Orphée

Orphée : héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope. Poète, musicien [1]Son instrument est la lyre, dont il est réputé être l’inventeur., il était parfois considéré comme un prophète. Orphée a fait partie des Argonautes ; sa descente aux Enfers et son échec à ramener sa femme Eurydice dans le monde des vivants ont façonné son mythe [2]Orphée est autorisé à descendre aux Enfers » sous cette condition, qu’il ne tournera pas ses regards en arrière jusqu’à ce qu’il soit sorti des vallées de l’Averne ; sinon, cette faveur sera rendue vaine. […] Ils n’étaient plus éloignés, la limite franchie, de fouler la surface de la terre ; Orphée, tremblant qu’Eurydice ne disparût … Poursuivre.

La mythologie grecque veut qu’Orphée, après avoir reçu d’Apollon une lyre à sept cordes [3]Il en aurait ajouté deux pour porter leur nombre à neuf, en hommage aux neuf Muses. ait découvert les pouvoirs enchanteurs que lui confère la musique « sur tout ce qui existe » [4]Catherine PEILLON, « Les chants d’Orphée », La pensée de midi, 28, 2009/2, pp. 199-202. : les hommes, la nature (les animaux, les arbres et les rochers ainsi que les fleuves [5]« Les rochers et les fleuves sont sensibles aux accents de sa voix, et les chênes de la Piérie, attirés par les doux sons de sa lyre, le suivent en foule sur le rivage de la Thrace, où ils attestent encore le pouvoir de son art enchanteur. » APOLLONIUS DE RHODES, L’Expédition des Argonautes, ou la conquête de la Toison d’or, I, 7, traduction J. J. CAUSSIN, Paris, Laveaux, 1802., et les dieux eux-mêmes.

« Orphée est d’ascendance divine ; fils de Calliope ‘à la belle voix’, muse de la Poésie épique, et du roi thrace Oiagros (si ce n’est d’Apollon lui-même, le dieu à l’arc-cithare). Sa mère lui a enseigné le chant ; son frère Linos [6]Dans la mythologie grecque, Linos est l’inventeur de la musique et de la poésie en vers. Il eut de nombreux disciples, parmi lesquels Orphée (son frère, selon Apollodore [« Linos lui apprit à jouer de la lyre. Linos était le frère d’Orphée. », Bibliothèque, II, 4, 9]), Thamyris (Selon Pline l’Ancien, Thamyris est l’inventeur du mode … Poursuivre, l’usage de la lyre. Son art, qui réunit à un point très intime musique et poésie, lui confère un pouvoir sur tout ce qui existe : les hommes, les animaux, les arbres et les rochers [7]« Les rochers et les fleuves sont sensibles aux accents de sa voix, et les chênes de la Piérie, attirés par les doux sons de sa lyre, le suivent en foule sur le rivage de la Thrace, où ils attestent encore le pouvoir de son art enchanteur. » Apollonius de Rhodes, L’Expédition des Argonautes, ou la conquête de la Toison d’or, I, 7, traduction J. J. CAUSSIN, Paris, … Poursuivre et les dieux eux-mêmes. Orphée, initié aux mystères lors de son séjour en Egypte, semble s’inscrire dans la vibration, l’oscillation entre deux époques, deux traditions, deux courants nerveux du monde. Il clôture et il ouvre, et dans ce temps bref – vertical –, il innove. A la lyre à sept cordes, don d’Apollon, il ajoute deux cordes supplémentaires, en l’honneur, dit-on, des neuf Muses. Il instaure le culte de Dionysos. » [8]Catherine Peillon, « Les chants d’Orphée », La pensée de midi, 28, 2009/2, pp. 199-202.

