Héraclès (Hercule)

Héraclès, fils de Zeus et d’une mortelle, Alcmène, elle-même fille du roi de Mycènes, est l’un des héros les plus vénérés de la Grèce antique. Certaines caractéristiques distinguent Héraclès de la nombreuse progéniture de Zeus, la première étant la raison pour laquelle il a été conçu, ainsi que le raconte Diodore de Sicile. [1]« Et ce n’est donc pas seulement en jugeant ses actes [les actes d’Héraclès] que l’on a considéré la vertu qui lui est attachée mais, avant sa naissance déjà, on la lui avait reconnue ; puisque, lorsque Zeus s’unissait à Alcmène, il tripla la durée de la nuit, et par l’ampleur du temps qu’il prit à la conception, il présagea l’exceptionnelle force de celui qui … Poursuivre « Dans L’Iliade, écrit Susana Reboreda Morillo, Zeus va également clamer publiquement son orgueil de père à propos de son futur fils en présence d’Héra. Attitude habituelle chez lui, il signale en creux l’absence d’une descendance comparable avec une épouse qui ne se distingue pas pour ses aptitudes maternelles. Ces circonstances ne font qu’alimenter l’animosité naturelle ressentie par la déesse face aux infidélités de Zeus. Ce qui va, à nouveau, la décider à démontrer sa supériorité en portant préjudice à ce futur descendant. » [2]Susana Reboreda Morillo, « Allaitement divin : le cas d’Héra et d’Héraclès », dans Dialogues d’histoire ancienne 2019/Supplément 19 (S 19), pp. 59-80.

La mythologie grecque prête à Héraclès un très grand nombre d’aventures [3]« Les légendes où il figure constitue un cycle entier, en perpétuelle évolution depuis l’époque pré-hellénique jusqu’à la fin de l’Antiquité. Aussi est-il très malaisé d’exposer ces différents épisodes selon un ordre rationnel. » Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (1951), Paris, Presses universitaires de … Poursuivre qui le voient voyager à travers le monde connu des Doriens, puis dans toute la Méditerranée, à partir de l’expansion de la Grande-Grèce, jusqu’aux Enfers. Les plus célèbres de ses exploits sont les douze travaux. Il est mentionné dans la littérature grecque à partir d’Homère.

La première épouse d’Héraclès, Mégara, est la fille de Créon, roi de Thèbes. Mégara et Héraclès ont trois fils et une fille. Un jour, pris de folie à cause d’Héra [4]Parmi les compilateurs tardifs de la légende grecque, le Pseudo-Apollodore (Ier-2e s. ap. J.-C) raconte les persécutions qu’Héra fait subir aux maîtresses de Zeus ainsi qu’à sa progéniture illégitime, en particulier Héraclès (né d’Alcmène) qu’elle a poursuit de sa haine depuis le berceau : « Avant qu’Amphitryon [mari d’Alcmène] ne revienne de Thèbes, Zeus … Poursuivre, Héraclès massacre toute sa famille. Pour expier sa faute, il doit accomplir douze travaux et il change de nom. D’abord surnommé Alcide, on l’appellera désormais Héraclès (Gloire d’Héra). En secondes noces, Héraclès épouse Déjanire [5]Déjanire : fille d’Oenée, roi de Calydon, et d’Althée, elle est la soeur de Méléagre et la seconde et dernière épouse mortelle d’Héraclès. Le centaure Nessus, qui la transportait sur son dos pour lui faire passer le fleuve Evénus, ayant tenté de la violenter, Héraclès tue le ravisseur d’une flèche envenimée. Avant de mourir, Nessus, pour se … Poursuivre, sœur de Méléagre [6]Méléagre : héros grec, prince de Calydon. Fils d’Arès et d’Althée, il est l’objet de plusieurs cycles légendaires. « Faisant des sacrifices pour obtenir une excellente récolte, Œnée, roi de Calydon, oublie les autels d’Artémis/Diane, et la déesse, irritée, envoie un sanglier ravager la région. Méléagre, fils d’Œnée et Althée, organise alors une … Poursuivre, rencontré aux enfers et à qui il a fait cette promesse.

Devenu esclave de la reine Omphale, il en devient amoureux. Tous deux se marient et ont des enfants. Omphale libère Héraclès qui retrouve Déjanire. Mais cette dernière, jalouse d’une femme qu’Héraclès a séduite sur le chemin du retour, verse le sang du centaure Nessos sur sa tunique pour rendre Héraclès à nouveau amoureux d’elle. Le sang est empoisonné et brûle horriblement Héraclès. Celui-ci se suicide pour mettre fin à ses souffrances.

Reçu dans l’Olympe par son père, Héraclès se marie cette fois avec Hébé, fille d’Héra.

Hercule, dans la mythologie romaine, est l’équivalent de l’Héraclès grec. L’un et l’autre sont aisément reconnaissables à la peau de lion dont il sont couverts et à la massue, l’arc et les flèches dont ils se séparent rarement.

