigi Saracini à Sienne, la Vierge à l’Enfant avec le jeune saint Jean [10]Encore conservée dans une collection privée à Florence à l’époque de publication de l’article d’Alessandro Angelini, l’œuvre est visible depuis février 2023 dans la salle 27 de la Pinacoteca Nazionale de Sienne. et le tondo du même sujet, dans les Musées d’État de Berlin. Deux têtes de lit funéraires de la Pinacoteca Nazionale de Sienne, qui complètent cet ensemble d’œuvres d’art, représentent respectivement Saint Augustin, Saint Galgano, Saint Paul et le ‘Christ de douleurs’, et précèdent légèrement le dossal de l’hôpital. » [11]Alessandro ANGELINI, « Una ‘Sant’Agnese di Montepulciano’ di Domenico Beccafumi. Per una revisione dell’attività giovanile del pittore », dans Prospettiva, 157/158 (2015), pp. 74-93.
Son œuvre, marquée du sceau de l’étrangeté et volontiers traitée dans des chromatismes acidulés propres à cette époque et à la Maniera moderna dont il fut l’un des principaux représentants en Toscane.
Principales ŒUVRES VISIBLES À SIENNE ET DANS SA PROVINCE
- Madonna con Bambino e San Giovannino, v. 1508-1510. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Trittico della Trinità, 1513. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Santa Caterina da Siena riceve le stimmate tra i santi Benedetto e Girolamo, v. 1515. Sienne, Pinacoteca nazionale.
- Madonna Bellanti, v. 1515. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Discesa di Cristo al Limbo, 1530-1535, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- San Michele scaccia gli angeli ribelli. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Incoronazione della Vergine, v. 1539. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Natività della Vergine, 1540-1543. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Putti registemma. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Dessins préparatoires pour le sol de la Cathédrale de Sienne ;
- Mosé spezza le Tavole della Legge. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Gli Ebrei attendono il ritorno di Mosé dal Sinai. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Arone fabbrica il vitello d’oro. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Mosé sul Sinai riceve le Tavole della Legge. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Uccisione degli Ebrei, adoratori del vitello d’oro, da parte dei Leviti. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Incontro di Gioacchino e Anna alla Porta Aurea, 1513, fresque. Sienne, Complesso museale di Santa Maria della Scala.
- San Paolo in trono, v. 1515. Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.
- Storie della Vergine (avec Girolamo del Pacchia et Sodoma), v. 1518. Sienne, Oratorio di San Bernardino.
- Madonna col Bambino, angeli e santi. Sienne, Oratorio di San Bernardino.
- Sposalizio della Vergine. Sienne, Oratorio di San Bernardino.
- Morte della Vergine. Sienne, Oratorio di San Bernardino.
- Fresques de l’abside, 1535-1544. Sienne, Cathédrale de Santa Maria Assunta.
- Marqueteries de pierre tirées de ses cartons, 1519-1524. Sienne, Cathédrale de Santa Maria Assunta.
- Madonna col Bambino e sant’Anna, v. 1520. Sienne, palazzo Chigi-Saracini.
- Giuditta. Sienne, palazzo Chigi-Saracini.
- Artemisia. Sienne, palazzo Chigi-Saracini.
- Cleopatra. Sienne, palazzo Chigi-Saracini.
- Santa Lucia. Sienne, Palazzo Tolomei, Monte dei Pachi, Museo San Donato.
- Episodi della storia romana, v. 1520-1524. Sienne, palazzo Bindi Sergardi.
- Ratto di Europa, v. 1520-1525. Sienne, collezione Guarini del Taja.
- Natività. Sienne, église de San Martino.
- San Michele scaccia gli angeli ribelli. Sienne, église de San Nicolò al Carmine.
- Sposalizio mistico di santa Caterina da Siena, 1528. Sienne, collection Chigi-Lucarini-Saracini.
- Fresques du plafond de la Sala del Concistoro, 1529-1535, Sienne, Palazzo Pubblico.
- Cristo Portacroce, v. 1536. Sienne, Oratorio di San Bernardino.
- Madonna e santi, 1537. Sienne, oratorio di San Bernardino.
- San Cristoforo, 1540-1545. Sienne, Istituto femminile Monna Agnese.
- Annunciazione, v. 1546. Sarteano, église de San Martino in Foro.
Autres œuvres mentionnées dans le texte
- La Virgen y el Niño con san Juanito y san Jeronimo. Madrid, Museo Nacional Thyssen Bornemisza.
