Chiesa del Monaci della Certosa di Pontignano

Église des moines de la Chartreuse de Pontignano

Bien que, contrairement à l’ancienne tradition cartusienne prônant la simplicité et le dépouillement, l’intérieur ait été considérablement transformé et enrichi au XVIe s., l’église, dédiée à saint Pierre, est l’édifice qui permet encore le mieux d’entrevoir les caractéristiques originales de l’ensemble architectural d’origine. L’édifice comporte une nef unique couverte de trois voûtes d’arêtes. En façade, le parement mural apparaît beaucoup plus soigné que sur les flancs de la nef et le mur de l’abside, où il perd progressivement sa régularité. Les ouvertures se caractérisaient initialement par une extrême simplicité des formes, telles les deux fenêtres rectangulaires qui s’ouvraient en façade comme sur la paroi de l’abside rectangulaire, dont les archivoltes ne sont liées à aucune des pratiques architecturales en usage dans le contexte siennois du XIVe siècle mais dérivent directement du style roman. Un étroit campanile de plan carré s’élève sur le flanc droit de l’édifice, au niveau situé entre la seconde et la troisième travée de la nef.

Après les dégâts causés par la guerre de Sienne, les moines décidèrent de rénover l’église du XIVe siècle avec une nouvelle décoration, en adaptant l’ensemble aux nouvelles règles édictées par le Concile de Trente. C’est surtout à l’intérieur de l’édifice que ces transformations sont visibles, essentiellement à travers le grand décor de fresques pré-baroques qui couvrent entièrement les parois et la voûte de l’édifice.

Intérieur de l’édifice

Il est difficile d’imaginer qu’à l’origine, selon une coutume longtemps observée dans les chartreuses, l’intérieur de l’église des moines était entièrement dépourvu de décoration : de l’édifice de la fin du XIVe siècle, il ne reste que l’enveloppe extérieure, l’intérieur ayant été entièrement recouvert de décorations picturales conçues et en partie exécutées à la fin du XVIe siècle.

Le décor peint

Si les conditions dans lesquelles le décor à fresque a été réalisé ne sont pas documentées, il est certain que celui-ci a initialement été confié au florentin Bernardino Poccetti, maître alors bien connu, qui avait déjà œuvré avec succès pour d’autres couvents chartreux de Toscane. Avec l’aide des moines, le peintre élabora un programme iconographique complexe, articulant des épisodes de la vie de saint Pierre, auquel est dédiée la Chartreuse, de la vie du Christ et de la Vierge, pour laquelle les Chartreux avaient une dévotion particulière, et de Jean Baptiste, ainsi que d’épisodes de la vie de saint Bruno, fondateur de l’Ordre. Poccetti, qui fut responsable de la création du cycle jusque vers 1596-1597, travailla certainement en personne au maître-autel et dans la troisième travée, celle oû se trouve celui-ci ; il aménagea ensuite la deuxième travée, peignant encore les saints placés entre les lunettes, mais dut brusquement laisser l’entreprise inachevée. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’un groupe d’élèves et de disciples, parmi lesquels Orazio PortaGiovanni Battista Brugieri, Raffaello Vanni, pourrait avoir achevé le grand décor, sans qu’il soit cependant possible de l’affirmer avec certitude du fait qu’aucun document ne vient étayer l’hypothèse. En ce qui concerne les voûtes, bien que le dessin de leurs partitions porte l’empreinte typique de Poccetti, leur réalisation effective est attribuée à un peintre siennois de l’école d’Alessandro Casolani (Épisodes de la Passion, deuxième travée) et à Sebastiano Folli (Épisodes de la vie du Baptiste, première travée). Ce n’est que vers 1668 que Stefano Cassiani Stefano Cassiani, frère chartreux originaire de Lucques, compléta les scènes manquantes des deuxième et première travées, en s’adaptant autant que possible au style de son prédécesseur.

Les voûtes d’ogives présentent, en partant de l’entrée, des Storie di san Giovanni Battistadella Passione di Cristo e di Maria [1]Épisodes de la vie de saint Jean Baptiste, de la Passion du Christ et de la vie de Marie.. Le décor des parois s’organise sur deux registres : une scène biblique occupe tout le registre inférieur ; au-dessus, la lunette est percée d’une baie flanquée des figures de docteurs de l’Église, d’évangélistes ou de prophètes.

Première travée

La première travée est divisée en deux moitiés : celle qui est la plus proche de l’entrée permettait au petit groupe de frères convers [2]Le nombre de frères convers oscillait entre cinq et six à Pontignano. entrés par la porte donnant sur le cloître principal d’assister, sans la voir puisque leur état ne le permettait pas, à la célébration eucharistique à laquelle participaient seuls moines chartreux. Les stalles de ces derniers, séparées de ce lieu restreint par une cloison aveugle, faite de maçonnerie ouvragée et peinte, occupaient le reste de l’espace disponible de la nef, soit l’équivalent de deux travées et demi, inscrivant ainsi dans la structure ecclésiale la marque tangible d’une hiérarchie toute terrestre.

Seconde travée

Du fait qu’elle occupe une position centrale, les parois de la seconde travée ne sont qu’au nombre de deux :

Troisième travée

La troisième travée, qui abrite le maître-autel, est celle dont l’ornementation est la plus luxuriante, mêlant aux scènes historiées la splendeur des marbres colorés et des éléments architectoniques (colonnes, frontons, frises,…).

Entre chacune des trois travées sont représentées les figures de Saints :

  • entre la première et la seconde, les saints médecins Cosma e Damiano
  • entre la seconde et la troisième, les saints diacres Lorenzo e Stefano

Le chœur en bois comprend vingt-six stalles ; il a été réalisé par le florentin Domenico Atticciati en 1593. Le revêtement de marbre du chœur fut complété en 1591.

Notes

Notes
1 Épisodes de la vie de saint Jean Baptiste, de la Passion du Christ et de la vie de Marie.
2 Le nombre de frères convers oscillait entre cinq et six à Pontignano.

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