Folie meurtrière d’Héraclès

De retour des Enfers [7]Héraclès est descendu aux Enfers pour y capturer le chien Cerbère et accomplir ainsi le dernier des travaux ordonnés par Eurysthée. Il n’en est pas revenu et on le croit mort. Pendant son absence, le tyran Lycos a tué le régent Créon et s’est emparé du trône de Thèbes. Depuis lors, il fait régner la terreur, et menace … Poursuivre, Héraclès est pris d’un accès de folie provoqué par Héra, qui le pousse à massacrer ses propres fils qu’il prend pour ceux d’Eurysthée [8]Eurysthée : roi de l’Argolide (région comprenant Mycènes et Tirynthe). Il est l’ennemi d’Héraclès et le commanditaire des douze travaux imposés à celui-ci.. Mégara [9]Mégara : fille aînée de Créon, roi de Thèbes, que celui-ci maria à Héraclès en récompense de son combat contre le roi de l’ancienne cité d’Orchomène, et que le héros ramena chez son père adoptif, Amphitryon. Elle lui donna trois fils et une fille. tente de sauver ses enfants, mais succombe à son tour sous les coups meurtriers de son époux. [10]La scène est racontée par Euripide : « Leur père s’arrêtant, ses fils tournent vers lui leurs regards. Il n’était plus le même ; il roulait les yeux, décomposé ; ses prunelles, veinées de sang, sortaient de leurs orbites ; la bave dégouttait sur sa barbe touffue. Il dit avec un rire de dément : « Père, à quoi bon allumer, avant d’avoir tué Eurysthée, le feu … Poursuivre

Les DOUZE travaux

Pour expier le crime qu’il a commis contre Mégara et ses enfants, Héraclès est contraint par le roi Eurysthée d’accomplir la série d’épreuves que l’on nomme les « douze travaux ». Le Pseudo-Apollodore [11]Pseudo-Apollodore, nom donné à l’auteur de la Bibliothèque, anciennement attribué à Apollodore d’Athènes (IIe siècle av. J.-C.). en donne la liste dans l’ordre ci-dessous [12]Pseudo-Apollodore, La Bibliothèque, II, 5, 1-12. L’ordre des travaux varie selon les sources. Ainsi Diodore de Sicile mentionne le sanglier d’Érymanthe (3), la biche de Cérynie (4), les oiseaux du lac Stymphale (5), les écuries d’Augias (6), la capture de Cerbère (11) et les pommes d’or des Hespérides (12). :

  • Tuer le lion de Némée et rapporter sa dépouille. L’animal est invulnérable aux flèches et aux épées grâce à sa peau qui le protège à la manière d’une armure. C’est pourquoi Héraclès l’étrangle pour le vaincre, avant de revêtir lui-même la peau de l’animal qu’il a terrassé. [13]« […] Héraclès se rendit à Tirynthe, et accomplit tout ce qu’Eurysthée lui ordonna. Le premier travail qui lui fut imposé fut de rapporter la peau du lion de Némée, une bête féroce et invulnérable, née de Typhon. Ainsi Héraclès s’en alla affronter le lion et gagna Cléones, où il fut l’hôte d’un ouvrier agricole, Molorchos. Ce jour-là, ce dernier … Poursuivre
  • Tuer l’hydre de Lerne, dont les têtes tranchées repoussaient sans cesse. Avec l’aide de son neveu Iolaos, Héraclès réussit à éliminer la bête : tandis qu’il coupe les têtes, Iolaos brûle les cicatrices afin que ses têtes ne repoussent pas. Hercule trempe ses flèches dans le sang empoisonné de l’hydre. [14]« Son deuxième travail fut de tuer l’Hydre de Lerne. Ce monstre vivait dans les marais de Lerne, mais souvent il s’aventurait dans la plaine et ravageait le bétail et la campagne. Il avait un corps énorme hérissé de neuf têtes : huit d’entre elles étaient mortelles, mais celle du milieu était immortelle. Héraclès monta sur le char guidé par Iolaos ; il arriva à … Poursuivre 
  • Capturer la biche de Cérynie aux sabots d’airain et aux bois d’or, créature sacrée d’Artémis. En raison de la vitesse exceptionnelle de la course de l’animal, Héraclès la poursuit pendant un an et n’arrive à la capturer que lorsque la biche fait une halte dans un pré. [15]« Le troisième travail consista à rapporter vivante à Mycènes la biche de Cérynie, qui vivait alors à Onoé [en Argolide]. C’était une biche aux cornes d’or consacrée à Artémis. Comme il ne voulait ni la blesser et encore moins la tuer, Héraclès la pourchassa une année entière. Finalement, la biche, épuisée par la poursuite, se réfugia sur le mont Artémision ; … Poursuivre
  • Ramener vivant l’énorme sanglier d’Érymanthe aux défenses de métal tranchant. Héraclès le poursuit longtemps, jusqu’à ce que la bête épuisée se laisse prendre. [16]« Pour son quatrième travail, Héraclès devait ramener vivant le sanglier d’Érymanthe, une bête qui dévastait Psophis, lorsqu’il déboulait de la montagne appelée Érymanthe. » Ibid., II, 5, 4.
  • Nettoyer en un jour les écuries d’Augias, qui ne l’avaient jamais été, car elles étaient si grandes que personne n’avait jamais eu le courage de le faire. [17]« Son cinquième travail consista à nettoyer du fumier, en un seul jour, toutes les étables d’Augias. Augias était roi d’Élis, fils d’Hélios selon les uns, ou de Poséidon selon les autres, ou bien, selon d’autres encore, de Phorbas. Il possédait de très grands troupeaux de bétail. Héraclès alla le voir et, sans lui révéler l’ordre … Poursuivre
  • Tuer les oiseaux du lac Stymphale au bec, au serres et aux plumes d’airain. Grâce aux castagnettes magiques en bronze que lui a données Athéna, Héraclès effarouche les oiseaux qui se sont réfugiés dans un bois, s’envolent et deviennent la cible de ses flèches. [18]« Le sixième travail consista à chasser les oiseaux de Stymphale. Non loin de la cité de Stymphale, en Arcadie, il y avait un marais appelé Stymphale, entouré d’une épaisse forêt. S’y étaient réfugiés quantité d’oiseaux, par crainte des loups. Héraclès se trouvait dans l’impossibilité de les faire sortir de la forêt ; alors Athéna lui donna des … Poursuivre
  • Dompter le taureau crétois de Minos, que celui-ci n’avait pas voulu sacrifier à Poséidon. [19]« Le septième travail consista à capturer le taureau de Crète. Acousilaos soutenait qu’il s’agissait du taureau envoyé par Zeus pour transporter Europe ; d’autres au contraire prétendent qu’il s’agissait de celui que Poséidon avait envoyé de la mer quand Minos promit de sacrifier au dieu ce qui viendrait de l’océan. Selon la légende, quand Minos … Poursuivre
  • Capturer les cavales de Diomède, des juments mangeuses d’hommes, Héraclès essaie d’abord de les capturer. Diomède et ses soldats passent à l’attaque. Héraclès les bat un par un et les donne en pâture aux juments. Diomède est dévoré par les juments qui deviennent alors douces comme des agneaux. Héraclès les ramène alors à Eurysthée. [20]« Le huitième travail consista à porter à Mycènes les juments du roi de Thrace Diomède. Ce dernier était le fils d’Arès et de Cyrène, et régnait sur les Bistones, un peuple de Thrace très belliqueux, et il possédait des juments anthropophages. Héraclès mit à la voile avec une équipe de volontaires, attaqua les gardiens des écuries, et mena les juments sur la plage. … Poursuivre
