La céramique [1]Le nom céramique vient du grec kéramikos (argile), d’où le nom de céramique donné au produit de cet artisanat., témoignage fondamental pour la compréhension des civilisations anciennes, est le fossile directeur de l’archéologue [2]L’argile est un matériau qui se conserve extrêmement bien et que l’on peut dater, sa production étant sujette aux évolutions, notamment stylistiques. La majorité des vases grecs a été trouvée lors de fouilles de maisons privées, de sanctuaires, de nécropoles ou dans des épaves en mer. et nous renseigne sur la vie publique et privée des Grecs (société, croyances, relations commerciales, échanges).

Formes des céramique grecques [3]Voir Hermann WEISS, Histoire de la culture des peuples du monde. La Grèce ancienne (История культуры народов мира. Древняя Греци), Moscou, 1903. Cette édition unique en son genre répertorie les costumes, les armes, les meubles, les articles ménagers et les structures architecturales des peuples de toute la planète. L’auteur de cette œuvre … Poursuivre.
Il existe différentes formes de céramique grecque antique car toutes ont été créées pour remplir une fonction précise. [4]Les Grecs possèdent une multitude de récipients, aux formes variables dans le temps et dans l’espace ; certains apparaissant ou disparaissant au fil du temps. Pour des besoins de classement, on distingue désormais ces différents récipients suivant leur forme en leur donnant des noms précis. Cependant, si un vase peut aujourd’hui être classé comme aryballe ou alabastre, … Poursuivre Certains vases, les plus rudimentaires, sont réservés aux usages quotidiens, d’autres, les plus riches, sont employés à l’occasion de fêtes civiques (banquet, jeux) et dans un contexte funéraire. Ces différentes utilisations peuvent être perçues à travers le travail de la céramique plus ou moins grossier et dans le travail plus ou moins soigné du décor. En Grèce antique, la céramique est une vaisselle essentiellement destinée au service du vin et aux soins du corps. Parmi toutes les formes de céramiques grecques, les exemples les plus abondants se rencontrent dans la vaisselle du vin. Il est à noter que le service du vin comprend des vases réservés à contenir le vin lui-même, d’autres, à contenir l’eau, et enfin des vases qui permettent de mélanger ces deux liquides, car le vin grec ne se boit pas pur mais coupé avec de l’eau.
1. ALABASTRE ; 2. AMPHORE ; AMPHORE PANATHÉNAÏQUE ; AMPHORISQUE ; 3. ARYBALLE ; 4. ASKOS ; CALATHOS ; 5. CANTHARE ; CARCHÉSION (KARCEISON) ; 6. COTYLE ; 7. CRATÈRE ; CRATÈRE À COLONNETTES (KÉLÉBÉ) ; CRATÈRE À VOLUTES ; CRATÈRE EN CLOCHE ; CRATÈRE EN CALICE ; 8. DINOS ; 9. épichysis ; 10. GUTTUS ; 11. HYDRIE (KALPIS) ; 12. KERNOS ; 13. KYATHOS ; 14. KYLIX ; 15. LÉBÈS ; 16. LÉBÈS GAMIKOS ; 17. LÉCYTHE ; 18. LÉKANIS ; 19. LOUTROPHORE ; 20. MARMITE. 21. MASTOS ; 22. ŒNOCHOÉ ; 23. OLPÈ ; Oxybaphe : 24. PÉLIKÉ ; 25. PHIALE ; 26. PITHOS ; 27. PLÉMOCHOÉ ; 28. PSYKTER ; 29. PYXIDE ; 30. PYXIDE TYPE A ; 31. RHYTON ; 32. SKYPHOS ; 33. SKYPHOS MASTOÏDE ; 34. STAMNOS ; 35. Urne CINÉRAIRE
Fonctions
L’usage des vases diffère selon leur forme et il existe différents vases pour chaque usage : vase à conserver, vase à verser, vase à boire, vase pour la toilette, vases à usages particuliers.
