Jan van Eyck

Jan van Eyck (Maaseik, v. 1390 – Bruges, 1441) : peintre, il est considéré non seulement comme le plus grand artiste flamand, mais aussi comme l’un des initiateurs de la peinture moderne. À partir de 1430, il est peintre de la cour et de la ville de Bruges.

Dans le grand polyptyque de l’Adoration de l’Agneau Mystique (Gand, Saint Bavon), achevé en 1432 [1]C’est-à-dire six ans après la mort d’Hubert., d’interprétation délicate et controversée dans un art où le symbole présente tous les semblants de la réalité, le style de Jan se manifeste pleinement dans toute sa nouveauté : celle-ci peut se définir comme la capacité de coordonner, selon les aspects plus purement visuels de la réalité – couleur, lumière, atmosphère – les figures et l’espace environnant – paysages, intérieurs -, selon une perspective non pas fondée sur la géométrie dans l’espace mais empirique et sensible, selon une solution radicalement différente de celle exploitée par la Renaissance italienne.

Cet art destiné à enquêter sur le monde réel atteint une pénétration extraordinaire dans le portrait : le développement de ce genre pictural peut être étudié dans une série de peintures exécutées dans un court laps de temps : le soi-disant Timothée (1432) et l’Homme au turban (1433) de la National Gallery de Londres ; le Portrait de sa femme (1439), Bruges, Musée Groeninge. Dans le Portrait des époux Arnolfini (1434) de Londres, (National Gallery), on peut pleinement considérer comme une partie prenante de la signification symbolique de l’œuvre, la caractérisation des personnages, leur relation avec l’espace qui les environne, fondée sur une vision picturale d’une clarté cristalline, ainsi que l’extrême perfection technique avec laquelle chaque détail est rendu. [2]La légende de l’invention de la peinture à l’huile, pourtant déjà connue, se fonde sur la perfection technique de l’œuvre du peintre. Un même type de solution, plus complexe encore, est appliqué à la représentation des thèmes sacrés. Il en va ainsi de la Madone du chanoine van der Paele (1436 ; Bruges, Groeninge) et de la Vierge au Chancelier Rollin (Paris, Musée du Louvre). Le monde de la chevalerie, pourtant traversé par une observation du réel très éloignée de l’élégance suprême des frères de Limbourg, est, avec ses prodigieuses ouvertures dans le paysage ou dans les représentations d’intérieurs, le thème dominant des miniatures des Très belles heures du duc de Berry [3]Ce qui subsiste aujourd’hui du manuscrit partiellement perdu, est conservé au Museo Civico de Turin. attribuées à Jan et Hubert.

Enguerrand Quarton

Notes

Notes
1 C’est-à-dire six ans après la mort d’Hubert.
2 La légende de l’invention de la peinture à l’huile, pourtant déjà connue, se fonde sur la perfection technique de l’œuvre du peintre.
3 Ce qui subsiste aujourd’hui du manuscrit partiellement perdu, est conservé au Museo Civico de Turin.