  • Rapporter la ceinture magique d’Hippolyte (ou Hippolyté), fille d’Arès et reine des Amazones. La reine tombée amoureuse du héros lui fait don sa ceinture. Mais Héra, qui est l’ennemie d’Héraclès, fait courir auprès des Amazones le bruit que le héros veut enlever leur reine. Héraclès, se croyant trahi par Hippolyte, la tue, et s’empare de la ceinture. [21]« Le neuvième travail consista à rapporter la ceinture d’Hippolyté. Hippolyté était la reine des Amazones ; elles habitaient près du fleuve Thermodon, c’était un peuple vraiment valeureux à la guerre. Ces femmes s’exerçaient à des travaux masculins, et si par hasard l’une d’elles avait une relation avec un homme et restait enceinte, elles élevaient … Poursuivre
  • Vaincre le géant aux trois corps Géryon, et voler son troupeau de bœufs. [22]« Le dixième travail imposé à Héraclès fut de capturer les bœufs de Géryon dans l’île d’Érythie. Cette dernière se trouve en bordure d’Océan et son nom actuel est Gadir. L’île était habitée par Géryon, le fils de Chrysaor et de Callirhoé, elle-même fille d’Océan. Son corps était celui de trois hommes qui auraient grandi ensemble, réunis … Poursuivre
  • Rapporter les pommes d’or du jardin des Hespérides. Héraclès ne pouvant toucher les pommes de ses mains, demande à Atlas de se rendre sur place pour lui en rapporter pendant qu’il le remplace pour soutenir la voûte céleste. Le titan revient avec les pommes mais refuse de reprendre sa tâche. Héraclès, par ruse, lui remet la voûte céleste sur les épaules et s’enfuit avec les pommes. [23]« Le héros accomplit ces exploits en huit ans et un mois. Mais Eurysthée, n’ayant pas retenus valables ceux de l’Hydre et des étables d’Augias, imposa encore un travail à Héraclès, le onzième : le héros devrait lui apporter les pommes d’or du jardin des Hespérides. Ce dernier se trouvait, non comme certains l’ont dit, en Libye, mais bien sur le mont Atlas, … Poursuivre
  • Descendre aux Enfers et enchaîner Cerbère, le chien aux trois têtes, puis le présenter à Eurysthée pour rendre de son succès. Vêtu de la peau de lion de Némée pour ne pas être déchiqueté par les crocs acérés du gardien des Enfers, Héraclès saisit le cou du chien et le serre pour l’étouffer. Hadès l’autorise à ramener la bête au palais d’Eurysthée. [24]« Comme douzième travail, il lui fut imposé de ramener Cerbère de l’Hadès. Cerbère avait trois têtes de chien, une queue de dragon et toute la longueur de son dos était hérissée de têtes de serpents de toutes espèces. Pour se préparer à cette entreprise, Héraclès se rendit à Éleusis, auprès de Mélampous, afin d’être initié aux mystères. Or, en ce temps-là, … Poursuivre
Héraclès et le Centaure NessOs
Héraclès, portant son fils Hyllus, regarde le centaure Nessos, qui s’apprête à transporter Déjanire de l’autre côté de la rivière. Fresque antique de Pompéi.

« […] un jour où Héraclès participait à une fête avec Oenée, il tua d’un coup de poing Eunomos, fils d’Architélès et parent d’Oenée, tandis qu’il lui versait de l’eau sur les mains. Comme l’incident avait été involontaire, le père de l’enfant pardonna, mais Héraclès voulut se soumettre à l’exil, ainsi que la loi le stipulait. Il décida de se rendre auprès de Céyx, à Trachis. Il emmena Déjanire avec lui. Quand ils arrivèrent devant le fleuve Événos, ils rencontrèrent le Centaure Nessos, qui se trouvait sur la rive et qui faisait traverser les passants moyennant salaire : les dieux, disait-il, lui avaient confié cette charge, pour son honnêteté. Héraclès traversa le fleuve seul ; mais, pour Déjanire, il paya Nessos afin qu’il la fasse traverser sur son dos. Tandis qu’il la transportait, le Centaure essaya de la violer. La femme cria, Héraclès l’entendit, et il atteignit Nessos en plein coeur avec une flèche. Sur le point d’expirer, Nessos demanda à Déjanire d’approcher et il lui dit que, si elle voulait un philtre d’amour pour Héraclès, elle devait mélanger la semence qu’il avait répandue à terre avec le sang jailli de la blessure causée par la flèche. Déjanire prépara le filtre, et le conserva. » [25]Ibid., II, 7, 4-6..

Notes

Notes
1 « Et ce n’est donc pas seulement en jugeant ses actes [les actes d’Héraclès] que l’on a considéré la vertu qui lui est attachée mais, avant sa naissance déjà, on la lui avait reconnue ; puisque, lorsque Zeus s’unissait à Alcmène, il tripla la durée de la nuit, et par l’ampleur du temps qu’il prit à la conception, il présagea l’exceptionnelle force de celui qui allait naître. En somme, il n’eut pas cette relation pour satisfaire un désir érotique, comme ce fut le cas pour les autres femmes, mais plutôt pour le plaisir de la conception. Puisqu’il voulait que cette union fût reconnue, il n’était pas dans son intention user de violence… » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 9, 2-3.
2 Susana Reboreda Morillo, « Allaitement divin : le cas d’Héra et d’Héraclès », dans Dialogues d’histoire ancienne 2019/Supplément 19 (S 19), pp. 59-80.
3 « Les légendes où il figure constitue un cycle entier, en perpétuelle évolution depuis l’époque pré-hellénique jusqu’à la fin de l’Antiquité. Aussi est-il très malaisé d’exposer ces différents épisodes selon un ordre rationnel. » Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (1951), Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires », 1999, p. 187.
4 Parmi les compilateurs tardifs de la légende grecque, le Pseudo-Apollodore (Ier-2e s. ap. J.-C) raconte les persécutions qu’Héra fait subir aux maîtresses de Zeus ainsi qu’à sa progéniture illégitime, en particulier Héraclès (né d’Alcmène) qu’elle a poursuit de sa haine depuis le berceau : « Avant qu’Amphitryon [mari d’Alcmène] ne revienne de Thèbes, Zeus arriva dans la nuit, et il fit en sorte que cette nuit-là soit longue comme trois ; puis il prit l’aspect d’Amphitryon, se coucha dans le lit avec Alcmène, et il l’entretint de ses victoires dans sa guerre contre les Téléboéens. Quand ensuite Amphitryon arriva, et qu’il vit que sa femme ne l’accueillait pas chaleureusement, il lui en demanda la raison. Et Alcmène lui répondit qu’elle l’avait déjà fait à son retour, le soir précédent, en dormant avec lui. Amphitryon se rendit alors chez le devin Tirésias, qui lui révéla que Zeus, lui-même, s’était uni à sa femme. Alcmène mit au monde deux enfants, de Zeus Héraclès, plus vieux d’une nuit, et d’Amphitryon Iphiclès. Quand le bébé eut huit mois, Héra envoya dans son berceau deux serpents terrifiants, parce qu’elle désirait sa mort. Alcmène cria, appela Amphitryon au secours, mais Héraclès s’était déjà redressé ; il avait déjà tué les serpents, en les étranglant, un dans chaque main. Phérécyde soutient pour sa part qu’Amphitryon, pour savoir lequel des deux enfants était le sien, jeta les serpents dans le lit : Iphiclès s’enfuit, Héraclès, lui, les affronta, et Amphitryon comprit que son fils était Iphiclès. » Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, II, 4, 8.
