Dans le premier chant de l’Enfer, « qui fait office de préambule à la Comédie tout entière », le récit « a un statut ambigu, se situant entre rêve et vision. […] En d’autres termes, le début de la Comédie présente les traits habituels d’une narration allégorique, dans laquelle les images qui servent de pivot au récit ne semblent vivre qu’en fonction du sens qu’elles sont chargées d’exprimer [1]Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, « Chant I », notule p. 859.. » C’est dans ce contexte, alors qu’il se trouve en grande détresse après s’être égaré dans la « forêt obscure », que Dante rencontre une âme qu’il distingue d’abord mal dans la pénombre. Cette âme, qu’il appelle au secours (« Miserere de moi […], qui que tu sois, ombre ou homme certain »), est celle du poète Virgile, qu’il reconnaît rapidement, et qui lui révèle que pour parvenir au sommet de la colline et éviter les trois bêtes féroces (une lonce [2]La lonce (lonza) : félin semblable au lynx, symbole de la luxure. « Ed ecco, quasi al cominciar de l’erta, una lonza leggera e presta molto, che di pel macolato era coverta; e non mi si partia dinanzi al volto, anzi ‘mpediva tanto il mio cammino, ch’ỉ fui per ritornar più volte volto. » « Mais voici, presque au début de la montée, … Poursuivre, un lion [3]Le lion (leone) représente allégoriquement l’orgueil : « Questi parea che contra me venisse con la test’alta e con rabbiosa fame, sì che parea che l’aere ne tremesse. » « II me semblait qu’il venait contre moi la tête haute, plein de faim enragée ; on aurait cru autour de lui voir l’air trembler. » Dante … Poursuivre, une louve [4]La louve (lupa) représente le plus grave des vices des vivants : l’avidité, la soif irrésistible de posséder. « Ed una lupa, che di tutte brame sembiava carca ne la sua magrezza, e molte genti fé già viver grame, questa mi porse tanto di gravezza con la paura ch’uscia di sua vista, ch’io perdei la speranza de l’altezza. È con la paura … Poursuivre) qui lui barrent le passage, il faut prendre une route différente, plus longue et plus pénible, à travers le bien et le mal, et prophétise que la louve sera tuée par un mystérieux « vautre » [5]Vautre : « chien de chasse » (traduction de l’italien médiéval veltro qui indiquait un chien de chasse dressé et rapide comme un lévrier, ou du latin tardif vertagus qui désigne une espèce de chien lévrier).. La prophétie de l’avènement imminent du vautre libérateur exprimée par Virgile peu avant que les deux poètes ne passent la porte qui doit les conduire au plus profond de la terre est rapportée par Dante :
« À te convien tenere altro viaggio»,
rispuose poi che lagrimar mi vide,
«se vuo’ campar d’esto loco selvaggio:
ché questa bestia, per la qual tu gride,
non lascia altrui passar per la sua via,
ma tanto lo ‘mpedisce che l’uccide;
e ha natura sì malvagia e ria,
che mai non empie la bramosa voglia,
e dopo ‘l pasto ha più fame che pria.
Molti son li animali a cui s’ammoglia,
e più saranno ancora, infin che ‘l veltro
verrà, che la farà morir con doglia.
Questi non ciberà terra né peltro,
ma sapienza, amore e virtute,
e sua nazion sarà tra feltro e feltro.
Di quella umile Italia fia salute
per cui morì la vergine Cammilla,
Eurialo e Turno e Niso di ferute.
Questi la caccerà per ogne villa,
fin che l’avrà rimessa ne lo ‘nferno,
là onde ‘nvidia prima dipartilla ».
« Il te convient d’aller par un autre chemin »,
répondit-il, quand il me vit en larmes,
« si tu veux échapper à cet endroit sauvage ;
car cette bête, pour qui tu cries,
ne laisse nul homme passer par son chemin, mais elle l’assaille, et à la fin le tue ;
elle a nature si mauvaise et perverse
que jamais son envie ne s’apaise,
et quand elle est repue elle a plus faim qu’avant.
Nombreux les animaux avec qui elle s’accouple
et seront plus encore, jusqu’au jour où viendra
le lévrier, qui la fera mourir dans la douleur.
