‘Primo Maestro di Lecceto’ (Pietro di Ruffolo ?), « Miracolo dell’impiccato »

‘Primo Maestro di Lecceto’, actif à Sienne au cours des premières années du Quattrocento (Pietro di Ruffolo ?)

Miracolo dell’impiccato salvato da San Iacopo (Miracle du pendu sauvé par saint Jacques), début du XVe s.

Fresque.

Provenance : In situ.

Cuna (Monteroni d’Arbia), église de San Jacopo e Cristoforo.

Le légendaire miracle du pendu sauvé par saint Jacques fait partie des nombreux récits aussi extraordinaires qu’invraisemblables, destinés à solliciter ou à consolider au moyen d’histoires surnaturelles la dévotion de fidèles sujets à la naïveté. Son origine se trouve dans le Liber Sancti Jacobi [1]Le Liber Sancti Jacobi (Livre de Saint Jacques) fait partie des textes réunis dans un manuscrit, appelé Codex Calixtinus, conservé à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il été écrit au cours d’une période comprise entre 1139 et 1173. Il existe une traduction intégrale de ce manuscrit en français (Bernard Gicquel, La Légende de Compostelle : le Livre de … Poursuivre dans lequel on peut lire l’histoire détaillée de vingt-deux miracles accomplis par l’apôtre Jacques le Majeur. Parmi ces récits, figure la populaire légende du pendu, parfois dite du « pendu-dépendu », et connue également comme sous le nom de miracle du poulet et de la poule (miracolo del gallo e della gallina) : un jeune pèlerin, accusé de vol, ainsi que son père, par la fille de l’aubergiste chez qui ils ont fait halte, est condamné à la potence, puis sauvé par l’intervention miraculeuse du saint de Compostelle. Ce miracle fait l’objet d’une narration quasiment identique par le frère dominicain et évêque de Gênes Jacques de Voragine dans La Légende dorée. [2]On peut y lire le texte suivant : « Un Allemand, rapporte le pape Calixte, faisait, vers l’an du Seigneur 1090, le voyage de Saint-Jacques en compagnie de son fils. Il s’arrêta à Toulouse pour faire étape chez un aubergiste, qui l’enivra et cacha dans son bagage une coupe en argent. Les deux pèlerins partirent au matin, mais l’aubergiste les poursuivit comme … Poursuivre

Dans son carnet de voyage [3]Voir : Christine Henri, Jean-Pierre Vialle (dir.), Sur le chemin de Compostelle : Trois récits de pèlerins partis vers Saint-Jacques. Nompar de Caumont ; Guillaume Manier ; Jean Bonnecaze (1417, 1726, 1748), Paris, Cosmopole, 2009., Nompar, seigneur de Caumont [4]Nompar II (1391-1446) : seigneur de Caumont, Castelnau, Castelculier et Berbiguières, en Gascogne, il a laissé des récits écrits de ses pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle et à Jérusalem (Le voyatge d’oultremer en Jhérusalem de Nompar, seigneur de Caumont)., lors du pélerinage à Compostelle qu’il fit en 1417, rapporte en détail, avec quelques variantes, la légende du pendu dont il a entendu parler à Santo Domingo de la Calzada. Le miracle, raconté sous une forme à la fois dramatique et populaire, est complété par un nouveau prodige qui démontre l’innocence du coupable : on apprendra ainsi comment deux gallinacés rôtis et sur le point d’être mangés, reprennent vie pour sauver un innocent pendu. [5]« Santo Domingo de la Calzada […]. En ce lieu, il y eut jadis un grand miracle : un pèlerin et sa femme allaient à Saint-Jacques et emmenaient avec eux leur fils qui était un beau jeune homme. À l’hôtellerie où ils logèrent pour la nuit, il y avait une servante qui s’éprit du fils et comme il ne voulut pas s’intéresser à elle, elle en fut très indignée. … Poursuivre.

Il semble que ce conte ait été si présent dans l’imaginaire collectif des pèlerins du XVe siècle qui arpentaient la via Francigena que l’on en trouve la représentation dans l’église de Cuna, qui porte le nom des saints Giacomo et Cristoforo. Le miracle est peint dans deux compartiments semblables à ceux d’une prédelle. [6]En Italie, le miracle du pendu est souvent représenté à travers les deux scènes évoquées plus haut, parfois davantage, dans les prédelles des retables où apparaît l’effigie du saint..

Pietro di Ruffolo (?), « Sant’Ansano e San Giacomo ». Monteroni, chiesa dei Santi Giacomo e Cristoforo.

