Domenico Beccafumi, « San Michele Arcangelo che scaccia gli angeli ribelli »

Domenico Beccafumi (Sovicille, entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

San Michele Arcangelo che scaccia gli angeli ribelli (L’archange saint Michel chasse les anges rebelles), v. 1526-1535.

Huile sur panneau, 347 x 225 cm.

Provenance : In situ (L’œuvre est revenue à San Niccolò al Carmine après un détour par la Pinacothèque nationale.))

Sienne, Église de San Niccolò al Carmine.

Vers 1525, les moines du Carmel de Sienne interrompirent le travail de Beccafumi, alors que l’achèvement d’un premier grand retable [1]lDomenico Beccafumi, Expulsion des anges rebelles. Sienne, Pinacoteca Nazionale. représentant la vision du triomphe final des anges sur les démons, autrement dit, du Bien sur le Mal [2]Cette vision est décrite dans l’Apocalypse : « Il y eut alors une bataille dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon (…) Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui égare toute la terre ; il fut jeté sur la terre et ses anges furent jetés avec lui. » (Ap 12, 7-9). était proche. Ce dernier est donc demeuré inachevé [3]Il est aujourd’hui conservé à la Pinacoteca Nationale de Sienne.. Il est aisément imaginable que les frères aient été dérangés par la horde de corps bouillonnant dans le ventre du tableau, et par les nus qui semblaient s’avancer vers eux, sveltes et pleins d’énergie. Mais s’il n’y avait pas eu ce refus, nous n’aurions certainement pas pu contempler l’un des paysages infernaux les plus poétiques de tout l’art italien, que Domenico exprime ici dans la deuxième tentative de son entreprise, destinée une nouvelle fois à l’église de San Niccolò al Carmine. Cette fois-ci, dans l’aperçu des volcans et des grottes, dans le labyrinthe des rochers acérés, des ponts vertigineux et des fondations de prisons se dressent des ombres mélancoliques d’hommes, frappées de réverbérations et d’éclairs d’artifice. Non plus les silhouettes recroquevillées d’athlètes hurlants de la rédaction précédente, qui s’enfuyaient partout et faisaient de l’enfer une orgie de muscles, mais des individus silencieux qui contemplent la désolation, sous la menace d’un monstre et entourés de lacs bouillonnants d’un liquide jaunâtre.

Dans le grand bassin, qui divise mieux la nouvelle composition en trois bandes superposées, la guerre civile des anges semble déjà terminée. À leur place se trouvent les sources lumineuses qui continuent la bataille : les troupes loyales figurent béatement assises autour de Dieu, dont l’allure sévère, déçu, dès qu’on l’aperçoit sous une pluie de lumière qui l’obscurcit. Une pluie qui irradie jusqu’aux ailes, au front et aux épaules de l’Archange, humidifiant l’épée et quelques bandes de draperie avec une lampe à méduse. Les éclairs de feu qui montent des enfers, multipliés par les tunnels et les miroirs d’acide, ne sont pas moins pertinents. Un théâtre métaphysique et inquiétant, qui ne devient grotesque que dans l’avant-scène, où même la boîte du souffleur devient une source de soufre et enflamme le rugissement récité par le dragon.

La première version anticipait tout ce qui aura été la rhétorique du maniérisme, les motifs imbriqués et la dominante physique qui conduiront à la conception d’images privées d’espace, construites uniquement par la torsion emphatique des corps, comme dans les peintures de Giorgio Vasari ou de Jacopo Pontormo. La deuxième invention, en réduisant l’excitation mouvementée, a au contraire rendu la scène beaucoup plus profonde, et dans ce milieu de gamme, entre paradis et enfer, Domenico joue une carte de modernité poétique absolue. Ce ne sont certes pas des limbes, même si la lumière opalescente invite à la métaphore, mais c’est dans cette partie de la pénombre que la chute des anges rebelles pourrait encore s’arrêter si seulement la repentance devait survenir. Certains nagent dans la lumière brumeuse, l’un d’eux chute la tête la première, étendu comme une sauterelle échappée du bec d’un faucon. La lumière crépitante dessine le contour de ses ailes effilochées, d’une beauté inutile.