Lui, ni terre ni métal ne le nourrira,
mais sagesse, amour et vertu [6]Voir note ,
et sa nation sera entre feltre et feltre [7]« Lorsque Dante, vers 1304-1308, s’apprêtait à écrire le premier chant de son poème, je crois qu’il “imita” le passage de la Chanson de Roland, acceptant probablement aussi ses exigences idéologiques. […] à ce stade chronologique, Dante ne pouvait pas penser à une personne réelle pour son “veltro” ; cependant, il est plausible que, précisément à partir de … Poursuivre.
Il sera le salut de cette humble Italie
pour qui mourut la vierge Camille,
Euryale et Turnus et Nisus, de leurs blessures.
Il la chassera par toutes les villes,
puis il viendra la remettre en enfer,
d’où l’avait tirée l’envie première. » [8]Dante ALIGHIERI, op. cit.. I, 94-111, p. 9.
Au sens littéral, l’italien médiéval veltro désigne un chien apte à chasser la louve à l’occasion de battues, partout où elle se trouve. La question de l’identification du « veltro » en tant que figure allégorique est complexe du fait même du caractère volontairement elliptique, ambigu et obscur du langage employé. C’est d’ailleurs l’une des questions les plus débattues parmi les commentateurs de Dante, qui ont cru y voir tantôt un personnage historique (un pape, un empereur, un gouvernant), tantôt Dante lui-même, Jésus-Christ ou le Saint-Esprit ; ce qui est certain est que Dante prophétise ou, plus précisément, invoque une action de réforme promue par Dieu, visant à détruire l’avidité et l’avarice, symbolisées par la louve, à ramener l’Église à la pureté de sa mission, et à rétablir établir l’ordre et la justice dans le monde.
Il existe un précédent au « veltro » de Dante dans la littérature médiévale. Dans un article publié en 2002, Angelo MECCA fait état du lien existant entre La divine comédie et La Chanson de Roland [9]Dans l’Enfer dantesque (I, 94-111), la prophétie de l’avènement du « veltro » semble directement liée au vers de la Chanson de Roland (LVI 717-724, LVII 725-736, CLXXXIV 2525-2554, CLXXXV 2555-2569) qui racontent les visions dans lesquelles Charlemagne rêve d’être défendu par un vaultre. L’auteur cite les passages de la Comédie qui viennent confirmer la … Poursuivre, deux œuvres qui semblent se faire écho sur le mode du merveilleux dans une époque qui n’en fut pas avare. « Alors que Dante écrivait le premier chant de l’Enfer, probablement entre 1304 et 1308, il ne pensait pas (il ne pouvait pas le faire à ce stade) à un individu en particulier pour son « veltro », ce qui est d’ailleurs démontré à travers les vers 103-104 : « Lui, ni terre ni métal ne le nourrira, mais sagesse, amour et vertu » [10]« Questi non ciberà terra né peltro,
ma sapienza, amore e virtute » (Enf. I, 103-104), voir citation complète ci-dessus., trois attributs de la Trinité qu’il est difficile de référer également à un être humain. Cela ne signifie cependant pas que cette figure soit totalement voilée du fait de son indétermination aux yeux de Dante, dont les idées politiques n’étaient pas encore suffisamment claires ; celles-ci constituent au contraire l’échafaudage du poème et un moteur inspirant dès les premiers instants. [11]Angelo Eugenio MECCA, « Il veltro di Dante e la Chanson de Roland », Nuova Rivista di Letteratura Italiana 5, 2002, pp. 213-226. » En témoigne, à cet égard, deux passages de la Chanson de Roland, œuvre littéraire dans laquelle un groupe de quatre personnes apparaît dans deux blocs narratifs coïncidant avec des moments particulièrement critiques au sein du poème (avant la bataille de Roncevaux et avant la bataille de Charles contre les païens pour se venger de Roncevaux), « disposés un à un, et qui se rappellent à distance grâce à un réseau complexe d’éléments de liaison, savamment répartis et variés. Les laisses [12]Une laisse est une unité sémantique et musicale surtout employée dans la littérature médiévale, notamment dans les chansons de geste dont elle constitue une subdivision. Il s’agit une suite de vers qui, à la différence de la strophe :
comporte un nombre de vers variable ;
ne fait pas appel à une disposition de rimes élaborée, se … Poursuivre concernées, numérotées LVI-LVII et CLXXXIV-CLXXXV, sont réparties en deux blocs. « Ces deux blocs narratifs doivent être comparés et interprétés à la lumière d’un troisième bloc, de la laisse CCLXVII à la laisse CCLXXXVI, où l’on assiste à la réalisation précise de ce qui était annoncé dans les deux blocs narratifs précédents. »
LVI, 717-724
Tresvait le jur, la noit est aserie.
