Iderisio ou Oderisi di Guidone da Gubbio [1]D’après des documents retrouvés à Bologne, Oderisi était le fils d’un peintre et miniaturiste nommé Guido (Guy) ou Guidone (le gros Guy). ou Oderisi da Gubbio (Gubbio, v. 1240 – Rome, 1299) : miniaturiste dont l’activité est documentée à Bologne [2]Il existe de nombreux documents attestant la présence d’Oderisi de Gubbio à Bologne vers 1268 mais dans les faits, il est encore presque impossible de lui attribuer des œuvres et des œuvres avec certitude ; les chercheurs et les historiens de l’art ayant retracé la manière et l’école de l’artiste dans certains manuscrits enluminés ont supposé qu’il était … Poursuivre où il vécut et travailla entre 1268 et 1271 ; il semble qu’il ait joué un rôle de témoin dans l’achat et la vente de manuscrits enluminés, non seulement au niveau local, mais entre Bologne et la France, et entre Bologne et la Hollande. À partir de 1295, il est à Rome, où, selon Vasari, il reste jusqu’à sa mort en 1299. Il était avant tout un artisan qui se distinguait en tant qu’auteur d’initiales ornées au pinceau. Comme il est fréquent que les codex (ou codices [voir : codex]) n’aient pas été signés par les enlumineurs, ce sont les critiques qui lui ont attribué la paternité d’un certain nombre de manuscrits, parmi lesquels la Bible de Conradin, Baltimore, Walters Art Gallery (ms. W 152) et le Digestium infortiatum de Justinien, Turin, Bibliothèque nationale (ms E. 18).
Entre 1286 et 1287, Dante fréquenta l’Université de Bologne, l’une des plus anciennes d’Italie. Durant la période de l’exil, commencé en 1302, Dante vécu à Bologne de 1304 à 1306. C’est pendant ce séjour que le poète entra en contact avec Oderisi, dont la figure est immortalisée dans le Chant XI du Purgatoire :
« Oh ! », diss’io lui, « non se’ tu Oderisi,
l’onor d’Agobbio e l’onor di quell’arte
ch’alluminar chiamata è in Parisi ? »
« Frate », diss’elli, « più ridon le carte
che pennelleggia Franco Bolognese ;
l’onore è tutto or suo, e mio in parte. »
« Oh », lui dis-je, « n’es-tu pas Oderisi,
l’honneur de Gubbio et l’honneur de cet art
qu’on appelle à Paris enluminure ? ».
« Frère », dit-il, « les feuillets où met ses pinceaux
Franco Bolognese [3]Franco Bolognese (fin du XIIe – début du XIVe s. [?]) : enlumineur qui fut peut-être actif à Bologne mais dont la mémoire n’est évoquée que par Dante (Purg. XI, 79). On ne dispose d’aucune information, ni sur sa vie, ni sur son œuvre. sont plus riants ;
l’honneur est tout à lui, je n’en ai qu’une part. » [4]Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, vv. 79-84, p. 359.
Outre le témoignage de Dante, qui a incité les critiques à rechercher des informations sur Oderisi de Gubbio et Franco de Bologne, on dispose d’un bref témoignage de Vasari [5]« Il est probable que Vasari lui-même […] ait découvert chez Dante, peut-être par l’intermédiaire de ses premiers commentateurs – dont Benvenuto da Imola (mort en 1387 environ ; Comentum super Dantis Aldigherii Comoediam) – la figure mythique d’Oderisi, à laquelle il rattache probablement des œuvres encore connues au XVIe siècle et dont, par tradition, la … Poursuivre qui, dans l’édition de 1568 des Vies, mentionne les deux miniaturistes dans la Vie qu’il consacre à Giotto [6]« Le pape fit appeler Giotto à Rome où il l’honora beaucoup et, reconnaissant sa valeur, lui fit peindre, dans la tribune de Saint-Pierre, cinq sujets de la vie de Jésus-Christ, et dans la sacristie un grand tableau à la détrempe, travail que Giotto conduisit avec tant de diligence et d’habileté qu’il n’avait encore jamais rien produit d’aussi parfait. Benoît IX, … Poursuivre. Ce dernier, alors qu’il travaillait au Vatican, aurait intercédé en leur faveur auprès du pape Benoît IX, et les fit ainsi travailler pour la Bibliothèque vaticane. Oderisi da Gubbio était encore liée au canon byzantin, également appelé primo stile [7]« Premier style », dont les caractéristiques, comme le documentent certains codes, résident dans la ligne rapide et cursive, tout en jouant sur une gamme de couleurs limitée.
Si l’on sait peu de choses sur Oderisi da Gubbio. on en sait encore moins sur Franco de Bologne. La critique affirme qu’il s’est ouvert au gothique et à la peinture de Giotto, le secondo stile [8]« Second style »., qui avait pour protagoniste le ‘Maître de la Bible de Gérone’, nom qui dérive d’une très somptueuse Bible aujourd’hui conservée dans la bibliothèque capitulaire de Gérone.
