Les « Credo »

On appelle Credo (fr. : « Je crois ») une profession de foi chrétienne dont l’intitulé reprend le premier mot du texte latin qui la compose. François Boespflug précise qu’il « s’agit d’une formulation ramassée et normative que le chrétien reçoit de la tradition de l’Église pour confesser son Seigneur et déclarer sa foi. » [1]

Il existe essentiellement deux [2] formulations du Symbole de la foi, ou Credo, prononcées par l’Eglise : le Symbole de Nicée-Constantinople et le Symbole des Apôtres. Si la tradition rapporte le second antérieurement au premier, celui-ci tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381).

Symbole de Nicée-Constantinople

Le Symbole de Nicée-Constantinople est celui dont nous connaissons le mieux l’histoire. En 325, les évêques l’ont rédigé lors d’un concile tenu à Nicée, afin de réfuter la thèse d’un prêtre chrétien, Arius, niant la divinité de Jésus. Dans l’esprit du concile, il ne suffisait pas d’excommunier ce prêtre, il fallait aussi affirmer le Christ à la fois « vraiment homme et vraiment Dieu ». En 381, se tient un nouveau concile, à Constantinople, qui reprend le symbole de Nicée, à l’occasion d’une nouvelle contestation portant sur la divinité de l’Esprit Saint. En 451, se tient un troisième concile, cette fois à Chalcédoine. Ce dernier formule le texte du symbole dit de Nicée-Constantinople, synthèse des deux précédents encore en usage à l’heure actuelle. Les catholiques (chrétiens de Rome) ont pourtant assez vite modifié le symbole de Nicée-Constantinople en ajoutant que l’Esprit Saint procédait du Père « et du Fils » (latin : filioque). Les orthodoxes ont, quant à eux, toujours refusé cet ajout de la formule « et du Fils ». La polémique a pris certaines proportions et provoqué la séparation des Églises d’Orient (Constantinople) et d’Occident (Rome) lors du schisme de 1054.

  1. Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
  2. Et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unigenitum.
    Et ex Patre natum ante omnia saecula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero.
  3. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines, et propter nostram salutem decendit de caelis.
  4. Et incarnatus est de Spiritu sancto ex Maria Virgine : Et homo factus est.
  5. Crucifixus etiam pro nobis : sub Pontio Pilato passus, et sepultus est.
  6. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas.
  7. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.
  8. Et in Spiritum sanctum, Dominum, et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas.
  9. Et unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam.
  10. Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum.
  11. Et expecto resurrectionem mortuorum.
  12. Et vitam venturi saeculi. [3]

Symbole des apôtres

On ne connaît pas l’origine exacte du Symbole des apôtres. Les chrétiens de Rome ont peut-être appelé ce texte Symbolum apostolorum (Symbole des Apôtres) parce qu’il contient douze articles, dont chacun aurait, selon la légende, été donné par l’un des douze apôtres.

Depuis le Moyen Âge [4] la tradition considère que cette profession de foi est dénommée Symbole des Apôtres parce que chacun des apôtres y aurait apporté sa contribution, et avance même, avec cependant certaines variantes, la répartition des rôles entre chacun des Douze. Il semble qu’il faille remonter au VIe siècle pour en trouver l’origine à travers deux sermons pseudo-augustiniens (Sermo 240, Sermo 241), sans doute l’œuvre d’un prédicateur gaulois, qui transmettent une sorte de leçon de catéchisme tout en donnant une explication de la composition du Symbole :

  • Pierre dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, 
  • Jean dit : Créateur du ciel et de la terre. 
  • Jacob dit : Je crois aussi en Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur. 
  • André dit : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. 
  • Philippe dit : A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli. 
  • Thomas dit : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts. 
  • Barthélemy dit : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, 
  • Matthieu dit : D’où il viendra juger les vivants et les morts. 
  • Jacques, fils d’Alphée : Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, 
  • Simon le Zélote : La communion des saints, la rémission des péchés, 
  • Judas, fils de Jacques : La résurrection de la chair, 
  • Matthias acheva : La vie éternelle. Amen.

Le catéchisme du Concile de Trente, rédigé sous la direction de Charles Borromée, définit le mot symbole [5] en ces termes : « Cette profession de foi […] que les apôtres avaient composée, ils l’appelèrent symbole, soit parce qu’ils la formèrent de l’ensemble des vérités différentes que chacun d’eux formula, soit parce qu’ils s’en servirent comme d’une marque et d’un mot d’ordre qui leur ferait distinguer aisément les vrais soldats de Jésus-Christ des déserteurs et des faux frères qui se glissaient dans l’Église pour corrompre l’Evangile » (1, 1, 2).