L’apôtre Jacques est également présent au côté de saint Ansano dans une autre fresque de l’église (fig ci-dessus) dans laquelle, parmi ses attributs, on reconnait le classique bâton de pèlerin (ou bourdon), et l’escarcelle qui y est suspendue, avec le symbole de la coquille.

Notes

Notes
1 Le Liber Sancti Jacobi (Livre de Saint Jacques) fait partie des textes réunis dans un manuscrit, appelé Codex Calixtinus, conservé à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il été écrit au cours d’une période comprise entre 1139 et 1173. Il existe une traduction intégrale de ce manuscrit en français (Bernard Gicquel, La Légende de Compostelle : le Livre de saint Jacques, Paris, Tallandier, 2003.).
2 On peut y lire le texte suivant : « Un Allemand, rapporte le pape Calixte, faisait, vers l’an du Seigneur 1090, le voyage de Saint-Jacques en compagnie de son fils. Il s’arrêta à Toulouse pour faire étape chez un aubergiste, qui l’enivra et cacha dans son bagage une coupe en argent. Les deux pèlerins partirent au matin, mais l’aubergiste les poursuivit comme s’ils étaient des voleurs en les accusant d’avoir volé la coupe en argent. Ils lui répondirent qu’il pouvait les faire punir, s’il trouvait la coupe sur eux.
Quand elle fut découverte dans le bagage, ils furent aussitôt traînés devant un juge. Sentence fut rendue qu’ils devaient donner tous leurs biens à l’aubergiste et que l’un d’entre eux devait être pendu. Le père voulait mourir à la place du fils et le fils à la place du père ; finalement, le fils fut pendu. Le père, accablé de douleur, poursuivit son chemin vers Saint-Jacques. Trente-six jours plus tard, il revint et se rendit auprès du corps de son fils, en répandant de profondes lamentations. Et voici que le fils, toujours pendu, entreprit de le consoler en lui disant : ’Très cher père, ne pleure pas ! Je n’ai jamais été si bien, car saint Jacques m’a soutenu dans les airs et m’a réconforté avec des douceurs célestes !’ Après avoir entendu cela, le père courut vers la ville, et des gens accoururent, qui dépendirent le fils du pèlerin, sain et sauf, et pendirent l’aubergiste. » Jacques de, La Légende dorée (1261-1266). Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2004, p. 533.
3 Voir : Christine Henri, Jean-Pierre Vialle (dir.), Sur le chemin de Compostelle : Trois récits de pèlerins partis vers Saint-Jacques. Nompar de Caumont ; Guillaume Manier ; Jean Bonnecaze (1417, 1726, 1748), Paris, Cosmopole, 2009.
4 Nompar II (1391-1446) : seigneur de Caumont, Castelnau, Castelculier et Berbiguières, en Gascogne, il a laissé des récits écrits de ses pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle et à Jérusalem (Le voyatge d’oultremer en Jhérusalem de Nompar, seigneur de Caumont).
5 « Santo Domingo de la Calzada […]. En ce lieu, il y eut jadis un grand miracle : un pèlerin et sa femme allaient à Saint-Jacques et emmenaient avec eux leur fils qui était un beau jeune homme. À l’hôtellerie où ils logèrent pour la nuit, il y avait une servante qui s’éprit du fils et comme il ne voulut pas s’intéresser à elle, elle en fut très indignée. De nuit, elle entra dans sa chambre alors qu’il dormait et cacha une tasse d’argent dans son bagage. Le lendemain matin, le père, la mère et le fils se levèrent et reprirent leur chemin. Quand ils eurent passé les limites de la ville, la servante dit à son maître qu’une tasse avait disparu et que les pèlerins qui avaient couché là devaient l’avoir emportée. Aussitôt l’hôte les fit poursuivre pour savoir s’il en était ainsi. Rejoints à une bonne lieue de distance, on leur demanda s’ils avaient pris une tasse. Ils dirent que non, ne plaise à Dieu, car ils étaient de bons vrais pèlerins et que jamais ils ne feraient une telle malhonnêteté! Comme on ne voulait pas les croire, on chercha d’abord chez le père et la mère et on ne trouva rien. Puis on chercha chez le fils et on trouva la tasse dans le bagage où la servante l’avait mise. Les pèlerins en furent stupéfaits et on ramena l’enfant en ville pour le conduire devant le juge qui le condamna à être pendu au grand deuil du père et de la mère. Ceux-ci pourtant continuèrent leur pèlerinage à Saint-Jacques puis, de retour vers leur pays, repassèrent à Santo Domingo. Ils allèrent au gibet pour voir leur enfant et pour prier Dieu pour son âme. Quand ils furent tout près, ils pleurèrent grandement mais l’enfant était vivant et il leur dit de cesser leur deuil car il était vivant, en bonne santé. Depuis qu’ils étaient partis, un brave homme l’avait tout le temps soutenu sous les pieds et il n’avait aucun mal.  