Notes
| 1↑ | D’après des documents retrouvés à Bologne, Oderisi était le fils d’un peintre et miniaturiste nommé Guido (Guy) ou Guidone (le gros Guy). |
|---|---|
| 2↑ | Il existe de nombreux documents attestant la présence d’Oderisi de Gubbio à Bologne vers 1268 mais dans les faits, il est encore presque impossible de lui attribuer des œuvres et des œuvres avec certitude ; les chercheurs et les historiens de l’art ayant retracé la manière et l’école de l’artiste dans certains manuscrits enluminés ont supposé qu’il était l’un des principaux illustrateurs des manuscrits de l’Atelier bolognais, qui fut également actif à Gubbio. |
| 3↑ | Franco Bolognese (fin du XIIe – début du XIVe s. [?]) : enlumineur qui fut peut-être actif à Bologne mais dont la mémoire n’est évoquée que par Dante (Purg. XI, 79). On ne dispose d’aucune information, ni sur sa vie, ni sur son œuvre. |
| 4↑ | Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, vv. 79-84, p. 359. |
| 5↑ | « Il est probable que Vasari lui-même […] ait découvert chez Dante, peut-être par l’intermédiaire de ses premiers commentateurs – dont Benvenuto da Imola (mort en 1387 environ ; Comentum super Dantis Aldigherii Comoediam) – la figure mythique d’Oderisi, à laquelle il rattache probablement des œuvres encore connues au XVIe siècle et dont, par tradition, la paternité était attribuée au miniaturiste. Les découvertes documentaires ont donné une consistance historique à la figure d’Oderisi, attestant de la présence, à Bologne, d’un miniaturiste nommé Hodericus le 22 août 1268 et d’un miniaturiste Odorisius Guidonis le 19 juillet 1269 (*), tous deux identifiables, à juste titre, avec Oderisi, qui aurait donc ont œuvré à Bologne entre les septième et huitième décennies du XIIIe siècle, et peut-être jusqu’à la fin du siècle, lorsque Dante témoigne indirectement de sa disparition. Deux documents sont encore d’une grande importance : l’un du 26 août 1269, dans lequel le « magister Oderisius filius Guidonis » s’engage, avec Paolo di Jacopino dell’Avvocato (**), à faire rédiger par un copiste professionnel un Digestum novum avec la glose d’Accursio ; l’autre du 11 mars 1271, dans lequel le « magister Odericus quondam Guidonis de Gubio » signa, toujours avec Paolo di Jacopino dell’Avvocato, un contrat pour la miniature, « de pennello de bono azurro » [« peinte d’un bon bleu »], d’un antiphonaire nocturne (***). De fait, les deux documents permettent d’émettre l’hypothèse qu’Oderisi fut le directeur artistique d’une structure de production complexe, peut-être liée au florissant studio bolognais. » (****)
(*) Francesco FILIPPINI et Guido ZUCCHINI, Miniatori e pittori a Bologna. Documenti dei secoli XIII e XIV, Florence, Sansoni, 1947, pp. 183-185. |
| 6↑ | « Le pape fit appeler Giotto à Rome où il l’honora beaucoup et, reconnaissant sa valeur, lui fit peindre, dans la tribune de Saint-Pierre, cinq sujets de la vie de Jésus-Christ, et dans la sacristie un grand tableau à la détrempe, travail que Giotto conduisit avec tant de diligence et d’habileté qu’il n’avait encore jamais rien produit d’aussi parfait. Benoît IX, s’estimant bien servi, lui fit donner pour prix de son travail, six cents ducats d’or, et l’accabla de tant de faveurs qu’on en parla dans toute l’Italie. Pour ne rien taire de ce qui peut intéresser l’art, je dirai qu’à cette époque, à Rome, Giotto fut très lié avec Oderigi da Gubbio, excellent enlumineur, qui avait été chargé par le pape d’illustrer de nombreux livres pour la bibliothèque du Palais ; le temps en a maintenant détruit une grande partie. Mon portefeuille de dessins, qui renferme quelques œuvres de sa main, montre sa valeur. Il fut cependant surpassé par un de ses contemporains, l’enlumineur Franco Bolognese, qui travailla pour le même pape. Son très grand talent éclate dans mon portefeuille, qui contient quelques-unes de ses peintures et enluminures, parmi lesquelles un aigle magnifique et un remarquable lion brisant un arbre. » Giorgio VASARI, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architetti coll’aggiunta de’ vivi e de’ morti, dall’anno 1550 a 1567, Florence, 1568 (traduction française sous la direction d’André Chastel, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Paris, Berger-Levraut, 1981-1989, vol. 2, p. 110. |
| 7↑ | « Premier style » |
| 8↑ | « Second style ». |
