Arnolfo di Cambio, « Madonna col Bambino »

Arnolfo di Cambio (Colle di Val d’Elsa, v. 1245 – Florence, entre 1302 et 1310)

Madonna col Bambino o Madonna dagli occhi di vetro (Vierge à l’Enfant ou Vierge aux yeux de verre), v. 1296-1302.

Marbre, 173 x 72 cm.

Provenance : Porche central de l’ancienne façade de la Cathédrale de Santa Maria del Fiore, Florence.

Florence, Museo dell’Opera del Duomo.

Conçue pour la lunette du porche central de l’ancienne façade de la Cathédrale de Florence [1]Dans la lunette du porche, la Vierge à l’Enfant était flanquée des statues des saints florentins Reparata et Zanobi. conçue par Arnolfo di Cambio au tournant des XIIIe et XIVe siècles, la statue a été transférée à l’intérieur de celle-ci lors de la démolition de cette même façade en 1587, époque où Florence envisageait de la remplacer par la construction d’une œuvre architecturale plus conforme au goût « moderne » et aux canons de la Renaissance [2]En dépit des nombreux projets qui furent produits par les plus grands architectes de l’époque à l’occasion d’un concours demeuré célèbre, la façade de la Cathédrale demeura exempte de tout décor jusqu’au XIXe siècle, période à laquelle fut construit le pastiche que l’on peut voir de nos jours.. À cette occasion, la sculpture, parvenue au niveau des fidèles, devint l’objet d’une dévotion populaire croissante qui alla même jusqu’à la gratifier de quelques miracles. La Contre-réforme, ayant accentué la défiance de l’Église à cet égard, conduisit, triste destinée de l’œuvre d’art, à la remiser dans un dépôt de la Cathédrale afin d’éviter que soient alimentées les superstitions. C’est dans ce dépôt que la virent Giuseppe Richa [3]Giuseppe Richa, Notizie historiche delle chiese fiorentine, Florence, 1757 (reprint Nabu Press, 2012. puis Leopoldo Cicognara [4]Leopoldo Cicognara, Storia della scultura dal suo risorgimento in Italia fino al secolo di Canova del conte Leopoldo Cicognara per servire di continuazione all’opera di Winckelmann e di d’Agincourt, Prato, Giachetti, 1823-25.. L’œuvre est entrée au Museo dell’Opera en 1891.

Cette Vierge gothique prend des distances par rapport à l’époque du même nom qui l’a vue naître. Si son attitude frontale et hiératique est directement issue du bloc de marbre dans lequel elle a été conçue, et dont elle n’est pas encore tout-à-fait libérée, le sens aigü du volume avec lequel Arnolfo l’a modelée, plus encore que sculptée, lui confère une présence corporelle d’un réalisme nouveau, d’emblée exceptionnel, qui trouve son origine directe dans les Madones que peint Giotto à la même époque, et auquel le sculpteur ajoute encore en donnant à sa statue des yeux luisants, réalisés dans la pâte de verre afin de leur donner un regard. Cette Vierge aux formes puissantes possède des yeux qui regardent loin devant elle. Son visage carré d’une douceur ineffable affiche une sérénité que les siècles avaient oublié depuis la Grèce archaïque. Tout dans son apparence lui confère des allures de reine, conformément au statut qui est le sien et que vient encore souligner, si toutefois sa stature royale n’y suffisait pas, l’attribut symbolique d’une discrète couronne venue ceindre son front.

Notes

Notes
1 Dans la lunette du porche, la Vierge à l’Enfant était flanquée des statues des saints florentins Reparata et Zanobi.
2 En dépit des nombreux projets qui furent produits par les plus grands architectes de l’époque à l’occasion d’un concours demeuré célèbre, la façade de la Cathédrale demeura exempte de tout décor jusqu’au XIXe siècle, période à laquelle fut construit le pastiche que l’on peut voir de nos jours.
3 Giuseppe Richa, Notizie historiche delle chiese fiorentine, Florence, 1757 (reprint Nabu Press, 2012.
4 Leopoldo Cicognara, Storia della scultura dal suo risorgimento in Italia fino al secolo di Canova del conte Leopoldo Cicognara per servire di continuazione all’opera di Winckelmann e di d’Agincourt, Prato, Giachetti, 1823-25.
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