5 Déjanire : fille d’Oenée, roi de Calydon, et d’Althée, elle est la soeur de Méléagre et la seconde et dernière épouse mortelle d’Héraclès. Le centaure Nessus, qui la transportait sur son dos pour lui faire passer le fleuve Evénus, ayant tenté de la violenter, Héraclès tue le ravisseur d’une flèche envenimée. Avant de mourir, Nessus, pour se venger, donne à Déjanire sa tunique teinte de son sang empoisonné, en lui assurant qu’il s’agit d’un talisman propre à ramener vers elle son époux infidèle. Héraclès s’étant attaché à Iole, fille d’Euryte, roi d’Oechalie, Déjanire lui offre la tunique fatale. A la place du filtre promis par le perfide Nessos, la tunique contient un poison qui provoque d’épouvantables brûlures sur les chairs du héros. Celui-ci préfère le suicide. Déjanire se tue à son tour de désespoir. 
6 Méléagre : héros grec, prince de Calydon. Fils d’Arès et d’Althée, il est l’objet de plusieurs cycles légendaires. « Faisant des sacrifices pour obtenir une excellente récolte, Œnée, roi de Calydon, oublie les autels d’Artémis/Diane, et la déesse, irritée, envoie un sanglier ravager la région. Méléagre, fils d’Œnée et Althée, organise alors une chasse et rassemble les héros grecs, parmi lesquels Jason, Thésée, Télamon, Nestor, Castor et Pollux, ainsi que Plexippe et Toxée, fils de Thestios et frères d’Althée, et Atalante, dont Méléagre tombe amoureux. La bête est tuée : le premier coup a été donné par Atalante, le coup fatal par Méléagre. Désireux d’honorer sa bien-aimée, il lui donne la hure et la peau du sanglier, ce qui suscite la jalousie de ses deux oncles. Au cours de leur querelle, Méléagre les tue. En apprenant la mort de ses frères, Althée se décide à tirer vengeance de son fils. À la naissance de ce dernier, les Parques avaient lié la vie du jeune prince au tison qui brûlait dans l’âtre et Althée l’en avait tiré. Elle se saisit de ce tison fatal qu’elle gardait secrètement et le jette au feu : il se consume et Méléagre meurt. Accablée de remords, elle se suicide. » Clotilde Thouret, « ‘La merveilleuse irrésolution d’Althée sur la mort de Méléagre’. Réécritures dramatiques d’une métamorphose en France et en Angleterre (XVIe-XVIIe s.) », dans Littératures classiques 2008/3 (N° 67), pp. 59-70. Le Pseudo-Apollodore rapporte l’événement : « Le sanglier était désormais encerclé ; mais voici que la bête réussit à tuer Iléos et Ancée, et Pélée, involontairement, touche Eurytion avec sa lance. La première Atalante perça, d’une flèche, l’échine de l’animal, et ensuite Amphiaraos l’atteignit entre les deux yeux ; enfin Méléagre lui planta sa lance dans le ventre et le tua : la peau, en conséquence, lui revint, et le jeune homme en fit don à Atalante. Mais les fils de Thestios, indignés qu’une femme obtienne le prix à la place de tant d’hommes, lui enlevèrent la peau, soutenant qu’elle revenait de toute façon à leur famille, si Méléagre ne voulait pas la garder pour lui. Méléagre s’irrita, tua les fils de Thestios et rendit la peau à Atalante. C’est ainsi qu’Althéa, affligée par la mort de ses frères, fit brûler le tison entièrement, et Méléagre mourut sur l’heure. » Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, I, 8, 2-3.
7 Héraclès est descendu aux Enfers pour y capturer le chien Cerbère et accomplir ainsi le dernier des travaux ordonnés par Eurysthée. Il n’en est pas revenu et on le croit mort. Pendant son absence, le tyran Lycos a tué le régent Créon et s’est emparé du trône de Thèbes. Depuis lors, il fait régner la terreur, et menace de tuer les enfants d’Héraclès, ainsi que son épouse Mégara et son beau-père Amphitryon (époux d’Alcmène). Héraclès revient juste à temps et tue Lycos. Mais au moment où les Thébains se réjouissent, Iris, la messagère des dieux, vient annoncer que le courroux d’Héra contre Héraclès n’est pas terminé : elle va le frapper de folie et l’amener à tuer ses propres enfants. La déesse de la folie, Lyssa, sème le trouble dans l’esprit d’Héraclès, et celui-ci tue ses enfants ainsi que Mégara. Voir note 9 ci-dessous.
8 Eurysthée : roi de l’Argolide (région comprenant Mycènes et Tirynthe). Il est l’ennemi d’Héraclès et le commanditaire des douze travaux imposés à celui-ci.
9 Mégara : fille aînée de Créon, roi de Thèbes, que celui-ci maria à Héraclès en récompense de son combat contre le roi de l’ancienne cité d’Orchomène, et que le héros ramena chez son père adoptif, Amphitryon. Elle lui donna trois fils et une fille.
10 La scène est racontée par Euripide : « Leur père s’arrêtant, ses fils tournent vers lui leurs regards. Il n’était plus le même ; il roulait les yeux, décomposé ; ses prunelles, veinées de sang, sortaient de leurs orbites ; la bave dégouttait sur sa barbe touffue. Il dit avec un rire de dément : « Père, à quoi bon allumer, avant d’avoir tué Eurysthée, le feu purificateur, et prendre double peine quand je puis d’un seul coup achever tout ? Quand j’aurai apporté ici la tête d’Eurysthée, je purifierai mes mains des deux meurtres à la fois. Répandez l’eau ; rejetez de vos mains la corbeille. Qu’on me donne mon arc. Qu’on me donne l’arme de mon bras [ma massue]. Je pars pour Mycènes. Il faut prendre des leviers et des pioches pour renverser les assises que les Cyclopes ont ajustées au cordeau enduit de pourpre et au ciseau ; avec un pic de fer je les abattrai d’un coup, de fond en comble. » Alors il se met en marche. Il n’a pas d’attelage, mais il prétend en avoir un; il monte sur le siège du char et comme s’il avait un aiguillon fait le geste de frapper.
