Bartolomeo di Fruosino (Florence, 1366 ou 1369 – 1441)
The Montauri Birth Tray (Plateau de naissance Montauri), 1428.
Inscriptions :
- (au recto, sur la marche grise) : « QUESTO SI FE A DI XXV DAPRILE NEL MILLE QUATTROCENTO VENTOTTO [1]« Ceci fut fait le 25 avril 1428. »
- (au verso, tout autour) : « FACCIA IDDIO SANA OGNI DONNA CHFFIGLIA EPADRI LORO… RO… ERNATO SIA SANZA NOIA ORICHDIA ISONO UNBANBOLIN CHESULI… A DIMORO FO LAPISCIA DARIENTO EDORO » [2]« Que Dieu donne la santé à toute femme qui accouche et au père de l’enfant… que [l’enfant] naisse sans fatigue ni danger. Je suis un nourrisson qui vit sur un [rocher]… et je fais de l’urine (piscia) d’argent et d’or. »
Tempéra, or et argent sur panneau, diamètre : 59 cm.
Provenance : œuvre peut-être été commandée par Tommaso di Paolo Montauri (documenté entre 1437 et 1469), Sienne, à l’occasion de la naissance de son fils Paolo di Tommaso Montauri.
Collection privée. Anciennement New York, The Metropolitan Museum of Art (dépôt de la New York Historical Society).
Peint par Bartolomeo di Fruosino, et très précisément du 25 avril 1428, ce plateau de naissance (desco da parto) est l’un des plus anciens connus à ce jour, et fournit des informations importantes sur l’évolution de cette forme particulière d’objet d’art. Sur un plan iconographique, il appartient à un type peu fréquent et très particulier. Au lieu d’illustrer une allégorie, un sujet antique ou biblique, ou encore une scène chevaleresque, l’image représentée est celle d’un événement familier, tel qu’il pouvait se présenter en Toscane au début du Quattrocento : la naissance d’un enfant et la cérémonie qui l’accompagnait. Dans cette scène [3]La scène de naissance semble être une copie fidèle d’un dessin de Lorenzo Monaco représentant la Naissance et la nomination de Jean-Baptiste., la mère qui vient d’accoucher se repose, pendant que les nourrisses s’occupent du nouveau-né. Vêtue d’un mantello da parto (manteau d’accouchement) de couleur rouge, fermé par une agraphe précieuse, elle est allongée sur une litière (lettiera), sorte de plate-forme avec tête de lit sur laquelle est placé un matelas. Derrière elle, deux jeunes femmes apportent mets et boissons sur des plateaux du même type que ceux appellés deschi da parto, utilisés lors de la cérémonie qui suit immédiatement l’accouchement [4]Ces plateaux de marqueterie, de bois brut ou de métal étaient utilisés dans un but purement fonctionnel – livrer de la nourriture et des boissons à la femme en couche -, tandis que les plateaux richement peints et ornés étaient commandés ou achetés dans le commerce comme objets décoratifs commémoratifs destinés à être exposés dans la chambre ou une autre pièce de la maison.. Au premier plan, plusieurs femmes entrent dans la chambre à coucher pour féliciter la mère et admirer l’enfant. Les hommes n’étaient pas autorisés à entrer dans la chambre pendant plusieurs jours après l’accouchement ; c’est pourquoi la seule masculine représentée dans la scène – peut-être le père de l’enfant – est agenouillée dans l’embrasure de la porte de droite. Une sage-femme emmaillote le nouveau-né sur ses genoux tandis qu’une autre tente de distraire l’enfant et qu’une troisième joue de la harpe. Un groupe de personnes rassemblées devant la porte de gauche est venu porter des cadeaux à la mère et à son nouveau-né. Le rendu de la structure architecturale de la maison ainsi que sa relation avec l’espace environnant conservent une candeur propre aux images médiévales, ainsi que leur goût pour les symboles : la maison se dresse dans un paysage de collines à l’arrière-plan desquelles, au sommet de la composition, un bateau, symbole fréquent du voyage de la vie, navigue sur un lac aux eaux parfaitement calmes.
