Croix peinte

On appelle Croix peinte (Croce dipinta) une représentation du Christ figuré seul sur un support détouré et peint. On qualifie aussi ce type de représentation de Crucifix peint (Crocifisso dipinto) ou de Christ en croix (Crocifisso). Plus économique à réaliser qu’une sculpture, la croix peinte a connu un grand succès en Italie à l’époque médiévale (Cimabue, Giotto, Duccio, …). Avec le temps, la représentation du Christ évolue, de même que la structure générale de l’image, pour aboutir, au XIVe siècle, à un nouveau type de croix peinte et détourée au format de la croix (Croce dipinta e sagomata) essentiellement fondée sur la recherche d’un plus grand réalisme (Ambrogio et Pietro Lorenzetti, Lorenzo Monaco, Bartolomeo di Fruosino, …).

Ces différents types de croix, lorsqu’elles étaient de grand format, étaient généralement suspendues au dessus de l’autel majeur, à la limite du transept où se tenaient les fidèles et de l’abside où siégeait le clergé.

structure et TYPOLOGIE DES CROIX PEINTES

Il existe plusieurs types de croix peintes.

La croix simple, qui représente la seule figure du Christ, est héritée des plus anciennes croix processionnelles.

Autour de la figure centrale du Christ peuvent apparaître des figures secondaires représentées à une échelle plus petite ou un ornement composé de motifs géométriques. En général, lorsque des scènes figurées sont présentes, elles sont disposées de la manière suivante :

  • dans chacune des deux parties visibles d’un panneau unique appelé tabellone [1] placé à l’arrière du corps du Christ ; le tabellone central représente le plus souvent
    • les figures en pied des acteurs de la Crucifixion (la Vierge de douleurs à gauche et Jean l’Evangéliste à droite)
    • parfois d’autres scènes relatives à la Passion
    • ou encore une ornementation constituée de motifs géométriques 
  • dans deux tabelloni situés aux extrémités du patibulum ; ces panneaux comportant le plus souvent les figures éplorées de Marie et de Jean (Pittore duccesco del secondo decennio del TrecentoCrocifisso, Sienne, Pinacoteca Nazionale).
  • au sommet de la croix apparaît une représentation du titulus [3] 
  • au dessus du titulus, la croix est parfois surmontée d’une représentation supplémentaire en clipeus [4]. Il s’agit en général de la figure du Christ bénissant mais on rencontre également des exemples de croix peintes dans lesquelles ce compartiment contient la représentation d’un pélican nourrissant ses petits.
  • Au bas de la croix, sur le suppedaneo [5], peuvent apparaître
    • l’image d’un saint agenouillé devant la croix, tenant celle-ci dans ses bras
    • celle d’un crâne, en référence au nom (Golgotha) où avaient lieu les exécutions des condamnés
ICONOGRAPHIE DU CHRIST DANS LES CROIX PEINTES AUX XIIE ET XIIIE S.
  • L’époque byzantine privilégie un type de représentation connu sous le nom de Christus triumphans (Christ triomphant) ; le Christ semble détaché de toute souffrance ; c’est le type d’image le plus fréquent durant tout le Moyen Âge ; le Christ apparait
    • vivant
    • la tête relevée
    • les yeux grands ouverts, le regard tourné vers le spectateur
    • le corps droit
    • du sang peut s’écouler de ses plaies
Giunta Pisano, Christus patiens tra la Madonna e San Giovanni dolenti. Pise, Museo Nazionale di San Matteo.
  • A la fin du XIIIe siècle, à Florence, Cenni di Pippo, dit ‘Il Cimabue’, invente le type du Christ résigné (Christus patiens) [6]. Le Christ, dorénavant, n’est plus représenté, comme à l’époque byzantine, indifférent à la souffrance, royal et triomphant ; il est montré comme un homme marqué par la douleur, au moment d’expirer, victime d’un destin commun à tous les mortels ; toute sa physionomie rend compte d’une souffrance visible ; son corps porte les traces des blessures  qui lui ont été infligés  ; il est représenté :
    • la face tournée vers le sol, les traits émaciés, les yeux clos, comme s’il était déjà saisi par la mort
    • le corps affaissé
    • les plaies des mains, des pieds et du flanc sanguinolentes
Iconographie du Christ après le XIIIe s.

A partir du XIV s., les croix peintes deviennent des images du Christ sur la croix peintes de manière plus ou moins réaliste sur un support de bois détouré au format de cette dernière.

A partir du milieu du XIVe siècle se développe un type particulier de crucifix peint dont le format est détouré (Croce sagomata e dipinta) selon le profil du corps du Christ de manière à accentuer la dimension réaliste de l’image.

On voit parfois des cartels portant la signature du peintre sur certains panneaux peints au bas de la croix.

Quelques exemples :

[1] On appelle tabelloni (sing. : tabellone) les panneaux placés le long du corps du Christ où ajoutés aux extrémités de la transverse de la croix (patibulum) sur laquelle est figurée l’image du Christ.

[2] Patibulum : traverse horizontale de la croix, sur laquelle étaient suspendus les condamnés.

[3] Titulus : panneau comportant, au sommet de la croix, l’inscription « I.N.R.I. » (acronyme du latin : Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm [« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs »]).

[4] Clipeus : selon la forme ronde des boucliers portant ce nom dans la Rome antique.

[5] Soppedaneo (ou suppedaneo) : il s’agit du panneau inférieur des croix détourées et peintes, situé littéralement « sous les pieds » du condamné.

[6] L’apparition de ce type de figuration n’est pas subite. Jacques Le Goff rappelle que l’image du Christ souffrant, appelée à remplacer celle du Christ en gloire, est apparue avant François d’Assise, même si le rôle du Poverello est essentiel pour la diffusion de ce type de figuration. C’est devant le grand crucifix de San Damiano (XIIe siècle), désormais au couvent de Santa Chiara, à Assise, que François avait coutume de méditer (voir Jacques Le Goff, Saint François d’Assise. Paris, Gallimard, 1999, p. 88).