Deux sentiments partageaient les serviteurs, l’envie de rire et la crainte. Ils se regardent; l’un dit : « S’amuse-t-il de nous, notre maître, ou est-il fou ? » Mais lui parcourt de haut en bas le palais ; il se précipite au milieu de la salle des hommes ; il prétend qu’il est arrivé dans la ville de Nisos, qu’il est entré dans une maison. Il s’étend sur le sol et, sans tarder, se prépare un repas. Courte halte ; car bientôt il déclare qu’il se dirige vers les vallons boisés de l’Isthme et ses plateaux. Alors il se met nu, ayant dégrafé et quitté son manteau. Il lutte contre un être imaginaire, puis il se croit un héraut et, ordonnant le silence, se proclame glorieux vainqueur… d’un absent. Puis il fait retentir de terribles menaces contre Eurysthée ; car il prétend qu’il est à Mycènes. Son père touche sa main puissante et lui dit : « O mon fils, qu’as-tu ? Quelle est cette façon de voyager ? Ne serait-ce pas le sang de ceux que tu viens de tuer qui t’a jeté dans ces transports bachiques ? » Mais lui croit que c’est le père d’Eurysthée qui tremble pour son fils et qui le supplie en lui touchant la main : il le repousse, met à portée son carquois et son arc pour tuer ses fils, croyant que ce sont ceux d’Eurysthée. Eux, tremblants de terreur, se précipitent en tous sens, l’un contre la robe de sa malheureuse mère, l’autre dans l’ombre d’une colonne ; le troisième, au pied de l’autel comme un oiseau se blottit. La mère crie : « Malheureux père, que fais-tu ? Ce sont tes enfants ! tu veux les tuer ? » Cris du vieillard, de la foule des serviteurs. Lui s’élance, tourne après son fils autour de la colonne, fait volte-face, terrible, devant lui se dresse, l’atteint au foie. L’enfant gît sur le dos ; le marbre des piliers est couvert de son sang ; il expire. Héraclès pousse un cri de joie et, triomphant : « Voilà tué un des petits d’Eurysthée ; de la haine de son père sa mort m’a vengé. » Il dirige son arc sur un autre qui contre la base de l’autel s’était tapi, croyant y être bien caché. Le malheureux devance son père, se jette à ses genoux, tend la main vers son menton et son cou : « O père chéri, s’écrie-t-il, ne me tue pas, père : je suis à toi, je suis ton fils ; ce n’est pas celui d’Eurysthée que tu vas tuer. » Mais lui roule les yeux farouches d’une Gorgone ; et comme l’enfant se tient trop près de l’arc funeste, avec le geste du forgeron qui frappe le fer rouge, au-dessus de la tête il brandit la massue, l’abat sur la tête blonde de l’enfant, fracasse ses os. Après avoir tué le second de ses fils, il marche à sa troisième victime pour l’égorger sur les deux autres. Mais il est devancé par la malheureuse mère ; elle soustrait l’enfant et l’emporte dans l’intérieur du palais ; elle ferme les portes. Mais lui, comme s’il était justement devant les murs des Cyclopes, il sape, il force au levier les battants, il fait sauter les jambages, puis abat son épouse et son fils d’un seul trait. Alors il s’élance pour tuer le vieillard. Mais survient une apparition. Tous les yeux reconnaissent Pallas brandissant une lance [texte altéré] ; elle jette contre la poitrine d’Héraclès une pierre qui arrête sa furie de meurtre et dans le sommeil le plonge. Il tombe sur le sol ; son dos heurte une colonne qui, dans la chute du toit brisée en deux, gisait sur sa base. Délivrés, nous ne pensons plus à fuir. Nous aidons le vieillard à lier son fils avec les courroies qui lui servaient de guides ; nous l’attachons à une colonne pour qu’à son réveil il n’ajoute pas un nouveau crime à ses forfaits. Il dort, l’infortuné ; de quel triste sommeil ! Il a tué ses fils et son épouse. Pour moi, je ne connais pas un mortel qui soit plus malheureux. » Euripide, Folie d’Héraclès (v. 416 av. J.-C), traduction française de Henri Berguin.
11 Pseudo-Apollodore, nom donné à l’auteur de la Bibliothèque, anciennement attribué à Apollodore d’Athènes (IIe siècle av. J.-C.).
12 Pseudo-Apollodore, La Bibliothèque, II, 5, 1-12. L’ordre des travaux varie selon les sources. Ainsi Diodore de Sicile mentionne le sanglier d’Érymanthe (3), la biche de Cérynie (4), les oiseaux du lac Stymphale (5), les écuries d’Augias (6), la capture de Cerbère (11) et les pommes d’or des Hespérides (12).
13 « […] Héraclès se rendit à Tirynthe, et accomplit tout ce qu’Eurysthée lui ordonna. Le premier travail qui lui fut imposé fut de rapporter la peau du lion de Némée, une bête féroce et invulnérable, née de Typhon. Ainsi Héraclès s’en alla affronter le lion et gagna Cléones, où il fut l’hôte d’un ouvrier agricole, Molorchos. Ce jour-là, ce dernier s’apprêtait à offrir une victime en sacrifice, mais Héraclès lui dit d’attendre trente jours : s’il revenait sain et sauf de la chasse, Molorchos devrait sacrifier à Zeus Sauveur ; et si au contraire il périssait, Molorchos devrait offrir le sacrifice à Héraclès, en tant que héros. Arrivé à Némée, Héraclès suivit les traces du lion et commença à le frapper avec ses flèches ; mais il comprit immédiatement qu’il était invulnérable : aussi mit-il sa massue sur son épaule, et le suivit-il. Le lion se réfugia dans une grotte à deux entrées. Héraclès en condamna une et entra par l’autre ; il s’approcha du fauve, le saisit au cou et l’immobilisa ; et il lui serra si fort la gorge qu’il mourut étouffé. Puis il souleva le lion sur ses épaules et retourna à Cléones. Là, il rencontra Molorchos qui, parce que c’était le dernier jour, s’apprêtait à accomplir le sacrifice en l’honneur d’Héraclès mort ; tous deux sacrifièrent à Zeus Sauveur. Ensuite Héraclès porta le lion à Mycènes. Eurysthée, terrifié par la force du héros, lui interdit dès lors l’entrée de sa ville : les résultats de ses exploits devraient dorénavant être exposés devant les portes. On dit aussi qu’Eurysthée, trop effrayé, s’était caché dans une jarre de bronze, qu’il avait fait apprêter sous la terre. Et ses ordres, pour les autres exploits d’Héraclès, il les donna de cet endroit, par la voix du héraut Coprée, le fils de Pélops l’Éléen. Coprée avait tué Iphitos : exilé, il avait gagné Mycènes ; purifié par Eurysthée, il s’était établi dans la cité. » Pseudo-Apollodore, op. cit., II, 5, 1.
