Tino di Camaino, « Madonna col Bambino e i Santi Caterina d’Alessandria e Giovanni Battista »

Tino di Camaino (Sienne, vers 1280 – Naples, vers 1337)

Madonna col Bambino e i Santi Caterina d’Alessandria e Giovanni Battista (Vierge à l’Enfant et les saints Catherine d’Alexandrie et Jean Baptiste), troisième décennie du XIVe s.

Marbre, 55 x 65 cm.

Inscriptions : /

Provenance : ancienne Collection Borletti, Milan.

Sienne, Palazzo Salimbeni, Collection Monte dei Paschi di Siena. 

La structure de ce triptyque traité en bas-relief ainsi que la composition des figures qui s’y inscrivent dérivent directement des retables réalisés par les grands peintres du début du XIVe siècle siennois. L’ensemble des personnages est représenté à l’abri de trois arcades en plein cintre surmontées de gâbles et ornées d’une fleur à trois lobes placée au centre des triangles mixtilinéaires [1]On qualifie de mixtilinéaire un angle formé par une ligne courbe et une ligne droite. : au milieu, la Vierge couronnée porte sur son bras l’Enfant-Jésus que l’on voit esquissant un geste de bénédiction et tenant un volume de la main gauche. À ses côtés, Jean Baptiste, muni d’un rouleau qui, bien que muet, évoque la formule habituellement empruntée à l’Évangile selon Jean [2]« Ecce agnus Dei qui tollit peccatum mundi » (Jn 1, 29)., et Catherine d’Alexandrie portant la palme et la roue de son martyre sont représentés à peine plus qu’à mi-corps. La représentation frontale de la Vierge et des deux saints qui l’accompagnent est seulement perturbée par le léger mouvement de leurs têtes penchées, et confère un aspect monumental à une composition qui se caractérise avant tout par son extrême simplicité. Les plis des vêtements tombent en dessinant des festons plus ou moins profonds, créent des ombres d’intensité variable et se font écho d’un compartiment à l’autre, dans un discret mouvement ondulant dont l’épicentre se trouverait dans le cercle parfait formé par la roue de la sainte.

La principale caractéristique de l’art de Tino da Camaino consiste dans une restitution large et pleine des volumes qui apparaissent comme moulés dans un matériau lisse, apte à rendre parfaitement lisible le raffinement des détails sculptés. La plasticité vigoureuse des figures compactes et carrées, aux visages soulignés par de puissantes mâchoires, s’accompagne, chez Jean Baptiste, d’un traitement particulièrement détaillé de la barbe et de la chevelure. Les yeux allongés des personnages sacrés, avec leur élégant profil allongé, renvoient à l’élégance et au caractère monumental des prototypes d’Ambrogio Lorenzetti. Ces yeux, comme ceux de nombreuses statues antiques, n’ont pas de pupille ; un fin ciseau les a taillés dans la masse en soulignant seulement la ligne des paupières. Les mains, intentionnellement traitées de façon schématique, sont aplaties sur le dos, et leurs jointures indiquées non pas en relief mais au moyen de petits sillons, comme s’il s’agissait de ne pas altérer la beauté des volumes élémentaires et de leur surfaces uniformes en y introduisant des accidents. Partout se rencontre une tendance à subordonner les détails au volume général des figures, selon une synthèse des formes que Giovanni Pisano avait également privilégiée dans ses dernières années, mais sans l’exceptionnelle puissance plastique et l’énergie convulsive que celui-ci y avait mise.

Il est probable que ce rare et beau triptyque ait eu une prédelle venue équilibrer l’architecture de l’ensemble tout en commentant la présence des saints placés aux côtés de la Vierge avec la narration d’épisodes de leur existence. Son étroite proximité stylistique avec les œuvres créées pendant le séjour napolitain de Tino di Camaino (vers 1324 – 1337) suggère une datation au cours de la troisième décennie du XIVe siècle : quelques-unes des œuvres les plus importantes du sculpteur remontent à ses dernières années passées à Naples au service de la famille royale angevine, telles les monuments funéraires de la princesse Catherine d’Autriche (Naples, San Lorenzo Maggiore) et de la reine Marie de Hongrie (Naples, Santa Maria Donnaregina), mortes toutes deux en 1323.

Notes

Notes
1 On qualifie de mixtilinéaire un angle formé par une ligne courbe et une ligne droite.
2 « Ecce agnus Dei qui tollit peccatum mundi » (Jn 1, 29).
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