  1. Credo in Deum Patrem omnipotentem, Creatorem caeli et terrae.
  2. Et in Iesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum,
  3. qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine,
  4. passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus,
  5. descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis,
  6. ascendit ad caelos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis,
  7. inde venturus est iudicare vivos et mortuos.
  8. Credo in Spiritum Sanctum,
  9. sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem,
  10. remissionem peccatorum,
  11. carnis resurrectionem,
  12. vitam aeternam. [6]

Le Credo prophétique et apostolique : un motif iconographique

On trouve dans l’art médiéval et jusqu’au début de la Renaissance une étonnante transposition visuelle du Credo des Apôtres, appelée Credo ou Symbole prophétique et apostolique. Celle-ci a pour visée principale de rendre visible l’exigence du lien qui doit nécessairement unir l’Ancien Testament au Nouveau, le premier étant réaffirmé, en quelque sorte, comme la préfiguration du second. On peut en admirer l’une des plus belles traductions en France dans la Chapelle Jean de Bourbon, à Cluny. À Sienne, ce motif trouve sa mise en œuvre le plus spectaculaire dans le Credo peint par Lorenzo Vecchietta sur les voûtes du Baptistère.

« Il y avait une façon […] simple de faire sentir les divines concordances de l’Ancien et du Nouveau Testament : c’était de mettre face à face les prophètes et les apôtres. Le XIIIe siècle avait aimé cette opposition qui parlait d’elle-même. Qui les voyait, aux fenêtres hautes de Bourges, les uns au nord, les autres au sud, tous pareils, tous revêtus de la même tunique, ne pouvait s’empêcher d’admirer cette étonnante ressemblance. On songeait que ces hommes avaient annoncé le même Sauveur. Plus d’un peut-être, en les contemplant, crut entendre un grand chœur à deux parties où les voix se répondent d’abord, puis s’unissent.
L’opposition des prophètes et des apôtres a été l’un des sujets favoris de l’art du XVe siècle, et, chose étrange, cette opposition se présente, au XVe siècle, avec un caractère de grandeur qu’elle n’a pas au XIIIe. Chacun des apôtres, en effet, tient à la main une banderole sur laquelle est écrite une phrase du Credo, tandis que les prophètes présentent des versets choisi dans leurs livres. Or, il se trouve que chaque verset prophétique correspond à une affirmation du Credo. Ce sont là les phrases de ce grand dialogue entre la Loi Ancienne et la Loi Nouvelle. Pas une dissonance dans ce chant alterné ; des siècles avant Jésus-Christ, les prophètes récitaient déjà les articles du Symbole des apôtres, mais sur un autre mode. » [8]

« En résumé, David, Isaïe, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël et Amos figurent dans tous les ensembles. Jérémie est absent de deux ensembles et la présence des autres prophètes est plus occasionnelle ».

« Si les prophètes représentés diffèrent parfois, les apôtres eux, sont généralement les mêmes, mais ils ne figurent pas toujours dans le même ordre. On a parfois estimé qu’ils étaient repris suivant la liste établie dans le Sermo de symbolo longtemps attribué à Augustin : Petrus dixit : Credo in Deum, Patrem omnipotentem … Suivent Jean, Jacques le Majeur, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, Simon, Jude et Matthias. On est donc loin d’avoir toujours le même prophète face au même apôtre. Généralement […], les premiers articles sont présentés par Jérémie et Pierre, David et André, Isaïe et Jacques le Majeur ; ensuite il n’y a pas de choix systématique. […] Trois textes prophétiques se retrouvent […] dans tous les Credo répertoriés. Il s’agit du verset 7 du Psaume II et de la citation d’Isaïe VII, […] puis de Daniel XII […]. Ensuite viennent Michée VII, 19 et Joël II, 28 […]. »

Essai de synthèse des citations et de leurs concordances au sein du Credo prophétique et apostolique