14 « Son deuxième travail fut de tuer l’Hydre de Lerne. Ce monstre vivait dans les marais de Lerne, mais souvent il s’aventurait dans la plaine et ravageait le bétail et la campagne. Il avait un corps énorme hérissé de neuf têtes : huit d’entre elles étaient mortelles, mais celle du milieu était immortelle. Héraclès monta sur le char guidé par Iolaos ; il arriva à Lerne, il arrêta les chevaux, et trouva l’Hydre sur une colline non loin de la source Amymoné, où elle avait sa tanière. Alors Héraclès décocha des flèches enflammées à l’intérieur, contraignant l’hydre à sortir : à peine fut-elle dehors qu’il lui sauta dessus et l’immobilisa. Mais aussitôt elle s’entortilla autour d’une de ses jambes et l’enserra. Héraclès commença alors à fracasser ses têtes avec sa massue ; sans résultat, parce que pour chaque tête tranchée deux nouvelles surgissaient. Et, venant à l’aide de l’hydre, arriva un crabe d’une grandeur épouvantable, qui mordit le pied d’Héraclès. Après l’avoir tué, le héros lui aussi demanda l’aide d’Iolaos ; ce dernier mit le feu à un buisson et, à l’aide de tisons ardents, il empêchait les neuf têtes de repousser, en brûlant la chair à la base des têtes coupées. De cette manière, Héraclès réussit à vaincre les nouvelles têtes, et à trancher finalement celle qui était immortelle. Puis il l’enterra et plaça dessus une lourde pierre, non loin de la route qui de Lerne mène à Éléonte. Quant au corps de l’hydre, il le mit en pièces puis trempa ses flèches dans son sang. Mais Eurysthée dit ensuite qu’on ne pouvait pas prendre en compte cet exploit, parce qu’il avait tué l’hydre avec l’aide d’Iolaos, et non tout seul. » Ibid., II, 5, 2.
15 « Le troisième travail consista à rapporter vivante à Mycènes la biche de Cérynie, qui vivait alors à Onoé [en Argolide]. C’était une biche aux cornes d’or consacrée à Artémis. Comme il ne voulait ni la blesser et encore moins la tuer, Héraclès la pourchassa une année entière. Finalement, la biche, épuisée par la poursuite, se réfugia sur le mont Artémision ; c’est là, alors qu’elle s’apprêtait à franchir le lac Ladon, qu’Héraclès l’attrapa ; il la chargea sur ses épaules et gagna rapidement l’Arcadie. Mais Artémis et Apollon le rencontrèrent sur leur chemin. Artémis lui enleva la biche des épaules et l’accusa d’avoir voulu tuer un animal sacré. Héraclès se confondit en excuses, précisant que c’était nécessaire, en ajoutant qu’Eurysthée était le coupable. De cette façon, la colère de la déesse s’apaisa et le héros put porter la biche encore vivante à Mycènes. » Ibid., II, 5, 3.
16 « Pour son quatrième travail, Héraclès devait ramener vivant le sanglier d’Érymanthe, une bête qui dévastait Psophis, lorsqu’il déboulait de la montagne appelée Érymanthe. » Ibid., II, 5, 4.
17 « Son cinquième travail consista à nettoyer du fumier, en un seul jour, toutes les étables d’Augias. Augias était roi d’Élis, fils d’Hélios selon les uns, ou de Poséidon selon les autres, ou bien, selon d’autres encore, de Phorbas. Il possédait de très grands troupeaux de bétail. Héraclès alla le voir et, sans lui révéler l’ordre d’Eurysthée, il lui dit qu’en un seul jour il nettoierait tout le fumier si Augias lui donnait la dixième partie du bétail. Et le roi, considérant l’entreprise impossible, lui donna sa parole. Héraclès prit à témoin Philée, le fils d’Augias ; puis il ouvrit une brèche dans l’enclos des étables, dévia le cours des deux fleuves voisins, l’Alphée et le Pénée, et, après avoir ouvert une autre brèche afin que l’eau puisse s’évacuer, il canalisa leurs eaux vers l’intérieur des étables. Il révéla alors à Augias qu’il avait accompli cette entreprise sur l’ordre d’Eurysthée ; le roi refusa de lui donner la rémunération convenue, niant même la lui avoir jamais promise, et il déclara qu’il était tout à fait prêt à aller devant les tribunaux. Face aux juges, Héraclès appela Philée afin qu’il témoigne contre son père, et le jeune homme confirma que la rémunération lui était due. Augias, furieux, avant même que le verdict ne fût émis, ordonna à Héraclès et à Philée de quitter l’Élide. Philée, alors, gagna Doulichion et s’y établit ; tandis qu’Héraclès se rendit à Olénos, auprès du roi Dexaménos. Il le trouva sur le point de donner en mariage, contre sa volonté, sa fille Mnésimaché au Centaure Eurytion. Alors le roi demanda l’aide d’Héraclès, et le héros tua Eurytion comme il rejoignait son épouse. Par la suite, Eurysthée refusa de prendre en compte ce travail, prétextant qu’il l’avait accompli pour de l’argent. » Ibid., II, 5, 5.
18 « Le sixième travail consista à chasser les oiseaux de Stymphale. Non loin de la cité de Stymphale, en Arcadie, il y avait un marais appelé Stymphale, entouré d’une épaisse forêt. S’y étaient réfugiés quantité d’oiseaux, par crainte des loups. Héraclès se trouvait dans l’impossibilité de les faire sortir de la forêt ; alors Athéna lui donna des castagnettes de bronze qu’elle avait reçues d’Héphaïstos. Le héros monta sur une colline surplombant le marais, et agita les castagnettes : les oiseaux, effrayés, ne supportèrent pas le terrible grondement, et prirent leur envol. Ainsi Héraclès put-il finalement les tuer avec ses flèches. » Ibid., II, 5, 6.
19 « Le septième travail consista à capturer le taureau de Crète. Acousilaos soutenait qu’il s’agissait du taureau envoyé par Zeus pour transporter Europe ; d’autres au contraire prétendent qu’il s’agissait de celui que Poséidon avait envoyé de la mer quand Minos promit de sacrifier au dieu ce qui viendrait de l’océan. Selon la légende, quand Minos vit la beauté de ce taureau, il l’enferma dans ses étables et en sacrifia un autre à Poséidon ; et le dieu, en colère, le fit devenir sauvage. Héraclès, donc, gagna la Crète pour ce taureau ; il demanda l’aide de Minos mais le roi lui répondit qu’il devait l’affronter tout seul. Héraclès le captura et le porta à Eurysthée, mais celui-ci, par la suite, le libéra. Le taureau s’en alla errant vers Sparte, puis à travers toute l’Arcadie ; il traversa l’isthme et gagna Marathon, en Attique, où il causa de grands dommages aux habitants de la région. » Ibid., II, 5, 7.
20 « Le huitième travail consista à porter à Mycènes les juments du roi de Thrace Diomède. Ce dernier était le fils d’Arès et de Cyrène, et régnait sur les Bistones, un peuple de Thrace très belliqueux, et il possédait des juments anthropophages. Héraclès mit à la voile avec une équipe de volontaires, attaqua les gardiens des écuries, et mena les juments sur la plage. Mais les Bistones prirent les armes et les poursuivirent. Alors Héraclès confia les juments à Abdéros. Celui-ci était le fils d’Hermès ; originaire d’Oponte en Locride, il était aimé d’Héraclès. Mais les juments le mirent en pièces et le dévorèrent. Entre-temps, Héraclès avait défait les Bistones, tué Diomède et contraint à la fuite les survivants. Après avoir fondé la cité d’Abdéra près de la tombe d’Abdéros, le héros amena les juments à Eurysthée. Mais celui-ci ensuite les libéra, et les juments gagnèrent le mont Olympe, où elles furent dévorées par les bêtes sauvages. » Ibid., II, 5, 8.
