À partir du XIVe s., la diffusion des Révélations (1372) de Brigitte de Suède (1302-1373), en particulier de la « vision à Bethléem » reçue par la grande mystique lors de son voyage en Palestine, donne lieu à une évolution significative de l’iconographie de la Nativité : la Vierge adorant à genoux l’Enfant devient une variante de l’événement avant que, peu à peu, l’image de l’Adoration de l’Enfant-Jésus ne vienne prendre le pas sur celle de la naissance du Christ proprement dite, et finisse par acquérir le statut particulier des images cultuelles [1]« Qu’est-ce qu’une image cultuelle durant la Renaissance italienne ? Les historiens sont désormais familiers du schéma développé par Hans Belting selon qui l’ ”époque de l’art” remplace progressivement, au cours du XVe et de la première moitié du XVIe siècle, l’ “époque du culte”. La théorie de l’art naît en 1435 avec le De pictura d’Alberti, … Poursuivre.
I. Sources écrites de l’épisode
Voir lien ci-dessus.
II. Iconographie de l’Adoration de l’Enfant


Dans l’iconographie de l’Adoration de l’Enfant-Jésus, le nouveau-né repose tantôt à même le sol [2]Selon le chapitre que Brigitte de Suède consacre à la Nativité dans les Révélations., tantôt sur une pierre [3]La pierre n’est nulle part mentionnée dans les sources narratives., tantôt sur de la paille, tantôt dans la mangeoire de l’étable [4]Cette précision provient directement de l’Évangile selon Luc dans lequel on lit que le Christ a été déposé dans une mangeoire : « […] elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Lc 2, 7)..
La Vierge, dans l’attitude de l’orante, est agenouillée devant l’Enfant [5]Voir : Robert Campin, La Nativité. qu’elle peut également avoir installé sur ses genoux [6]Voir : Gentile da Fabriano, Adoration of the Christ-Child..
Dans les œuvres tardives, Joseph se joint à son épouse pour adorer le Nouveau-né.
Notes
| 1↑ | « Qu’est-ce qu’une image cultuelle durant la Renaissance italienne ? Les historiens sont désormais familiers du schéma développé par Hans Belting selon qui l’ ”époque de l’art” remplace progressivement, au cours du XVe et de la première moitié du XVIe siècle, l’ “époque du culte”. La théorie de l’art naît en 1435 avec le De pictura d’Alberti, et l’histoire de l’art avec la première édition des Vies de Vasari en 1550. L’art est désormais perçu comme un champ particulier de l’activité humaine, distinct de la question des fonctions religieuses. Le maniérisme qui domine la production picturale italienne au XVIe siècle est justement un art de l’art, qui affiche et réfléchit sur l’élaboration artistique qui l’a déterminé. L’utilité cultuelle des images passe alors au second plan : elle nuit à la nouvelle dignité de l’œuvre d’art, où la maniera et l’invenzione de l’artiste doivent pouvoir s’exprimer librement. Ce constat ne peut être entièrement remis en cause, mais il a été nuancé par de nombreuses études récentes. Megan Holmes a par exemple montré que le culte des images miraculeuses acquiert une vigueur tout à fait extraordinaire à l’endroit même et à l’époque où s’invente le nouveau paradigme : la Florence des XVe et XVIe siècles. Dans le Piémont et en Lombardie, le phénomène des sacri monti qui s’épanouit aux XVIe et XVIIe siècles révèle à quel point la production artistique peut être mise au service de la dévotion et des pratiques de pèlerinage, par la recherche de l’expression la plus immédiate et le refus de toute distanciation. Qu’en est-il d’œuvres produites à bien plus grande échelle, les retables ? La question des usages liturgiques est à leur propos souvent laissée de côté par les historiens de l’art. Leurs évolutions morphologiques sont alors étudiées pour elles-mêmes, comme relevant de choix esthétiques, tandis que l’iconographie est considérée indépendamment du culte eucharistique et des rites spécifiques qui entouraient les œuvres. » Cyril Gerbron, « L’Adoration de l’Enfant de Callisto Piazza à Crema, ou le corps vivant de l’Église », Mélanges de l’École française de Rome Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 128-1, (2016). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/mefrim.2537 |
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| 2↑ | Selon le chapitre que Brigitte de Suède consacre à la Nativité dans les Révélations. |
| 3↑ | La pierre n’est nulle part mentionnée dans les sources narratives. |
| 4↑ | Cette précision provient directement de l’Évangile selon Luc dans lequel on lit que le Christ a été déposé dans une mangeoire : « […] elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Lc 2, 7). |
| 5↑ | Voir : Robert Campin, La Nativité. |
| 6↑ | Voir : Gentile da Fabriano, Adoration of the Christ-Child. |

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