Avant d’aborder l’autel, le deuxième à droite dans l’église siennoise, c’est toute la partie inférieure du retable, aujourd’hui privé de sa prédelle, qui ressemble à un monstrueux museau d’animal, dont les globes oculaires injectés de lumière diabolique sont précisément dessinés par les arches de la prison et le pont de pierre. Le geste de dégainer la lame effectué par l’archange Michel prend également plus de sens et on l’imagine marchant en équilibre sur le museau de la bête gigantesque. Peut-être la guerre interne n’est-elle pas vraiment terminée, peut-être le tableau ne décrit-il que l’atmosphère d’une trêve…

I frati del Carmine di Siena, intorno al 1525, arrestarono il veloce pennello di Beccafumi a un passo dalla conclusione della grande pala con la Cacciata degli angeli ribelli, tuttora incompiuta e conservata presso la Pinacoteca Nazionale della città.
Si può ben immaginare fossero turbati dall’orda di corpi che ribolliva nel ventre della tavola ; dagli ignudi che avanzavano slanciati ed energici verso di loro, ma se non ci fosse stato quel pudico rifiuto di certo non avremmo avuto il più poetico paesaggio d’inferno di tutta l’arte italiana, che Domenico espresse nel secondo assalto all’impresa, quella destinata alla chiesa di San Niccolò al Carmine.
Nello squarcio di vulcani e spelonche, nel labirinto di rocce aguzze, ponti vertiginosi e fondamenta di galere stazionano ombre malinconiche di uomini, colpite da riverberi e bagliori d’artificio. Non più le sagome affastellate di atleti urlanti, della precedente redazione, che scappano in ogni dove e fanno dell’inferno un’orgia muscolare, ma individui silenzosi che contemplano la desolazione, sotto la minaccia di un mostro e circondati da laghi bollenti di liquido giallastro.
Nel grande catino, che meglio suddivide la nuova composizione in tre fasce sovrapposte, la guerra civile degli angeli appare già conclusa, al loro posto sono le fonti luminose a continuare la battaglia: le truppe leali figurano beatamente assise attorno a Dio, il cui volto severo, deluso, appena si intuisce sotto una doccia di luce che lo oscura. Una pioggia che si irradia giusto alle ali, alla fronte e alle spalle dell’Arcangelo, inumidendo la spada e qualche lembo di panneggio con un lume di medusa. Non meno rilevanti sono i bagliori di fuoco che salgono dagli inferi, moltiplicati dai cunicoli e dagli specchi di acido. Un teatro inquietante e metafisico, che si fa grottesco solo nel boccascena, dove anche la buca del suggeritore diviene una fonte di zolfo e infiamma il ruggito recitato dal drago.
La prima versione precorreva tutta quella che sarebbe stata la retorica del Manierismo, gli schemi a incastro e la dominante fisica che porteranno a concepire immagini senza spazio, costruite unicamente dalle enfatiche torsioni dei corpi, come nei dipinti di Giorgio Vasari. La seconda invenzione, riducendo concitazione e traffico, rese invece molto più profonda la scena e in quella fascia mediana, tra paradiso e inferno, venne giocata da Domenico una carta di assoluta modernità poetica. Non è certamente un limbo, anche se la luce opalescente invita alla metafora, ma è quella parte di aria penombrina nella quale la caduta degli angeli ribelli potrebbe ancora fermarsi, se solo accorresse un pentimento. Alcuni volano nuotando sul lume vaporoso, uno sta rovesciandosi a precipizio, scomposto come una cavalletta sfuggita al becco di un falco. La luce crepitante ne profila le ali sfrangiate, d’inutile bellezza.
Prima di avvicinarsi all’altare, il secondo di destra nella chiesa senese, è l’intera parte inferiore della pala a sembrare un muso mostruoso d’animale, i cui globi oculari iniettati di luce diabolica vengono precisamente tracciati dalle arcate carcerarie e dal ponte di pietra. Allora acquista maggior senso anche lo sfoderare della lama da parte del San Michele e lo immaginiamo camminare in equilibrio sul grugno della gigantesca bestia. Forse la guerra intestina non è davvero conclusa, forse il dipinto ci ha descritto solo l’atmosfera di una tregua.

Prédelle du retable
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Il subsiste deux compartiments d’une fabuleuse beauté, provenant de la prédelle du grand retable de San Niccolò al Carmine : Le Miracle de Saint Michel sur le mont Gargano (fig. 1) et L’Apparition au pape Grégoire le Grand de saint Michel au sommet du Château Saint-Ange, à Rome (fig. 2). Ces deux panneaux font aujourd’hui partie des collections du Musée de Pittsburgh [4]Domenico Beccafumi,The Miracle of Saint Michael on Mt. Gargano ; The Appearance of Saint Michael on the Castel Sant’ Angelo to Pope Gregory the Great. Pittsburgh, The Carnegie Museum of Art..

Notes

Notes
1 lDomenico Beccafumi, Expulsion des anges rebelles. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
2 Cette vision est décrite dans l’Apocalypse : « Il y eut alors une bataille dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon (…) Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui égare toute la terre ; il fut jeté sur la terre et ses anges furent jetés avec lui. » (Ap 12, 7-9).
3 Il est aujourd’hui conservé à la Pinacoteca Nationale de Sienne.
4 Domenico Beccafumi,The Miracle of Saint Michael on Mt. Gargano ; The Appearance of Saint Michael on the Castel Sant’ Angelo to Pope Gregory the Great. Pittsburgh, The Carnegie Museum of Art.

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