21 « Le neuvième travail consista à rapporter la ceinture d’Hippolyté. Hippolyté était la reine des Amazones ; elles habitaient près du fleuve Thermodon, c’était un peuple vraiment valeureux à la guerre. Ces femmes s’exerçaient à des travaux masculins, et si par hasard l’une d’elles avait une relation avec un homme et restait enceinte, elles élevaient uniquement les filles ; elles se coupaient le sein droit, pour n’être pas entravées dans le maniement des armes, et conservaient le gauche pour pouvoir allaiter. Hippolyté avait reçu la ceinture d’Arès, en signe de sa supériorité sur toutes les autres. Héraclès avait été envoyé pour prendre cette ceinture, pour la donner à Admète, la fille d’Eurysthée, qui la voulait. Il prit la mer avec une équipe de volontaires, sur un seul navire, et aborda sur l’île de Paros où habitaient les enfants de Minos : Eurymédon, Chrysès, Néphalion et Philolaos. Mais deux des compagnons d’Héraclès, ayant débarqué, furent tués par les fils de Minos. Alors le héros, irrité, les tua sur l’heure, et prit d’assaut les autres habitants à l’intérieur de la ville, jusqu’à ce qu’ils lui envoient une ambassade avec la proposition de choisir deux hommes qui lui conviendraient, en échange de ses deux compagnons qui avaient été tués. Héraclès leva le siège, et choisit Alcéos et Sthénélos, les fils d’Androgée, fils lui-même de Minos. Ensuite il partit et arriva en Mysie, où il fut l’hôte de Lycos, le fils de Dascylos. Pour le remercier de son hospitalité, le héros aida Lycos dans sa guerre contre le roi des Bébryces : nombreux furent ceux qui moururent de la main d’Héraclès, le roi Mygdon lui-même, frère d’Amycos. Il offrit un vaste territoire à Lycos, soustrait aux Bébryces : et la région tout entière fut appelée Héraclée. » Ibid., II, 5, 9.
22 « Le dixième travail imposé à Héraclès fut de capturer les bœufs de Géryon dans l’île d’Érythie. Cette dernière se trouve en bordure d’Océan et son nom actuel est Gadir. L’île était habitée par Géryon, le fils de Chrysaor et de Callirhoé, elle-même fille d’Océan. Son corps était celui de trois hommes qui auraient grandi ensemble, réunis jusqu’à la taille, puis séparés en trois flancs, au niveau des cuisses et jusqu’en haut. Il avait des bœufs roux, dont s’occupait Eurytion et que gardait Orthros, le chien à deux têtes, né d’Échidna et de Typhon. Dans sa traversée de l’Europe pour capturer les bœufs de Géryon, Héraclès tua de nombreuses bêtes féroces. Il passa par la Libye et arriva à Tartessos ; là, pour marquer son passage, il érigea deux colonnes, l’une en face de l’autre, comme frontières entre l’Europe et la Libye. Puis, comme au cours de son trajet le soleil le brûlait, il menaça le dieu avec son arc : et le Soleil, plein d’admiration pour le courage de cet homme, lui donna sa coupe d’or pour traverser l’Océan. Arrivé à Érythie, Héraclès grimpa sur le mont Abas. Mais le chien, s’étant aperçu de sa présence, se précipita sur lui. Héraclès alors l’assomma avec sa massue, puis il tua le bouvier Eurytion qui était venu au secours du chien. Ménoetès, qui faisait paître non loin les troupeaux d’Hadès, rapporta à Géryon ce qui venait d’arriver. Et Géryon s’en alla affronter Héraclès près du fleuve Anthémos, alors que le héros emmenait déjà le bétail. Ils en vinrent aux mains et Géryon fut mortellement frappé. Héraclès fit avancer les bêtes dans la coupe du Soleil, et arriva à Tartessos où il la restitua au dieu. Après être passé par le territoire d’Abdéra, Héraclès arriva en Ligurie où Ialébion et Dercynos, deux fils de Poséidon, cherchèrent à lui voler son bétail. Mais le héros les tua, puis il descendit le long de la côte tyrrhénienne. À Rhégium, un taureau s’échappa, courut se jeter dans la mer et nagea jusqu’en Sicile. Il traversa toute la région et parvint jusqu’au royaume d’Éryx, le roi des Élymes, fils de Poséidon, qui unit le taureau à ses vaches. Héraclès confia son troupeau à Héphaïstos, se lança à la recherche du taureau et le trouva au milieu des bêtes d’Éryx. Le roi lui déclara qu’il le lui rendrait uniquement si Héraclès parvenait à le battre dans un combat aux poings. Le héros sortit vainqueur à trois reprises, tua Éryx, récupéra le taureau et se remit en route avec ses bêtes vers la mer ionienne. Mais quand il arriva aux criques, Héra envoya un taon tourmenter les bêtes, qui se dispersèrent vers les montagnes thraces. Héraclès les suivit, réussit à en rassembler la plus grande partie, et les mena vers l’Hellespont. Celles qu’il ne put pas trouver retournèrent à l’état sauvage. Avec son troupeau ainsi péniblement rassemblé, Héraclès se retrouva devant le fleuve Strymon, ce qui le contraria. Alors il remplit de rochers son lit et ses eaux ne furent plus navigables. Enfin, il mena les boufs à Eurysthée qui les sacrifia à Héra. » Ibid., II, 5, 10.