- The Miracle of Saint Michael on Mt. Gargano ; The Appearance of Saint Michael on the Castel Sant’ Angelo to Pope Gregory the Great. Pittsburgh, The Carnegie Museum of Art.
Notes
| 1↑ | Le père de Domenico, Giacomo di Pace, était un paysan au service de Lorenzo Beccafumi, notable et envoyé de la République siennoise à Florence. Reconnaissant son talent artistique, ce Lorenzo Beccafumi envoya le jeune homme étudier la peinture auprès d’un peintre siennois alors inconnu. |
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| 2↑ | Ayant hérité du nom de son premier mécène, il fut longtemps connu sous le surnom de ‘Mecherino’ ou ‘Meccherino’, sans doute en raison de sa petite taille. |
| 3↑ | « Ce don que seule la nature peut offrir et que nous avons découvert chez Giotto et quelques un des peintres évoqués jusqu’ici se retrouve, ces temps derniers, chez le peintre siennois, Domenico Beccafumi. Tout petit, il gardait les moutons de son père [Giacomo di Pace], un laboureur au service du citoyen siennois Lorenzo Beccafumi, et on le voyait s’exercer tout seul à dessiner, sur des pierres ou d’autres façons. Un jour, Lorenzo le vit tracer, à l’aide d’un bâton pointu, des dessins sur le sable, au bord d’une petite rivière, à l’endroit où il gardait ses bêtes. Il demanda le garçonnet à son père dans l’intention de le prendre comme domestique, et, en même temps, de le faire instruire. Avec la permission de [Giacomo], l’enfant qu’on appelait alors ‘Mecherino’, fut emmené par Lorenzo à Sienne, où il pouvait passer tout le temps que lui laissait le service de la maison dans l’atelier d’un peintre voisin, assez médiocre. Ce que celui-ci ne savais pas, il l’enseignait à Mecherino à l’aide de dessins d’excellents peintres, qu’il avait chez lui et dont il se servait au besoin, selon l’habitude de ces maîtres qui pêchent par le dessin. S’exerçant de cette façon, Mecherino montra qu’il allait vers une brillante réussite. » Giorgio VASARI, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architetti coll’aggiunta de’ vivi e de’ morti, dall’anno 1550 a 1567 (1568), traduction française sous la direction d’André Chastel, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Paris, Berger-Levraut, 1981-1989, tome 7, p. 279. |
| 4↑ | Malgré le manque de documentation, il est presque certain qu’il s’est rendu à Florence avant 1510, étant donné les références incontestables à des Florentins (Fra’ Bartolomeo, Mariotto Albertinelli, Piero di Cosimo et aussi Pedro Berruguete, l’un des premiers maniéristes présent à Florence en 1508) que l’on trouve dans ses premières œuvres. |
| 5↑ | On pensait jusque-là que le polyptyque de la Trinité (Sienne, Pinacoteca Nazionale) était la première peinture connue du peintre. |
| 6↑ | Andrea GIORGI, « ‘Domenicho dipentore sta in chasa di Lorenso Bechafumi’. Di alcuni documenti poliziani intorno al culto di Agnese Segni e ai suoi riflessi in ambito aquatico (1506-1507) », Prospettiva, 157/158 (2015), pp 94-103. |
| 7↑ | Agnolo (Angelo) Ambrogini, dit Poliziano, du nom latin de Montepulciano (Mons Politianus), sa ville d’origine (Montepulciano, 1454 – Florence, 1494) : poète, humaniste et philologue. Membre et pivot du cercle d’intellectuels réunis autour de Laurent le Magnifique, alors seigneur de Florence, il est généralement considéré comme le plus grand poète italien du XVe siècle. |
| 8↑ | Giorgio VASARI, Les Vies…, 1568. |
| 9↑ | Politien (adj.) : de Montepulciano. |
| 10↑ | Encore conservée dans une collection privée à Florence à l’époque de publication de l’article d’Alessandro Angelini, l’œuvre est visible depuis février 2023 dans la salle 27 de la Pinacoteca Nazionale de Sienne. |
| 11↑ | Alessandro ANGELINI, « Una ‘Sant’Agnese di Montepulciano’ di Domenico Beccafumi. Per una revisione dell’attività giovanile del pittore », dans Prospettiva, 157/158 (2015), pp. 74-93. |