« Orphée n’est pas à proprement parler un héros, mais ses pouvoirs chamaniques [9]Selon Mircea Eliade, ce qui caractérise le chamane est « son pouvoir d’interagir avec le monde spirituel ». Mircea EliadeLe Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Paris, Payot, 1951, rééd. 1992., ses dons de chantre l’intègrent de fait dans un univers divin » [10]Alain GALOIN, L’iconographie d’Orphée dans la céramique attique au Vè siècle av. J.-C., Aix-en-Provence, 2017.. Virgile le décrit comme poète et musicien, et en expose le mythe dans les Géorgiques [11]VIRGILE, Géorgiques, IV, 464-527. : lorsque Eurydice, sa femme, meurt [12]« […] elle s’avance d’un pas lent du fait de sa blessure », OVIDE, Métamorphoses, X, 9. mordue par un serpent [13]« Tandis qu’elle te fuyait en se précipitant le long du fleuve, la jeune femme, – et elle allait en mourir, – ne vit pas devant ses pieds une hydre monstrueuse qui hantait les rives dans l’herbe haute. » VIRGILE, Géorgiques, IV, 4, 460., Orphée descend aux enfers grâce au pouvoir magique de son chant, pour y rejoindre la défunte. Il ne réussit cependant pas à la ramener sur la terre parmi les vivants [14]« Elle alors : « Quel est donc, dit-elle, cet accès de folie, qui m’a perdue, malheureuse que je suis, et qui t’a perdu, toi, Orphée ? Quel est ce grand accès de folie ? Voici que pour la seconde fois les destins cruels me rappellent en arrière et que le sommeil ferme mes yeux flottants. Adieu à présent ; je suis emportée dans la nuit immense qui … Poursuivre, le tuent et le déchirent au cours d’une célébration dionysiaque » [15]Pierre PRIGENT, « Orphée dans l’iconographie chrétienne » Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 64-3 (1984), pp. 205-221.. » Après l’avoir sauvagement démembré, ces mêmes femmes dispersent les morceaux de son cadavre dans le fleuve Evros. La mer entraîne ensuite la tête et la lyre jusqu’à l’île de Lesbos et les déposent sur la plage. Un pêcheur les trouve : la tête, placée dans une grotte consacrée à Dionysos, se met alors à rendre des oracles et continue à le faire jusqu’à ce qu’Apollon, lui-même dieu des oracles, devienne jaloux et l’oblige à y mettre un terme. C’est encore Apollon qui emporte la lyre d’Orphée dans le ciel pour en faire la constellation de la lyre.