Carles se dort, li empereres riches.
Sunjat qu’il eret as greignurs porz de Sizer,
Entre ses poinz teneit sa hanste fraisnine.
Guenes li quens l’ad sur lui saisie.
Par tel aïr l’at estrussee e brandie
Qu’envers le cel en volent les escicles.
Carles se dort, qu’il ne s’esveillet mie.
LVII, 725-736
Aprés iceste altre avisiun sunjat:
Qu’il ert en France, a sa capele, ad Ais.
El destre braz li morst uns uers si mals.
Devers Ardene vit venir uns leuparz,
Sun cors demenie mult fierement asalt.
D’enz de sale uns veltres avalat,
Que vint a Carles lé galops e les salz.
La destre oreille al premer uer trenchat,
Ireement se cumbat al lepart.
Dient Franceis que grant bataille i ad ;
Il ne sevent liquels d’els la veintrat.
Carles se dort, mie ne s’esveillat.
Le jour s’en va, la nuit s’est faite noire.
Charles dort, l’empereur puissant.
Il eut un songe : il était aux plus grands ports de Cize ;
entre ses poings il tenait sa lance de frêne.
Ganelon le comte l’a saisie ;
si rudement il la secoue
que vers le ciel en volent des éclisses.
Charles dort ; il ne s’éveille pas.
Après cette vision, une autre lui vint.
Il songea qu’il était en France, en sa chapelle, à Aix.
Un ours très cruel le mordait au bras droit.
Devers l’Ardenne il vit venir un léopard,
qui, très hardiment, s’attaque à son corps même.
Du fond de la salle dévale un lévrier ;
il court vers Charles au galop et par bonds,
tranche à l’ours l’oreille droite et
furieusement combat le léopard.
Les Français disent : « Voilà une grande bataille ! »
Lequel des deux vaincra ? Ils ne savent.
Charles dort, il ne s’est pas réveillé [13]Turold (*), La Chanson de Roland [v. 1120 (*)] (trad. et texte établi par Joseph Bédier), Paris, H. Piazza, 1922, p. .
(*) Turoldus ou Turold : trouvère normand, auteur possible de la Chanson de Roland (XIe siècle – XIIe siècle). Plusieurs tentatives ont été faites pour identifier ce personnage, mais il ne peut l’être avec certitude. Parmi les personnes … Poursuivre.
CLXXXIV, 2525-2554
Karles se dort cum hume traveillét.
Seint Gabriel li ad Deus enveiet :
L’empereür li cumandet a guarder.
Li angles est tute noit a sun chef.
Par avisiun li ad anunciet
D’une bataille ki encuntre lui ert :
Senefiance l’en demustrat mult gref.
Carles guardat amunt envers le ciel,
Veit les tuneires e les venz e les giels
E les orez, les merveillus tempez,
E fous e flambes i est apareillez :
Isnelement sur tute sa gent chet.
Ardent cez hanstes de fraisne e de pumer
E cez escuz jesqu’as bucles d’or mier,
Fruissent cez hanstes de cez trenchanz espiez,
Cruissent osbercs e cez helmes d’acer.
En grant dulor i veit ses chevalers.
Urs e leuparz les voelent puis manger,
Serpenz e guivres, dragun e averser.
Grifuns i ad, plus de trente millers,
N’en i ad cel a Franceis ne sagiet.
