Vanni Fucci

Vanni Fucci dit ‘Bestia’, ‘la Brute’ (Pistoia, … – apr. 1295 et av. 1300) : personnage originaire de Pistoia dont la renommée est liée avant tout au fait qu’il est cité par Dante dans les Chants XXIV et XXV de l’Enfer. Au cours d’une nuit de carnaval de l’année 1293, il aurait pénétré dans la cathédrale de la ville avec une bande de brigands, et pillé la chapelle de San Jacopo, emportant tablettes d’argent, reliques, meubles et autres objets précieux. L’épisode, cité par Dante, est documenté. Cependant, les archives, peu nombreuses, sont parfois contradictoires. Il semble que le vol sacrilège ait d’abord été imputé au fils d’un de ses amis, un certain Rampino Foresi, condamné à la potence, qui aurait révélé son implication avant d’être pendu. Entre-temps, Vanni Fucci s’était réfugié dans la campagne et tourné vers le brigandage, terrorisant la campagne de Pistoia depuis la forteresse de Montecatini [1]En février 1295, il fut condamné par contumace par la municipalité de Pistoia comme meurtrier et voleur, ce qui ne l’empêcha pas de revenir dans la ville en août pour procéder à de nouveaux pillages. Après cette date, il n’existe plus aucune nouvelle de lui : selon Dante, il est mort en 1300, mais on ignore si cette mort eut des causes naturelles ou violentes..

Dante et Virgile le rencontrent dans la fosse des voleurs, sous l’apparence du damné mordu par un serpent qui est réduit en cendre à chaque morsure et se reconstitue à chaque fois, tel un phénix perpétuellement condamné au même supplice. La description du personnage est caractérisée par son exceptionnel relief dramatique. Il se présente lui-même aux deux pèlerins comme une brute, justifiant ainsi son surnom :

« […] Io piovvi di Toscana,
poco tempo è, in questa gola fiera.
Vita bestial mi piacque e non umana,
sì come a mul ch’i’ fui ; son Vanni Fucci
bestia, e Pistoia mi fu degna tana.
»

 « […] Je tombai de Toscane
il y a peu de temps dans cette gorge cruelle [2]La « gorge cruelle » caractérise, bien entendu, l’Enfer, dans lequel les damnés ne peuvent parvenir qu’après une chute..
J’aimai la vie bestiale et non humaine,
en mulet que j’étais ; je suis Vanni Fucci
la brute, et Pistoia fut ma digne tanière [3]Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer, XXIV, vv. 122-126, pp. 190-191.. »

Dans le Chant XXV, Vanni Fucci va plus loin en matière de blasphème que dans le précédent, où on le voit, les deux mains pointées vers le ciel, invoquer outrageusement Dieu en faisant le geste dit de la « figue » [4]Le geste obscène et outrageux du damné consiste à tendre le pouce entre l’index et le majeur pour simuler l’organe sexuel féminin. :

Al fine de le sue parole il ladro 
le mani alzò con amendue le fiche, 
gridando : « Togli, Dio, ch’a te le squadro ! »

Lorsqu’il eut fini de parler, le voleur 
leva les deux mains en faisant la figue : 
« Dieu », cria-t-il, « tiens, c’est pour toi ! » [5]Dante ALIGHIERI, op. cit., Enfer, XXV, vv. 1-3, p. 192-193. Pour punir l’auteur du blasphème, deux serpents l’immobilisent alors en s’enroulant sur lui.

Notes

Notes
1 En février 1295, il fut condamné par contumace par la municipalité de Pistoia comme meurtrier et voleur, ce qui ne l’empêcha pas de revenir dans la ville en août pour procéder à de nouveaux pillages. Après cette date, il n’existe plus aucune nouvelle de lui : selon Dante, il est mort en 1300, mais on ignore si cette mort eut des causes naturelles ou violentes.
2 La « gorge cruelle » caractérise, bien entendu, l’Enfer, dans lequel les damnés ne peuvent parvenir qu’après une chute.
3 Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer, XXIV, vv. 122-126, pp. 190-191.
4 Le geste obscène et outrageux du damné consiste à tendre le pouce entre l’index et le majeur pour simuler l’organe sexuel féminin.
5 Dante ALIGHIERI, op. cit., Enfer, XXV, vv. 1-3, p. 192-193. Pour punir l’auteur du blasphème, deux serpents l’immobilisent alors en s’enroulant sur lui.

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