Chrysographie

« Art et technique de l’écriture en lettres d’or, ou de la peinture à l’or [1]Le Moyen Âge a laissé de nombreuses recettes de chrysographie. « Les plus anciennes datent du VIIIe siècle. L’encre d’or était obtenue à partir d’or moulu, broyé avec du mercure. Lorsqu’on écrivait en or sur du vélin blanc, on traçait préalablement les lettres en rouge pour leur donner plus d’éclat. A la différence des initiales et des ornements d’or qui … Poursuivre, mis en œuvre notamment dans la transcription des évangéliaires et des psautiers du haut Moyen Âge, en Occident comme dans l’Empire byzantin. » [2]Pascal Fouché (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Livre, Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 2002-2011.

Présentée le plus souvent en lien exclusif avec l’art de la calligraphie, la chrysographie, précise Stavros Lazaris, est cependant « un procédé qui s’applique aussi bien aux dessins qu’à l’écriture en or. Il ne faut pas oublier que la langue grecque, aussi bien dans l’Antiquité qu’au Moyen Âge, pour dire « décrire, écrire, tracer, graver, peindre », utilise un seul et même verbe : γράφειν [3]Graphein ou Grapheïn : ce terme grec, dès Homère, fondait dans un même verbe les actes d’« écrire » et de « dessiner ».. Dans ce sens, on peut affirmer que la chrysographie est attestée depuis l’Antiquité. Virgile dans son Énéide parle d’habits brodés en or (« Picturatas auri subtemine vestes », III, 483) et Ovide dans ses Métamorphoses évoque des vêtements peints et tissés d’or (« Pictis intextum vestibus aurum », III, 556). Dans l’Histoire Auguste [4]Histoire Auguste (lat. : Historia Augusta) : recueil anonyme de biographies parfois fantaisistes d’empereurs et d’usurpateurs romains écrit à la fin du IVe siècle., parmi les objets donnés en cadeau à Claude le Gothique par l’empereur Valérien, figurent deux boucliers chrysografata. [5]François Paschoud (éd.), « Scuta chrysografata duo », Historia Augusta, Vita Claudii, XIV, 5, Bari, Edipuglia, 2011.. Chez bien d’autres auteurs, tant de langue grecque que latine, nous trouvons également des références à cette pratique, qui s’appliquait sur toute sorte de support. Ainsi, on utilisait ce matériau précieux aussi bien pour tracer des dessins que pour écrire. [6]Stavros Lazaris, « Sur le statut et l’utilisation de l’or à Byzance : le cas des manuscrits chrysographiés », KTÈMA. Civilisations de l’Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Université de Strasbourg, 43 (2018), « Luxe et richesse dans l’Antiquité et à Byzance », p. 94. »

Dans la peinture siennoise des XIIIe et XIVe siècles, ce procédé de dessin est fréquemment utilisé pour sublimer le drapé des personnages sacrés à l’aide de lignes d’or. C’est ainsi que Duccio di Buoninsegna, dans les épisodes de la Vie du Christ peints au revers de la Maestà, dessine à l’or, au risque d’un archaïsme assumé, les plis du manteau porté par le Christ après la Résurrection, comme pour mieux signifier son nouveau statut divin.

Notes

Notes
1 Le Moyen Âge a laissé de nombreuses recettes de chrysographie. « Les plus anciennes datent du VIIIe siècle. L’encre d’or était obtenue à partir d’or moulu, broyé avec du mercure. Lorsqu’on écrivait en or sur du vélin blanc, on traçait préalablement les lettres en rouge pour leur donner plus d’éclat. A la différence des initiales et des ornements d’or qui sont dessinés au pinceau ou exécutés avec des feuilles d’or, les lettres d’or des manuscrits étaient tracées au calame ou à la plume. Ensuite, et comme pour l’enluminure, on apportait de l’éclat à l’or en brossant soigneusement les caractères avec une pierre d’agate. » Bibliothèque numérique Limédia, https://limedia.fr/mentions-legales.
2 Pascal Fouché (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Livre, Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 2002-2011.
3 Graphein ou Grapheïn : ce terme grec, dès Homère, fondait dans un même verbe les actes d’« écrire » et de « dessiner ».
4 Histoire Auguste (lat. : Historia Augusta) : recueil anonyme de biographies parfois fantaisistes d’empereurs et d’usurpateurs romains écrit à la fin du IVe siècle.
5 François Paschoud (éd.), « Scuta chrysografata duo », Historia Augusta, Vita Claudii, XIV, 5, Bari, Edipuglia, 2011.
6 Stavros Lazaris, « Sur le statut et l’utilisation de l’or à Byzance : le cas des manuscrits chrysographiés », KTÈMA. Civilisations de l’Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Université de Strasbourg, 43 (2018), « Luxe et richesse dans l’Antiquité et à Byzance », p. 94.

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