E Franceis crient : « Carlemagne, aidez ! »
Li reis en ad e dulur e pitet ;
Aler i volt, mais il ad desturber :
Devers un gualt uns granz leons li vient,
Mult par ert pesmes e orguillus e fiers,
Sun cors meïsmes i asalt e requert
E prenent sei a braz ambesdous por loiter ;
Mais ço ne set liquels abat ne quels chiet.
Li emperere n’est mie esveillet.
CLXXXV, 2555-2569
Aprés icel li vien altre avisiun,
Qu’il ert en France, ad Ais, a un perrun,
En dous chaeines si teneit un brohun.
Devers Ardene veeit venir .XXX. urs,
Cascun parolet altresi cume hum,
Diseient li : « Sire, rendez le nus !
Il nen est dreiz que il seit mais od vos ;
Nostre parent devum estre a sucurs. »
De sun paleis uns veltres i acurt :
Entre les altres asaillit le greignur
Sur l’erbe verte, ultre ses cumpaignuns.
La vit li reis si merveillus estur ;
Mais ço ne set liquels veint ne quels nun.
Li angles Deu ço ad mustret al barun.
Carles se dort tresqu’al demain, al cler jur.
Charles dort en homme qu’un tourment travaille.
Dieu lui a envoyé saint Gabriel ;
il lui commande de garder l’empereur.
L’ange se tient toute la nuit à son chevet.
Par une vision, il lui annonce
une bataille qui lui sera livrée.
Il la lui montre par des signes funestes.
Charles a levé son regard vers le ciel.
Il y voit les tonnerres et les vents et les gelées,
et les orages et les tempêtes prodigieuses,
un appareil de feux et de flammes,
qui soudainement choit sur toute son armée.
Les lances de frêne et de pommier s’embrasent
et les écus jusqu’à leurs boucles d’or pur.
Les hampes des épieux tranchants éclatent,
les hauberts et les heaumes d’acier se tordent. Charles voit ses chevaliers en grande détresse.
Puis des ours et des léopards veulent les dévorer,
des serpents et des guivres, des dragons et des démons.
Et plus de trente milliers de griffons sont là,
qui tous contre les Français … (?)
Et les Français crient : « Charlemagne, à notre aide ! »
Le roi est ému de douleur et de pitié ;
il y veut aller, mais il est empêché.
D’une forêt vient contre lui un grand lion,
plein de rage, d’orgueil et de hardiesse.
Le lion s’en prend à sa personne même et l’attaque :
tous deux pour lutter se prennent corps à corps.
Mais Charles ne sait qui est dessus, qui est dessous.
L’empereur ne s’est pas réveillé.
Après cette vision, une autre lui vint :
qu’il était en France, à Aix, sur un perron,
et tenait un ours enchaîné par deux chaînes.
Du côté de l’Ardenne il voyait venir trente ours.
Chacun parlait comme un homme.
Ils lui disaient : « Sire, rendez-le nous !
Il n’est pas juste que vous le reteniez plus longtemps.
Il est notre parent, nous lui devons notre secours. »
De son palais accourt un lévrier.
Sur l’herbe verte, au-delà des autres,
il attaque l’ours le plus grand.
Là le roi regarde un merveilleux combat.
Mais il ne sait qui vainc, qui est vaincu.
Voilà ce que l’ange de Dieu a montré au baron.
Charles dort jusqu’au lendemain, au jour clair. [14]La Chanson de Roland, op. cit, p.
« Que Dante ait connu La Chanson de Roland, sous une forme plus ou moins comparable à celle que nous possédons actuellement, n’est pas une idée nouvelle [15]Angelo Mecca (op. cit., p. 223) mentionne Girolamo ARNALDI, « Carlomagno », Enciclopedia Dantesca, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1970-1978, I (1970), pp. 840-1 ; Daniela BRANCA DEL CORNO, « Romanzi arturiani », Enciclopedia Dantesca, op. cit., IV (1973), pp. 1028-30 ; Michelangelo PICONE, « Dante e la tradizione arturiana », Romanische … Poursuivre. » A cet égard, trois passages de la Comédie sont habituellement mentionnés :
Enf. XXXI, 16-18.
Dopo la dolorosa rotta, quando
Carlo Magno perdé la santa gesta,
non sonò sì terribilmente Orlando.