Iconographie

Notes

Notes
1 Son instrument est la lyre, dont il est réputé être l’inventeur.
2 Orphée est autorisé à descendre aux Enfers » sous cette condition, qu’il ne tournera pas ses regards en arrière jusqu’à ce qu’il soit sorti des vallées de l’Averne ; sinon, cette faveur sera rendue vaine. […] Ils n’étaient plus éloignés, la limite franchie, de fouler la surface de la terre ; Orphée, tremblant qu’Eurydice ne disparût et avide de la contempler, tourna, entraîné par l’amour, les yeux vers elle ; aussitôt elle recula, et la malheureuse, tendant les bras, s’efforçant d’être retenue par lui, de le retenir, ne saisit que l’air inconsistant. »(Ovide, Métamorphoses.
3 Il en aurait ajouté deux pour porter leur nombre à neuf, en hommage aux neuf Muses.
4 Catherine PEILLON, « Les chants d’Orphée », La pensée de midi, 28, 2009/2, pp. 199-202.
5 « Les rochers et les fleuves sont sensibles aux accents de sa voix, et les chênes de la Piérie, attirés par les doux sons de sa lyre, le suivent en foule sur le rivage de la Thrace, où ils attestent encore le pouvoir de son art enchanteur. » APOLLONIUS DE RHODES, L’Expédition des Argonautes, ou la conquête de la Toison d’or, I, 7, traduction J. J. CAUSSIN, Paris, Laveaux, 1802.
6 Dans la mythologie grecque, Linos est l’inventeur de la musique et de la poésie en vers. Il eut de nombreux disciples, parmi lesquels Orphée (son frère, selon Apollodore [« Linos lui apprit à jouer de la lyre. Linos était le frère d’Orphée. », Bibliothèque, II, 4, 9]), Thamyris (Selon Pline l’Ancien, Thamyris est l’inventeur du mode dorien, et le premier à jouer de la lyre sans s’accompagner de la voix) et Héraclès (« Linos, admiré pour sa poésie et son chant, eut un grand nombre de disciples, dont trois très-célèbres, Hercule, Thamyris et Orphée. D’une intelligence lente, Hercule ne fit point de progrès dans l’art de jouer de la lyre, qu’il apprenait ; son maître s’avisa alors de le frapper. Hercule, transporté de colère, tua Linus d’un coup de sa Iyre. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 67, trad. Ferdinand HOEFER, Paris, Charpentier, 1846).
7 « Les rochers et les fleuves sont sensibles aux accents de sa voix, et les chênes de la Piérie, attirés par les doux sons de sa lyre, le suivent en foule sur le rivage de la Thrace, où ils attestent encore le pouvoir de son art enchanteur. » Apollonius de Rhodes, L’Expédition des Argonautes, ou la conquête de la Toison d’or, I, 7, traduction J. J. CAUSSIN, Paris, Laveaux, 1802.
8 Catherine Peillon, « Les chants d’Orphée », La pensée de midi, 28, 2009/2, pp. 199-202.
9 Selon Mircea Eliade, ce qui caractérise le chamane est « son pouvoir d’interagir avec le monde spirituel ». Mircea EliadeLe Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Paris, Payot, 1951, rééd. 1992.
10 Alain GALOIN, L’iconographie d’Orphée dans la céramique attique au Vè siècle av. J.-C., Aix-en-Provence, 2017.
11 VIRGILE, Géorgiques, IV, 464-527.
12 « […] elle s’avance d’un pas lent du fait de sa blessure », OVIDE, Métamorphoses, X, 9.
13 « Tandis qu’elle te fuyait en se précipitant le long du fleuve, la jeune femme, – et elle allait en mourir, – ne vit pas devant ses pieds une hydre monstrueuse qui hantait les rives dans l’herbe haute. » VIRGILE, Géorgiques, IV, 4, 460.
14 « Elle alors : « Quel est donc, dit-elle, cet accès de folie, qui m’a perdue, malheureuse que je suis, et qui t’a perdu, toi, Orphée ? Quel est ce grand accès de folie ? Voici que pour la seconde fois les destins cruels me rappellent en arrière et que le sommeil ferme mes yeux flottants. Adieu à présent ; je suis emportée dans la nuit immense qui m’entoure et je te tends des paumes sans force, moi, hélas ! qui ne suis plus tienne. » Elle dit, et loin de ses yeux tout à coup, comme une fumée mêlée aux brises ténues, elle s’enfuit dans la direction opposée ; et il eut beau tenter de saisir les ombres, beau vouloir lui parler encore, il ne la vit plus, et le nocher de l’Orcus ne le laissa plus franchir le marais qui la séparait d’elle. Que faire ? où porter ses pas, après s’être vu deux fois ravir son épouse ? Par quels pleurs émouvoir les Mânes, par quelles paroles les Divinités ? Elle, déjà froide, voguait dans la barque Stygienne. » VIRGILE, Géorgiques, IV, 4, 490-510. Le trouble d’Orphée que Virgile qualifie d’« accès de démence subite », et qui conduit au long questionnement de son épouse, Ovide en explicite la cause : « [dans] le désir fou de la voir, l’amant tourna les yeux » (Ovide, Métamorphoses, X, 56-57.). L’échec d’Orphé, qui conduit à la seconde mort d’Eurydice, laisse celui-ci désespéré. « Il épanche sa douleur en des chants de lamentation qui envoûtent les animaux comme les végétaux et même les pierres. Les femmes de Thrace, furieuses d’être dédaignées par le jeune veuf ((La violence des femmes de Thrace est liée à l’indifférence d’Orphée à l’égard des femmes, que ce dernier nourrit depuis la mort d’Eurydice : « En vain », écrit Ovide, « le chantre de la Thrace veut repasser le Styx et fléchir l’inflexible Charon. Toujours refusé, il reste assis sur la rive infernale, ne se nourrissant que de ses larmes, du trouble de son âme, et de sa douleur. Enfin, las d’accuser la cruauté des dieux de l’Erèbe, il se retire sur le mont Rhodope, et sur l’Hémus battu des Aquilons. Trois fois le soleil avait ramené les saisons. Orphée fuyait les femmes et l’amour : soit qu’il déplorât le sort de sa première flamme, soit qu’il eût fait serment d’être fidèle à Eurydice. En vain pour lui mille beautés soupirent ; toutes se plaignent de ses refus. Mais ce fut lui qui, par son exemple, apprit aux Thraces à rechercher ce printemps fugitif de l’âge placé entre l’enfance et la jeunesse, et à s’égarer dans des amours que la nature désavoue. » OVIDE, Les Métamorphoses X, 1-72 (« Orphée et Eurydice »), traduction (légèrement adaptée) de G. T. Villenave, Paris, 1806. Et ailleurs :

Ille etiam Thracum populis fuit auctor amorem
in teneros transferre mares citraque iuuentam
aetatis breue uer et primos carpere flores
. (Ovide, Métamorphoses, X, 83- 85).

« Il initia les peuples de Thrace à l’amour transféré
Sur les jeunes garçons et à cueillir ainsi, dans ses premières fleurs,
Le court printemps de la vie précédant la jeunesse. »

15 Pierre PRIGENT, « Orphée dans l’iconographie chrétienne » Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 64-3 (1984), pp. 205-221.

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