APÔTRE ARTICLE DU SYMBOLE DES APÔTRES PROPHÈTE VERSET DE L’ANCIEN TESTAMENT
Pierre« Credo in unum Deum Omnipotentem, creatorem coeli et terrae » (Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre).Jérémie « Patrem invocabitis qui terram fecit et condivit cœlum » (« Vous m’invoquerez en tant que Père qui a fait la terre et construit les cieux »). D’après Jérémie (Jr 3, 19).
André« Et in Jesum Christum filium ejus » (Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur).David« Dominus dixit ad me filius meus es tu » filius meus es ego hodie genui te (« L’Éternel m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui »). Psaumes (Ps 2, 7).
Jacques le Majeur« Qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus est ex Maria Virgine » ([…] qui a été conçu du Saint Esprit, né de la vierge Marie).Isaïe« Ecce Virgo concipiet [et pariet filium » (« Voici que la vierge est enceinte[, elle enfantera un fils] »). Isaïe (Es 7, 14).
Jean (Thomas)« Passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus est » ([…] qui a souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli). Daniel« Post septuaginta hebdomades occidetur christus » (« […] Et après soixante et deux semaines le Christ sera mis à mort »). Daniel (Da 10, 26) ou 9, 26 ?
Thomas« descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis » ([…] est descendu aux enfers, est ressuscité le troisième jour d’entre les morts). Osée« 0 mors, ero mors tua, morsus tuus ero, Inferne ». (« Ô mort, je serai ta mort ; je serai ta morsure, enfer »). Osée (Os 13, 14).
Jacques le Mineur« ascendit ad cælos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis » ([…] est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant). Amos« Qui aedificat in cœlo ascensionem suam ». (« […] celui qui dresse son escalier dans le ciel […] »). Amos (Am 9, 6)
Philippe« inde venturus est iudicare vivos et mortuos » ([…] d’où il doit venir juger les vivants et les morts). Sophonie« Ascendam ad vos in judicium et ero testis velox » (« Je m’approcherai de vous pour le jugement, Et je me hâterai de témoigner […] »). Malachie (Ma 3, 5)
Barthélémy« Credo in Spiritum Sanctum » (Je crois au Saint-Esprit). Joël« Effundam de Spiritu meo super omnem carnem » (« […]après cela, je répandrai mon esprit sur tout être de chair »). Joël (Jl 2, 1).
Matthieu« […] sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem » ([Je crois] à la sainte Église catholique, à la communion des saints). Michée« Invocabunt omnes nomen Domini et servient ei » (« ). Michée (Mi
Ps 71, 11
Simon« […] remissionem peccatorum » ([Je crois] à la rémission des péchés). Malachie« Deponet Dominus omnes iniquitates nostras » (« Le Seigneur piétinera nos péchés »). Malachie (Ma 2
Michée 7, 19
Judes – Thaddée« […] carnis resurrectionem » ([Je crois] à la résurrection de la chair). Zacharie– « Educam te de sepulchris tuis, popule meus ». Zacharie (Za
– « suscitabo filios tuos ». Zacharie (Za 9, 13)
Mathias« […] vitam aeternam » ([Je crois] à la vie éternelle). Ezéchiel« Evigilabunt ad vitam, alii ad mortem ». Ézéchiel (Ez
D’après Émile Mâle, « L’art religieux en France de la fin du Moyen Âge en France ». Paris, Librairie A. Colin, 1908 (7e édition, 1998), p. 248.

[1] François Boespflug, Le Credo de Sienne. Paris, Cerf, 1985, p. 7.

[2] La formule du Symbole de la foi dans la nuit pascale, issue du Concile de Vatican II, est la même que celle du Symbole des Apôtres, mise sous la forme d’un dialogue.

[3] « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen. »

[4] Émile Mâle, L’art religieux en France de la fin du Moyen Âge en France. Paris, Librairie A. Colin, 1908 (7e édition, 1998), p. 247.

[4] A l’origine, le symbolon était un objet coupé en deux dont deux hôtes conservaient chacun la moitié qu’ils transmettaient à leurs enfants : les deux parties rapprochées servaient à faire reconnaître les porteurs et à prouver les relations contractées antérieurement.

[5] « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. »

[6] Émile Mâle, L’art religieux en France de la fin du Moyen Âge en France. Paris, Librairie A. Colin, 1908 (7e édition, 1998), p. 246.

[7]

Françoise Gay, « Prolongation : ailleurs et plus tard », In-Scription : revue en ligne d’études épigraphiques [En ligne], Deuxième livraison, mis à jour le : 23/10/2019, URL : https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr:443/in-scription/index.php?id=228.