| VASES À CONSERVER (ET À TRANSPORTER) | amphore, cratère, hydrie, kalpis, lébès gamikos, loutrophore, péliké |
| VASES DE SERVICE A VIN ET DE MÉLANGE DE L’EAU ET DU VIN | dinos, cratère (à colonnettes, à volutes, en cloche ou en calice), stamnos |
| VASES À VERSER | askos, épichysis, kyathos, lagynos, œnochoé, olpé, phiale |
| VASES À BOIRE | canthare, skyphos, kylix, plémochoé, rhyton, skyphos |
| VASES À CUIRE ET MIJOTER | marmite |
| VASES À MESURER | cotyle, oxybaphe |
| VASES À USAGE PARTICULIER | amphorisque, alabastre, aryballe, guttus, lékané, lécythe (lécythe aryballisque), urne cinéraire |
Décor
Le vase, s’il est fonctionnel, est également un objet esthétique auquel sa fonctionnalité elle-même contribue généralement. Son décor permet à l’histoire de l’art d’évaluer les techniques artistiques. En archéologie, d’autre part, sa datation est rendue possible. Les styles des vases grecs sont découverts par John Beazley [5]Sir John Davidson Beazley (Glasgow, 1885 – Oxford 1970) : archéologue et historien de l’art britannique, professeur à l’université d’Ixford de 1925 à 1956. Il est connu pour sa classification des vases attiques en fonction de leur style artistique. et John Boardman [6]Sir John Boardman (Ilford, 1927 – Woodstock, 2024) : archéologue et historien de l’art grec. Il est l’auteur d’un classement l’art du monde antique en zones environnementales., son successeur à la chaire de Lincoln Professor of Classical Archaeology and Art à l’Université d’Oxford [7]Lincoln Professor of Classical Archaeology and Art : nom d’une chaire de l’Université d’Oxford associée au Lincoln College d’Oxford., de 1978 à 1994. En 1908, la classification des vases est synthétisée et l’on attribue aux vases des noms de convention (Beazley) car la majorité des vases n’a pas de signature propre au céramiste.
Les anciens Grecs fabriquaient pour un usage quotidien [8]Les trophées gagnés aux jeux sont des exceptions. les poteries aujourd’hui exposées dans les musées. La plus grande partie de ces poteries est constituée de récipients, de bols de libation, de cruches et de coupes. Des urnes funéraires peintes ont également été retrouvées. Au cours des périodes les plus reculées, même les petites cités produisaient des poteries destinées au marché local, ce qui explique la variété des styles et des modèles qui en résultèrent. Vers la fin de la période archaïque et le début de la période classique, cependant, Corinthe et Athènes dominèrent le marché de la poterie. Leur production fut exportée vers tout le monde grec, chassant les variétés locales [9]Des productions de Corinthe et Athènes ont été retrouvées de l’Espagne à l’Ukraine et elles sont si communes en Italie qu’au XVIIIe siècle, elles furent classées parmi les œuvres étrusques. La plupart de ces poteries sont des productions de masse, de qualité inférieure. À partir du IVe siècle av. J.-C., la poterie devint une … Poursuivre.
L’époque archaïque « historique » débute quand s’épanouit dans l’art la période dite « géométrique », qui va, grosso modo de 900 à 700 av. J.-C., et est elle-même précédée d’une période « protogéométrique », d’environ 1050 à 900 av. J.-C. Cette dernière doit uniquement son nom au fait qu’elle précède le géométrique et non du fait de son style. L’art géométrique est ainsi nommé en raison des décors sur les céramiques peintes de la période, peints en noir sur fond clair, constitués de bandes et cadres ornés de motifs géométriques, notamment des cercles tracés au compas, des lignes ondulées, des méandres, des carrés, losanges, etc. Dans sa phase récente (v. 760-700), le répertoire s’enrichit de figures humaines et animales stylisées, qui permettent de réaliser des scènes narratives (funérailles, batailles, peut-être déjà des mythes). Les historiens de l’art décèlent pour cette dernière phase les styles d’artistes anonymes ou du moins d’ateliers, comme le ‘Maître du Dipylon’ et le ‘Peintre de Hirschfeld’, tous deux originaires d’Attique, la région à partir de laquelle ce style a été élaboré et où il est le plus ancré. Il se répand surtout dans le monde grec au VIIIe siècle. [10]Le style protogéométrique peut cependant durer plus longtemps dans certaines régions. La Crète est la première à expérimenter un « proto-orientalisme » (ou « protogéométrique B »).
L’histoire de la poterie archaïque peut être divisée en périodes qui diffèrent essentiellement sur un plan stylistique :
- Époque protogéométrique (à partir d’environ 1050 av. J.-C. – 900 av. J.-C.).
Les vases de la période protogéométrique forment la majeure partie du témoignage artistique sur le début des « siècles obscurs » [11]S’agissant de la terminologie « siècles obscurs », ou Dark ages, « […] la formule n’est pas sans vertus, à condition de l’utiliser avec un minimum de rigueur. Notons d’abord qu’elle n’a pas son origine dans l’étude du Moyen Âge occidental, mais dans celui de la Grèce antique. Depuis le début du XXe siècle au moins, on désigne en effet sous ce nom la … Poursuivre. La grande sculpture n’est pas encore connue, et la peinture murale manque d’un élément essentiel pour son développement: des supports muraux dignes de ce nom. Énormément d’autres formes artistiques (gravure de l’ivoire, joaillerie, travail des métaux) subissent une récession identique.
