Frédéric Ier de Hohenstaufen, surnommé Frédéric Barberousse [1]Frédéric Barberousse doit son surnom à la couleur de la pilosité de son menton. (Bavière (?), v. 1122 – Anatolie, 1190) : fils de Frédéric II de Souabe et Judith de Bavière, empereur du Saint-Empire romain germanique de 1155 à sa mort ; il possède également les titres de roi de Germanie, roi d’Italie, roi de Bourgogne et comte palatin de Bourgogne, après avoir été un temps duc de Souabe et d’Alsace.
« Une fois élu, Frédéric commence par régler le problème des Welfs : Henri le Lion, fils d’Henri le Superbe, fait duc de Saxe quelques années plus tôt contre la Bavière, reçoit le duché de Bavière de surcroît (juin 1154). Immédiatement après, Frédéric fait son premier voyage en Italie : il tient une diète à Roncaglia, où il reçoit les doléances de certaines villes lombardes contre la toute-puissance de Milan, qu’il châtie en détruisant Tortona, son alliée. Il prendra ainsi une série de mesures brutales contre la capitale lombarde, qu’il envahit et fait raser en 1162. Mais il connaît mal la capacité économique des communes italiennes et leur force politique : Milan constitue alors la Ligue des villes lombardes, qui infligera une défaite très grave à Frédéric en 1176, à Legnano. Ces villes sont soutenues dans leur résistance par la papauté, qui très vite est entrée en conflit avec l’Empereur.
En effet, celui-ci se rend en Italie en 1154 pour se faire couronner empereur ; il aide le pape Adrien IV à réprimer la commune romaine d’Arnaud de Brescia : il est couronné le lendemain de son entrée dans la ville (18 juin 1155), et les Romains qui se révoltent sont écrasés. Comme l’empereur dispose d’une armée assez réduite, il préfère retourner dans le nord de l’Italie. Une suite d’erreurs diplomatiques amène à la rupture : le nouveau chancelier de l’Empire, Rainald de Dassel [2]Rainald von Dassel (…, entre 1114 et 1120 – Rome, 1167) : archevêque de Cologne et archichancelier d’Italie, de 1159 à sa mort. Proche conseiller de l’empereur Frédéric Barberousse, il exerce une influence notable sur la politique du Saint-Empire romain germanique. C’est sous son égide que les restes des Rois … Poursuivre, est un homme assez ambitieux, qui veut prouver la supériorité de l’empereur sur le pape en pratiquant la politique du pire. En 1159, la Curie élit Alexandre III pape, mais l’empereur suscite un autre pape, Victor IV. En 1164, quand meurt ce dernier, Rainald de Dassel fait élire Pascal III : le schisme se poursuit donc ; dans l’Empire, à partir de la diète de Wurtzbourg (1165), tous les évêques doivent obéissance à l’antipape. Alexandre III excommunie l’empereur. Finalement, en 1177, il se réconcilie avec lui à Venise. La papauté ne peut alors empêcher Frédéric de s’allier aux Normands de Sicile et de marier son fils et héritier, le roi des Romains Henri, avec la sœur du roi Guillaume. Personne ne sait alors que celle-ci va se retrouver seule héritière du royaume, que son fils Frédéric II sera ainsi roi de Sicile et empereur d’Allemagne. » [3]« Frédéric 1er Barberousse (1122 env.-1190) empereur germanique (1152-1190) », Enciclopedia Universalis. https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-ier-barberousse/, consulté le 30.04.2022.
La conclusion s’appuie sur les conclusions de tous les chapitres pour démontrer que les spécialistes de Barberousse ont souvent davantage étudié une construction de l’Allemagne post-Kulturkampf [4]Kulturkampf (« lutte culturelle ») : lutte acharnée menée vers 1871-1887 par le chancelier allemand Otto von Bismarck pour soumettre l’Église catholique romaine au contrôle de l’État . que l’empereur médiéval lui-même. Plutôt qu’un sacralisateur de l’État qui s’est allié au chancelier du Reich Rainald de Dassel (un substitut d’Otto von Bismarck) pour soumettre la papauté, Frédéric Ier était un souverain déterminé à restaurer la grandeur de l’Empire par divers moyens, notamment par des alliances papales et arabes. Ce point a été négligé en raison du manque de sources sur la dernière partie de son règne et d’une profonde incompréhension des projets aixois de Frédéric. En démantelant l’historiographie de manière archéologique, Sulovsky rétablit les liens apparents dans les sources et montre clairement que la romanisation croissante de l’Empire a eu des conséquences radicales sur l’autorité et ses expressions, tant pour le pape que pour l’empereur. Par conséquent, une grande partie de ce qui a été décrit comme une sacralisation délibérée de l’Empire en opposition au pape était en réalité sa romanisation progressive. Ce n’était pas un projet lancé par la cour allemande, mais par les Italiens conscients de leur propre valeur, qui voulaient un empereur romain pour les représenter, et non un roi allemand. [5]Vedran Sulovsky, Making the Holy Roman Empire Holy: Frederick Barbarossa, Saint Charlemagne and the Sacrum Imperium, Cambridge Studies in Medieval Life and Thought, Fourth Series. Cambridge University Press, 2024, « Appendix – The Decorative Imagery of the Karlsschrein ».
Notes
| 1↑ | Frédéric Barberousse doit son surnom à la couleur de la pilosité de son menton. |
|---|---|
| 2↑ | Rainald von Dassel (…, entre 1114 et 1120 – Rome, 1167) : archevêque de Cologne et archichancelier d’Italie, de 1159 à sa mort. Proche conseiller de l’empereur Frédéric Barberousse, il exerce une influence notable sur la politique du Saint-Empire romain germanique. C’est sous son égide que les restes des Rois mages auraient été transportés, en 1164, de Milan à Cologne (*). Rainald détermine essentiellement la politique impériale ; en 1157, le nom Sacrum Imperium visant à renforcer la position de l’empereur face à la papauté est écrit pour la première fois.
(*) Lucas BURKART, Philippe Cordez, Pierre Alain Mariaux et Yann Potin, Le trésor au Moyen Âge : discours, pratiques et objets, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2010, p. 316. |
| 3↑ | « Frédéric 1er Barberousse (1122 env.-1190) empereur germanique (1152-1190) », Enciclopedia Universalis. https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-ier-barberousse/, consulté le 30.04.2022. |
| 4↑ | Kulturkampf (« lutte culturelle ») : lutte acharnée menée vers 1871-1887 par le chancelier allemand Otto von Bismarck pour soumettre l’Église catholique romaine au contrôle de l’État . |
| 5↑ | Vedran Sulovsky, Making the Holy Roman Empire Holy: Frederick Barbarossa, Saint Charlemagne and the Sacrum Imperium, Cambridge Studies in Medieval Life and Thought, Fourth Series. Cambridge University Press, 2024, « Appendix – The Decorative Imagery of the Karlsschrein ». |