« Après la douloureuse défaite,
quand Charlemagne perdit son armée,
Roland ne sonna pas aussi terriblement. [16] »
Enf. XXXII, 121-123.
Gianni de’ Soldanier credo che sia
più là con Ganellone e Tebaldello,
ch’aprì Faenza quando si dormia.
« Gianni de’ Soldanieri, je crois qu’il est
plus loin avec Ganelonnerie et Tebaldello,
qui ouvrit Faenza quand tout dormais. [16] »
Par. XVIII, 43-45.
Così per Carlo Magno e per Orlando
due ne seguì lo mio attento sguardo,
com’occhio segue suo falcon volando.
Poscia trasse Guiglielmo e Rinoardo
e ’l duca Gottifredi la mia vista
per quella croce, e Ruberto Guiscardo.
« Ainsi pour Charlemagne et pour Roland
mon regard attentif en suivit deux
comme l’œil suit un faucon volant.
Puis Guillaume et Rainouard
met le duc Godefroi tirèrent ma vue
par cette croix, et Robert Guiscard. [16] »
Angelo Mecca conclut des différents passages cités (Enf. XXXI 16-18, XXXII 121-123 ; Par. XVIII 43-45.) qu’ils démontrent le fait que Dante connaissait « une série de cycles épiques centrés sur les figures de Charlemagne et Roland […]. En supposant que Dante connaissait une ou plusieurs chansons sur Roland, comme le montre le passage du Paradis, les deux passages de l’Enfer nous disent plutôt que ces œuvres chantaient déjà la déroute de Roncevaux provoquée par la trahison de Gano et de l’oliphant… de Roland. À ces passages devrait peut-être s’ajouter la description de Manfred dans Purg. III, 107 : « [il était blond et beau et de noble apparence […] [16]« […] biondo era e bello e di gentile aspetto […] » » qui, dans la structure et l‘ordre des mots, rappelle le v. 2278 (laisse CLXVIII) de la Chanson de Roland : « Bel fut et forz et de grant vasselage », vers qui fait aussi précisément référence au veltro Théodoric d’Anjou [17]Natalino Sapegno évoque une autre source possible pour l’évocation de la physionomie de Manfred dans le vers extrait du Purgatoire : la description de David donnée dans le quatrième livre de Samuel (16, 12) : « erat autem rufus et pulcher aspectu decoraque facie » (« or il était blond, d’une mine avantageuse, et il avait le visage fort beau »). Voir Dante Alighieri, Divina … Poursuivre. Ce sont des indices notables qui permette de soutenir que Dante connaissait le texte du Roland “grosso modo” tel que nous le possédons aujourd’hui. »
Notes
| 1↑ | Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, « Chant I », notule p. 859. |
|---|---|
| 2↑ | La lonce (lonza) : félin semblable au lynx, symbole de la luxure.
« Ed ecco, quasi al cominciar de l’erta, « Mais voici, presque au début de la montée, Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enf. I, 30-36, p. 6. |
| 3↑ | Le lion (leone) représente allégoriquement l’orgueil :
« Questi parea che contra me venisse « II me semblait qu’il venait contre moi Dante ALIGHIERI, op. cit., I, 46-49, p. 6. |
| 4↑ | La louve (lupa) représente le plus grave des vices des vivants : l’avidité, la soif irrésistible de posséder.