Au verso, l’iconographie est encore plus inhabituelle. L’inscription élaborée qui longe le bord du plateau explicite le sens de l’image en invoquant Dieu pour la bonne santé et la prospérité de la mère, comme du père et de l’enfant : « Que Dieu accorde la santé… [5]Voir note 2.. » L’unique figure, qui occupe l’essentiel de la surface disponible, représente un enfant nu, de sexe masculin, assis sur un rocher. Le bambin porte une amulette de corail autour du cou et tient un moulinet dans sa main droite. Sous sa jambe gauche, ce qui semble être une épée a pu être identifié comme un cheval de bataille. Cet enfant nu, véritable putto pissatore (angelot pissant), est en train d’uriner et projette un jet d’argent et d’or. Si la signification exacte de cette image demeure aujourd’hui inconnue, il se pourrait qu’elle illustre un proverbe depuis longtemps oublié, relatif à la fertilité ou à la bonne fortune, telles les images du même type que l’on peut voir au verso d’autres œuvres similaires [6]Voir, par exemple, le plateau peint par Masaccio de la Gemäldegalerie (Berlin).. Le motif se développera à partir du siècle suivant avec le développement d’un goût croissant pour l’érotisme en lien avec la redécouverte de la littérature antique [7]Voir, par exemple : Lorenzo Lotto, Venus and Cupid. New York, The Metropolitan Museum of Art..
Cette iconographie inhabituelle prend une signification particulière lorsque l’on considère l’identité du probable commanditaire de l’objet. Bien que les armoiries figurant au recto semblent avoir été effacées – peut-être n’ont-elles jamais été achevées –, les deux blasons peints au verso sont parfaitement lisibles. À gauche, les armes maternelles n’ont pas encore été identifiées. En revanche, celles du père, à droite (un taureau rampant sur six montagnes, une sur deux, deux sur trois), sont celles de la famille Montauri de Sienne. En 1994, Laurence Kanter a été la première à suggérer que la présent plateau pouvait avoir été commandé à l’occasion de la naissance de Paolo di Tommaso Montauri, le fils d’un célèbre orfèvre du nom de Tommaso di Paolo Montauri. Non seulement la naissance de Paolo correspond avec la date inscrite du 25 avril 1428, mais l’imagerie de l’urine d’argent et d’or prendrait alors une signification encore plus personnelle, étant peut-être non seulement un présage de bonne santé, mais aussi une référence pertinente à la fois à la situation actuelle du père et à celle, future, de son fils nouveau-né.
Notes
| 1↑ | « Ceci fut fait le 25 avril 1428. » |
|---|---|
| 2↑ | « Que Dieu donne la santé à toute femme qui accouche et au père de l’enfant… que [l’enfant] naisse sans fatigue ni danger. Je suis un nourrisson qui vit sur un [rocher]… et je fais de l’urine (piscia) d’argent et d’or. » |
| 3↑ | La scène de naissance semble être une copie fidèle d’un dessin de Lorenzo Monaco représentant la Naissance et la nomination de Jean-Baptiste. |
| 4↑ | Ces plateaux de marqueterie, de bois brut ou de métal étaient utilisés dans un but purement fonctionnel – livrer de la nourriture et des boissons à la femme en couche -, tandis que les plateaux richement peints et ornés étaient commandés ou achetés dans le commerce comme objets décoratifs commémoratifs destinés à être exposés dans la chambre ou une autre pièce de la maison. |
| 5↑ | Voir note 2. |
| 6↑ | Voir, par exemple, le plateau peint par Masaccio de la Gemäldegalerie (Berlin). |
| 7↑ | Voir, par exemple : Lorenzo Lotto, Venus and Cupid. New York, The Metropolitan Museum of Art. |



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