23 « Le héros accomplit ces exploits en huit ans et un mois. Mais Eurysthée, n’ayant pas retenus valables ceux de l’Hydre et des étables d’Augias, imposa encore un travail à Héraclès, le onzième : le héros devrait lui apporter les pommes d’or du jardin des Hespérides. Ce dernier se trouvait, non comme certains l’ont dit, en Libye, mais bien sur le mont Atlas, au pays des Hyperboréens, et c’était le cadeau de noces offert par Gaia à Zeus et à Héra. Un dragon immortel en avait la garde, fils de Typhon et d’Échidna, qui avait cent têtes et qui savait parler avec les voix les plus variées et sur tous les tons. Les Nymphes des Hespérides montaient également la garde : Églé, Érythie, Hespérie et Aréthuse. Chemin faisant, Héraclès arriva au fleuve Échédoros où Cycnos, fils d’Arès et de Pyrène, le défia en duel : Arès en personne se rangea aux côtés de Cycnos, et dirigea le combat. Mais la foudre s’abattit entre eux et l’affrontement fut interrompu. Héraclès poursuivit sa route vers le pays des Illyriens, jusqu’au fleuve Éridan, où il trouva les Nymphes, filles de Zeus et de Thémis. Elles lui indiquèrent le lieu où dormait Nérée. Héraclès le saisit dans son sommeil et le ligota, même si Nérée continuait de prendre mille formes différentes, et il ne le lâcha pas tant qu’il ne lui eut pas révélé où trouver les pommes des Hespérides. Ainsi le héros s’achemina-t-il vers la Libye. En ce temps-là, sur ce pays régnait Antée, le fils de Poséidon, qui avait l’habitude de contraindre à la lutte tous les étrangers, pour les tuer. Aussi obligea-t-il Héraclès : mais le héros l’empoigna, le souleva de terre, lui cassa les os et le tua. Chaque fois en effet qu’il touchait terre, Antée devenait toujours plus fort parce que – si l’on en croit certains – il était le fils de la Terre elle-même. La Libye traversée, Héraclès arriva en Égypte. Le roi de cette contrée était Busiris, le fils de Poséidon et de Lysianassa, fille elle-même d’Épaphos. Busiris sacrifiait tous les étrangers sur l’autel de Zeus, conformément à une prophétie. Depuis neuf ans, en effet, l’Égypte était ravagée par la famine, et Phrasios, un savant prophète, arrivé de Chypre, lui avait prédit que la disette prendrait fin si chaque année il sacrifiait à Zeus un étranger. Le premier à être égorgé fut le devin lui-même ; et puis il continua avec tous les étrangers qui se présentaient. Héraclès lui aussi fut capturé et mené sur l’autel ; mais le héros rompit les cordes qui le liaient, et tua Busiris avec son fils Amphidamas. Puis il traversa l’Asie et arriva à Thermydron, le port de Lindos. Là, il détacha l’un des deux taureaux du char d’un bouvier, le sacrifia et s’en fit un festin. Le bouvier ne put faire autrement que de fuir vers le sommet d’une montagne et maudire Héraclès de loin. Et, en souvenir de cet épisode, les habitants de Lindos accomplissent des sacrifices en prononçant des malédictions. Le héros traversa ensuite l’Arabie, où il tua Émathion, le fils de Tithon ; il poursuivit son chemin vers la Libye, vers la mer extérieure où il emprunta à Hélios sa coupe. Ainsi passa-t-il de l’autre côté ; il aborda sur la terre ferme d’en face. Ayant rejoint les montagnes du Caucase, il tua avec ses flèches l’aigle, fils d’Échidna et de Typhon, qui dévorait le foie de Prométhée ; puis Héraclès le libéra, après s’être fait une couronne d’olivier, et présenta à Zeus le Centaure Chiron qui voulait mourir à la place de Prométhée. Prométhée avait conseillé à Héraclès de ne pas cueillir les pommes avec ses mains, mais de soulager Atlas du poids du ciel, et de l’envoyer à sa place. Arrivé au pays des Hyperboréens, donc, le héros convainquit Atlas et soutint le ciel à sa place. Atlas cueillit trois pommes du Jardin des Hespérides, et les porta à Héraclès. Ensuite il ne voulut plus reprendre le ciel sur ses épaules. Héraclès alors le pria de lui accorder le temps de mettre autour de sa tête un bandeau pour porter ce poids ; Atlas déposa les pommes à terre et accepta de soutenir le ciel un moment encore : Héraclès s’empara des pommes et s’enfuit. Il y a en a qui affirment que ce ne fut pas Atlas qui lui apporta les pommes : le héros les aurait cueillies lui-même, après avoir tué le serpent-gardien. Puis il les porta à Eurysthée qui en fit cadeau au héros lui-même. Héraclès les donna ensuite à Athéna, mais la déesse les restitua aux Hespérides, parce qu’il n’était pas permis, de par la loi divine, que les pommes se trouvent dans un autre endroit. » Ibid., II, 5, 11.
24 « Comme douzième travail, il lui fut imposé de ramener Cerbère de l’Hadès. Cerbère avait trois têtes de chien, une queue de dragon et toute la longueur de son dos était hérissée de têtes de serpents de toutes espèces. Pour se préparer à cette entreprise, Héraclès se rendit à Éleusis, auprès de Mélampous, afin d’être initié aux mystères. Or, en ce temps-là, l’initiation n’était pas accordée aux étrangers ; aussi, pour cette raison, Héraclès dut-il se faire adopter par Pylios. Et, de surcroît, il ne pouvait pas assister aux mystères parce qu’il n’avait pas été purifié après le meurtre des Centaures. Eumolpos le purifia, et finalement Héraclès fut initié. Ayant atteint le cap Ténare, en Laconie, là où s’ouvre le passage pour descendre dans l’Hadès, Héraclès s’y engagea et descendit. Quand les âmes le virent, elles s’enfuirent toutes, excepté Méléagre et la Gorgone Méduse. Alors Héraclès sortit son épée, comme si la Gorgone avait été vivante, mais Hermès l’avertit qu’il ne s’agissait là que d’un vain fantasme. Arrivé près de la porte de l’Hadès, il trouva Thésée et Pirithoos, celui qui avait aspiré à la main de Perséphone ; c’est pourquoi ils étaient à présent prisonniers. Dès qu’ils virent Héraclès, ils tendirent aussitôt les mains vers lui, dans l’espoir que sa force pourrait les délivrer. Le héros réussit à prendre Thésée par la main et à le mettre debout ; mais, alors qu’il tentait de relever Pirithoos, la terre trembla, et il dut lâcher prise. Puis il fit rouler la pierre qui écrasait Ascalaphos. Et pour offrir un sacrifice de sang aux âmes, il égorgea une bête du troupeau d’Hadès. Mais leur gardien, Ménétès, fils de Ceuthonymos, le défia à la lutte. Héraclès aussitôt le maintint fermement par la taille et lui brisa les côtes. Perséphone alors intercéda en sa faveur et Héraclès le laissa aller. Il parla ensuite à Hadès de Cerbère et le dieu lui permit de l’emmener, à la condition qu’il le vainque sans armes. Héraclès le trouva près des portes de l’Achéron : protégé par sa cuirasse et recouvert de sa peau de lion, il lui mit les mains autour du cou et ne bougea plus jusqu’à ce que la bête, suffoquant, tombe à terre. Héraclès alors la prit, et remonta non loin de Trézène. Déméter, ensuite, transforma Ascalaphos en hulotte. Héraclès montra Cerbère à Eurysthée puis le ramena dans l’Hadès. » Ibid., II, 5, 12.
25 Ibid., II, 7, 4-6..
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