« Ed una lupa, che di tutte brame « Et une louve, qui paraissait dans sa maigreur Ibid., I, 49-60, p. 6. |
| 5↑ | Vautre : « chien de chasse » (traduction de l’italien médiéval veltro qui indiquait un chien de chasse dressé et rapide comme un lévrier, ou du latin tardif vertagus qui désigne une espèce de chien lévrier). |
| 6↑ | Voir note |
| 7↑ | « Lorsque Dante, vers 1304-1308, s’apprêtait à écrire le premier chant de son poème, je crois qu’il “imita” le passage de la Chanson de Roland, acceptant probablement aussi ses exigences idéologiques. […] à ce stade chronologique, Dante ne pouvait pas penser à une personne réelle pour son “veltro” ; cependant, il est plausible que, précisément à partir de la figure de Roland, il ait pensé de manière générique à un personnage lié à l’Empire par de forts liens de vassalité. Dans ce cas il sera bon d’accepter au v. 105 la conjecture graphique vaguement évoquée par Pietro di Dante, « et sa nation sera entre Feltro et Feltro » au lieu de « entre feutre et feutre » , tel qu’il apparaît dans le soi-disant Serventese Romagnolo de 1277 […] ; dans le texte en question les vv. 41-44 […] où apparaissent les rimes Feltro / veltro / peltro, mais Feltro a une valeur géographique. La référence de Dante sera interprétée selon les coordonnées géographiques de Feltre (en Vénétie) et de Montefeltro (en Romagne), et indiquera le nord de l’Italie dans son ensemble, une région à partir de laquelle, en raison des conditions historiques objectives de l’époque, on pouvait le plus attendez-vous à un puissant seigneur local, vassal de l’empereur et « santé » de « l’humble Italie ». Angelo Eugenio MECCA, « Il veltro di Dante e la Chanson de Roland », Nuova Rivista di Letteratura Italiana 5, 2002, p. 225. |
| 8↑ | Dante ALIGHIERI, op. cit.. I, 94-111, p. 9. |
| 9↑ | Dans l’Enfer dantesque (I, 94-111), la prophétie de l’avènement du « veltro » semble directement liée au vers de la Chanson de Roland (LVI 717-724, LVII 725-736, CLXXXIV 2525-2554, CLXXXV 2555-2569) qui racontent les visions dans lesquelles Charlemagne rêve d’être défendu par un vaultre. L’auteur cite les passages de la Comédie qui viennent confirmer la connaissance par Dante de la Chanson (Enf. XXXI 16-18, XXXII 121-123 ; Par. XVIII 43-45) et mentionne l’identification du « veltro » de Charlemagne avec un personnage réel, circonstance qui ne se vérifie pas dans le cas de Dante. |
| 10↑ | « Questi non ciberà terra né peltro, ma sapienza, amore e virtute » (Enf. I, 103-104), voir citation complète ci-dessus. |
| 11↑ | Angelo Eugenio MECCA, « Il veltro di Dante e la Chanson de Roland », Nuova Rivista di Letteratura Italiana 5, 2002, pp. 213-226. |
| 12↑ | Une laisse est une unité sémantique et musicale surtout employée dans la littérature médiévale, notamment dans les chansons de geste dont elle constitue une subdivision. Il s’agit une suite de vers qui, à la différence de la strophe :
|
| 13↑ | Turold (*), La Chanson de Roland [v. 1120 (*)] (trad. et texte établi par Joseph Bédier), Paris, H. Piazza, 1922, p. .
(*) Turoldus ou Turold : trouvère normand, auteur possible de la Chanson de Roland (XIe siècle – XIIe siècle). Plusieurs tentatives ont été faites pour identifier ce personnage, mais il ne peut l’être avec certitude. Parmi les personnes considérées, on cite Turold, abbé de Peterborough († 1098) et Turold d’Envermeu, évêque de Bayeux de 1097 à 1104. |
| 14↑ | La Chanson de Roland, op. cit, p. |
| 15↑ | Angelo Mecca (op. cit., p. 223) mentionne Girolamo ARNALDI, « Carlomagno », Enciclopedia Dantesca, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1970-1978, I (1970), pp. 840-1 ; Daniela BRANCA DEL CORNO, « Romanzi arturiani », Enciclopedia Dantesca, op. cit., IV (1973), pp. 1028-30 ; Michelangelo PICONE, « Dante e la tradizione arturiana », Romanische Forschungen, XCIV (1982), pp. 1-18. |
| 16↑ | « […] biondo era e bello e di gentile aspetto […] » |
| 17↑ | Natalino Sapegno évoque une autre source possible pour l’évocation de la physionomie de Manfred dans le vers extrait du Purgatoire : la description de David donnée dans le quatrième livre de Samuel (16, 12) : « erat autem rufus et pulcher aspectu decoraque facie » (« or il était blond, d’une mine avantageuse, et il avait le visage fort beau »). Voir Dante Alighieri, Divina Commedia. Inferno (a cura di Natalino Sapegno), Florence, La Nuova Italia, 1999. |