Immédiatement, ils allèrent voir le juge demandant qu’il voulût bien faire descendre du gibet leur enfant car il était vivant. Et le juge de refuser de croire cette chose impossible et le père et la mère, toujours plus fort, d’affirmer qu’il en était ainsi. Le juge avait fait préparer pour son dîner un coq et une poule à la broche. Le juge finit par dire qu’il ne croirait l’enfant vivant que si la volaille, embrochée et presque cuite, se mettait à chanter. Aussitôt le coq et la poule surgirent de l’âtre et chantèrent. Le juge fut très émerveillé et assembla son monde pour aller au gibet. Ils constatèrent que c’était vrai et ils descendirent le fils sain et sauf du gibet. Il conta qu’il ne savait rien de la tasse et rapporta sa conversation avec la chambrière. Celle-ci fut amenée et confessa la vérité. Qu’elle l’avait fait parce qu’il n’avait pas voulu agir selon sa volonté. Elle fut pendue. Et dans l’église, il y a encore un coq et une poule ; comme ceux qui chantèrent devant l’âtre du juge, et je les ai vus, et ils sont tout blancs. » (« Sainto Dominguo de le Calssade […]. auquel lieu avint une foix jadis ung grant miracles c’est assavoir que ung pelerin et sa femme aloient a Saint Jaques et menoient avec eulx ung filz qu’ilz avoient moult bel enfant et en l’ostelerie ou ilz logerent la nuyt, avoit une servente qui se cointa dudit enfant moult grandement et pour ce qu’il n’eut cure d’elle si fut grandemant indignee contre luy et le nuyt quant dormoit, elle entra en sa chambre et mist une tasse d’argent de cellez de l’ouste en son echirpe et lendemain matin quant le pere et mere et filz se leverent, tindrent leur chemin avant et quant furent passés le ville le servente dist asson mestre que une tasse estoit perdue et que lez pelerins qui Jeans avoient couchié la devoient avoir emblé et tantost l’ouste fisc aller apres eulx savoir s’il estoit ainsi et lez aperseurent ben une lieue loing et distrent s’ilz avoient eu une tasse et ils distrent que non ne pleust a Dieu, car ils estoient bons vrais pelerins et james ne feroient telle malvestié et ceux ne les voloient croire, ains serchierent premierement le pere et le mere et ne trouverent riens et puis vont serchier l’enfant et trouvarent le tace en l’eschirpe ou le servente l’avoit mise ; de quoy les pelerins furent moult esbays et alerent tourner l’enfant en le ville et l’amenerent a le justice et fut jutgié estre pendu, de quoy le pere et mere eurent grand deul, mez pourtant ne demourerent aler leur pelerinage a Saint Jaques et puis s’en tournarent en leur pais et vont passer audit lieu de Sainto Dominguo et alerent au gibet pour veoir leur enfant pour prier Dieu par son ame et quant ilz furent bien pres, se prindrent forment a plourer et l’enfant fut tout vif et leur vayt dire que ne menassent deul car il estoit vif, tout sain, car despuis qu’ilz partirent ung preudome l’avoit tout dis soustenu par les pies que n’avoit eu nul mal et encontinent ils s’en alerent au juge disant qu’il luy pleust fere descendre du gibet leur enfant car il estoit vif et le jutge ne le vouloir james croire pour ce que estoit impossible et tout jour plus fort le pere et mere afermer qu’il estoit ainxi et le jutge avoit fait aprester son disner ou il avoit en l’aste au feu un cok et une geline que rosti estoient et le juge vayt dire qu’il creyroit ainxi tost que celle poulaille de faste que estoit pres cuyte chantessent comme que celluy enfant fusse vif et encontinent le cok et le jaline sordirent de faste et chanterent et lors le jutge fut moult merevilles et assembla gens pour aler au gibet et trouverent qu’il estoit voir et le mirent a bas sain et vif et il ala compter comme il ne savoir riens de le race et corne le chambrier l’avoir prié et ycelle fast prise et comfessa la venté qu’elle l’avoit fait pour ce qu’il n’avoit voulu fere sa voulenté et fu pendue et encores ha en l’eglize un cok et une jeline de le nature de ceulx qui chanterent en l’aste davant le jutge et je les ay veut et sont toux blancs. » Source : Voiatge a saint Jaques en compostelle, manuscrit (British Museum, fonds Egerton 890, folios 106 et 107).
6 En Italie, le miracle du pendu est souvent représenté à travers les deux scènes évoquées plus haut, parfois davantage, dans les prédelles des retables où apparaît l’effigie du saint.
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