Alberto Sotio, « Croce dipinta »

Alberto Sotio (Spolète, actif au XIIe s.)

Croce dipinta (Croix peinte), 1187.

Tempéra sur parchemin contrecollé sur bois [1]La peinture, réalisée à la détrempe (ou tempéra) à l’œuf, n’est pas étalée directement sur le panneau de bois, mais sur un parchemin préparé au moyen de différentes couches de plus en plus fines de plâtre et de colle. Le parchemin peint est ensuite fixé sur la croix composée de planches assemblées. Le bras horizontal (patibulum) est en bois de noyer et l’axe … Poursuivre, 278 x 200 cm.

Inscriptions :

  • (sur le titulus crucis) : « IHS NAZARE(NUS) REX IUDEO(RUM) »
  • (au pied de la croix, sous la figure du crâne d’Adam) : « A.D.M.C.L. XXXVII…/… PVS. ALBERTO SOT… » [2]« L’an de grâce 1387, œuvre d’Alberto Sotio. » Basée sur cette inscription, l’attribution traditionnelle à Alberto Sotio (Sozio) est aujourd’hui remise en question en raison d’une incohérence grammaticale évidente ; le texte se lit « opus Alberto » et non « opus Alberti ». Le dénommé Alberto ainsi mentionné pourrait être le dédicataire plutôt que … Poursuivre

Provenance : église des Santi Giovanni e Paolo, Spoleto. [3]L’œuvre est restée dans l’église des Santi Giovanni e Paolo jusqu’en 1876, date à laquelle elle a été transférée dans la Cathédrale.

Spolète, Cathédrale de Santa Maria Assunta.

Le Crucifix d’Alberto Sozio est l’un des plus anciens exemples de croix peintes selon la typologie dite du Christus Triumphans, appelée à se répandre jusqu’au début du XIIIe siècle. Loin de toute idée de réalisme, cette représentation du Christ crucifié est encore largement d’inspiration byzantine. Les volumes anatomiques simplifiés sont suggérés par de très subtils effets de lumières et d’ombres, et leurs contours délimités par une ligne noire, fine et souple qui tend à se répéter en formant un rythme, comme on peut l’observer notamment dans le traitement des bras et des jambes.

Le point de vue n’est pas unique : la représentation ne résulte pas à proprement parler d’une observation mais bien davantage d’un principe conceptuel fondé sur une connaissance préalable des différentes parties anatomiques assemblées pour reconstruire un tout cohérent qui puisse signifier le corps entier. Bien que les contours définissent la figure frontalement, et que cette dernière soit fortement axée symétriquement, le diaphragme et les muscles du ventre sont déplacés selon un point vue latéral. L’inclinaison de la linea alba vers la droite, qui contredit la position frontale du torse, est contrebalancée par la tête du Christ inclinée vers la gauche. Ces déplacements donnent au corps une légère torsion qui suggère à son tour une forme de mouvement. Le genou droit semble également un peu plus en arrière que l’autre, tandis que les deux pieds vus de face reposent sur une sorte de plate-forme carrée, le suppedaneum. Ces deux attitudes contradictoires semblent s’opposer, comme si une partie de l’image voulait se détacher de l’autre. On perçoit une même impression en observant le visage : celui-ci est dessiné légèrement de trois quarts, ainsi que l’indique l’arrête du nez, mais les yeux, très grands, à la fois sévères et doux, sont vus de face.

Les hanches du Christ sont recouvertes d’un voile transparent drapé de lignes répétées avec insistance, retenu par un cordon bleu qui reprend la forme de la croix. [4]La transparence du voile et la nudité du Christ constituent une allusion à la Vérité selon l’enseignement évangélique (« Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie »)..

Notes

Notes
1 La peinture, réalisée à la détrempe (ou tempéra) à l’œuf, n’est pas étalée directement sur le panneau de bois, mais sur un parchemin préparé au moyen de différentes couches de plus en plus fines de plâtre et de colle. Le parchemin peint est ensuite fixé sur la croix composée de planches assemblées. Le bras horizontal (patibulum) est en bois de noyer et l’axe vertical en bois de peuplier. À l’origine, un crochet de métal permettait de soutenir la croix au moyen d’une tige et de la maintenir suspendue au-dessus de l’autel. Dans cette position, frappée par la lumière provenant des fenêtres latérales, dans la pénombre générale de l’église romane ou par l’éclat des torches, la Croix d’Alberto devait frapper les fidèles.
2 « L’an de grâce 1387, œuvre d’Alberto Sotio. » Basée sur cette inscription, l’attribution traditionnelle à Alberto Sotio (Sozio) est aujourd’hui remise en question en raison d’une incohérence grammaticale évidente ; le texte se lit « opus Alberto » et non « opus Alberti ». Le dénommé Alberto ainsi mentionné pourrait être le dédicataire plutôt que l’auteur de la Croix peinte.
3 L’œuvre est restée dans l’église des Santi Giovanni e Paolo jusqu’en 1876, date à laquelle elle a été transférée dans la Cathédrale.
4 La transparence du voile et la nudité du Christ constituent une allusion à la Vérité selon l’enseignement évangélique (« Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie »).