
‘Peintre de la Sirène’ [1]Du nom du vase éponyme.
Odysseus Sirens (Ulysse et les Sirènes), v. 480-470 av. J.-C.
Stamnos attique à figures rouges, h. : 34 cm ; l. : 38 cm ; prof. : 29 cm.
Inscriptions :
- (au-dessus de la Sirène de gauche, qui bat des ailes ) : « ΗΙΜEPΟΠΑ » [2]Himéropa (ηιμeropα ou himeropa) : « Douce » (nom de la sirène).
Provenance : Vulci.
Londres, British Museum.
Le sujet représenté sur la panse du stamnos [3]Voir : « Les vases de céramique grecs : formes, fonctions, décors. » illustre le célèbre épisode mythologique raconté par Homère au chant XII de l’Odyssée. Circé a averti Ulysse [4]« Maintenant, écoute ce que je vais te dire. Un Dieu lui-même fera que tu t’en souviennes. Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure, et ne se réjouiront. Les Sirènes le charment par leur chant harmonieux, … Poursuivre : lors de son retour de l’île d’Aiaié, demeure de la magicienne, sa route le fera passer au large de l’île des Sirènes, dont le charme est mortel. Tout marin imprudent qui s’attarde en écoutant leur chant est condamné à ne jamais revoir son épouse, ses enfants ni sa terre. Ensorcelé par leurs voix, il se consume à les écouter. Il ne reste bientôt plus de lui qu’une dépouille en décomposition sur le rivage.
Quand le vaisseau d’Ulysse approche de l’île, le vent tombe brusquement [5]« Mais tout à coup le vent s’apaise, le calme se répand dans les airs, et les flots sont assoupis par un dieu. Les rameurs se lèvent, plient les voiles, et les déposent dans le creux navire ; puis ils s’asseyent sur les bancs et font blanchir l’onde de leurs rames polies et brillantes. Aussitôt je tire mon glaive d’airain et je divise en morceaux une grande … Poursuivre. L’équipage prend les rames et le bateau avance lentement. Ulysse prépare des morceaux de cire de miel pétrie et les place dans les oreilles de ses hommes, de manière à les rendre sourds à la voix des Sirènes. Lui seul veut entendre mais, prudent, il se fait attacher au mât. Le chant parvient enfin jusqu’à lui. Les Sirènes lui promettent un savoir plus grand : « Viens, Ulysse fameux, gloire éternelle de la Grèce, arrête ton navire afin d’écouter notre voix ! / Jamais aucun navire noir n’est passé par là sans écouter de notre bouche de doux chants. / Puis on repart, charmé, lourd d’un plus lourd trésor de science. / Nous savons en effet tout ce qu’en la plaine de Troie les Grecs et les Troyens ont souffert par ordre des dieux, / Nous savons tout ce qui advient sur la terre féconde […]. » [6]Homère, Odyssée, Chant XII.
Ulysse voudrait s’arrêter. Il s’agite. Ses hommes, qui le voient ainsi mais ne l’entendent pas, vont bientôt s’approcher de lui, comme convenu plus tôt, afin de resserrer ses liens. Lentement, le navire s’éloignera. Ulysse découvrira alors l’envers de ce décor séducteur : les os de corps décomposés dont les chairs pourrissent. La promesse de savoir était un piège mortel.
Conformément au récit d’Homère, Ulysse est représenté debout, attaché au mat de son navire pour ne pas succomber aux chants mortels des Sirènes. Ces dernières, au nombre de trois, sont représentées sous la forme d’êtres hybrides à corps de rapace et à tête de femmes. Tandis que deux d’entre elles sont perchées sur des nuages, l’une battant des ailes, l’autre se tenant immobile et les ailes repliées, la troisième se jette du haut de la falaise et tombe vers le navire d’Ulysse, la tête la première et les yeux fermés, comme si elle était déjà morte [7]Le suicide des sirènes est associé à la légende selon laquelle, si un navire passait sans encombre, elles devaient mettre un terme à leurs jours.. Le long du bastingage du navire se déploie un alignement de quatre marins ramant aux ordres d’un timonier assis à l’avant du navire.
Outre son intérêt quant à son illustration d’un des plus célèbres épisodes de l’Odyssée, le vase d’Ulysse et des Sirènes est aussi intéressant pour les informations concernant les croyances communes des Grecs au Ve siècle av. J.-C. Car si ce vase a bien été fabriqué au cœur de la Grèce (à Athènes, sans doute dans le quartier du Céramique), il a été découvert dans une tombe de Vulci (Étrurie, dans la région du Latium, en Italie), une région colonisée par les populations grecques depuis le VIIe siècle av. J.-C. Ainsi, ce vase à figures rouges, avec son décor historié, témoigne du fait que les Grecs (d’Athènes ou de Vulci) avaient les mêmes croyances et le même mode de vie.
Notes
| 1↑ | Du nom du vase éponyme. |
|---|---|
| 2↑ | Himéropa (ηιμeropα ou himeropa) : « Douce » (nom de la sirène). |
| 3↑ | Voir : « Les vases de céramique grecs : formes, fonctions, décors. » |
| 4↑ | « Maintenant, écoute ce que je vais te dire. Un Dieu lui-même fera que tu t’en souviennes. Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure, et ne se réjouiront. Les Sirènes le charment par leur chant harmonieux, assises dans une prairie, autour d’un grand amas d’ossements d’hommes et de peaux en putréfaction. Navigue rapidement au delà, et bouche les oreilles de tes compagnons avec de la cire molle, de peur qu’aucun d’eux entende. Pour toi, écoute-les, si tu veux ; mais que tes compagnons te lient, à l’aide de cordes, dans la nef rapide, debout contre le mât, par les pieds et les mains, avant que tu écoutes avec une grande volupté la voix des Sirènes. Et, si tu pries tes compagnons, si tu leur ordonnes de te délier, qu’ils te chargent de plus de liens encore. » Homère, Odyssée, XII, 38 et suiv. |
| 5↑ | « Mais tout à coup le vent s’apaise, le calme se répand dans les airs, et les flots sont assoupis par un dieu. Les rameurs se lèvent, plient les voiles, et les déposent dans le creux navire ; puis ils s’asseyent sur les bancs et font blanchir l’onde de leurs rames polies et brillantes. Aussitôt je tire mon glaive d’airain et je divise en morceaux une grande masse de cire que je presse fortement entre mes mains ; la cire s’amollit en cédant à mes efforts et à la brillante lumière du soleil, fils d’Hypérion, puis j’introduis cette cire dans les oreilles de tous mes guerriers. Ceux-ci m’attachent les pieds et les mains au mât avec de fortes cordes ; ils s’asseyent et frappent de leurs rames la mer blanchissante. » HOMÈRE, Odyssée, XII, 168 et suiv. |
| 6↑ | Homère, Odyssée, Chant XII. |
| 7↑ | Le suicide des sirènes est associé à la légende selon laquelle, si un navire passait sans encombre, elles devaient mettre un terme à leurs jours. |

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