Au contraire, la production céramique n’est pas éteinte, surtout à Athènes. Les vases sont décorés de motifs en vernis noir brillant issu de l’âge du bronze. Ils reprennent quelquefois des motifs mycéniens (lignes ondulantes tracées à la main), mais de nouveaux motifs (demi-cercles, cercles concentriques) sont dessinés avec davantage de soin, au compas ou au peigne. La décoration reste simple et s’adapte à la forme du vase en soulignant les formes par des traits horizontaux larges ou des bandes noires.
- Époque géométrique (à partir d’environ 900 av. J.-C.)
La période géométrique s’étend de 900 à 700 av. J.-C. Elle tire son nom du style décoratif de la poterie, dominé par des vases sans fond utilisés lors des rituels funéraires. Les thèmes liés à la mort sont également fréquents.
La chronologie de la période géométrique repose sur l’évolution de la céramique, élément dont un grand nombre de pièces a survécu. Elle peut être à son tour divisée en trois périodes [12]Une autre chronologie, plus détaillée (*), divise la période géométrique de la manière suivante : Géométrique ancien (900-850 av. J.-C.) Géométrique moyen I (850-800 av. J.-C.) Géométrique moyen II (800-760 av. J.-C.) Géométrique récent I (760-735 av. J.-C.) Géométrique récent II (735-700 av. J.-C. Michael Harold Laughy (2010), « Ritual and Authority in … Poursuivre
Géométrique ancien (900-800 av. J.-C.)
Le changement le plus important par rapport à la période protogéométrique se manifeste dans le décor : la ligne courbe est abandonnée au profit de lignes droites. Des représentations figuratives d’animaux et de personnages apparaissent, tandis que le décor gagne du terrain sur le récipient (horror vacui). Le fond noir émaillé est préservé.
Géométrique moyen (800-760 av. J.-C.)
Deux innovations typologiques se font jour : d’une part, des chevaux apparaissent en guise de boutons sur les couvercles des pyxides. Ces chevaux présentent des formes géométriques très schématiques. D’autre part, la forme de la cruche apparaît inédite. Le décor commence à recouvrir toute la surface par de multiples bandes de motifs répétés (méandres, métopes, zigzags, frettes, svastikas, damiers et losanges).
Géométrique récent (760-700 av. J.-C.)
De grands récipients furent produits, mesurant parfois plus d’un mètre et demi. À cette époque, un fond clair prédomine, contrairement aux périodes précédentes. Le décor est présenté en continu ou sous forme de métopes séparées par des triglyphes. Les représentations figuratives se généralisent, d’abord d’animaux, puis d’humains, isolés ou composant des scènes. Oiseaux, cerfs, capridés et chevaux ont été identifiés, tous dans des attitudes stéréotypées, presque héraldiques, et sans concession au détail.
Le premier artiste de la céramique grecque individualisé est identifié sous le pseudonyme du Maître du Dipylon, dont l’atelier est à l’origine de vingt vases funéraires découverts dans la nécropole de Dipylon ou de la Céramique à Athènes. Son style se caractérise par l’utilisation d’une frise continue dans le décor des récipients, parmi lesquels se distingue l’amphore 804 conservée au Musée archéologique national d’Athènes. Le Peintre de Hirschfeld, techniquement plus avancé que le Peintre de Dipylon, a également été distingué. Ses œuvres les plus connues sont le cratère 990 du Musée Archéologique National d’Athènes et le cratère du Metropolitan Museum of Art de New York.
Époque orientalisante vers 725 – vers 600 av. J.-C.
Époque archaïque couvre une grande part de l’époque géométrique, de l’époque orientalisante et celle de la céramique à figures noires
- Période de la céramique attique à figures noires (à partir de 700 av. J.-C.)
La figure noire consiste à peindre les figures sur l’argile de couleur naturelle, plus ou moins claire, à l’aide de barbotine ; un engobe peut être utilisé pour modifier la teinte de la céramique. Il s’agit généralement de peindre les motifs souhaités sur le fond : les détails sont ensuite réalisés à l’aide d’incisions ou de rehauts de peinture blanche ou rouge.
- Période de la céramique à figures rouges (à partir de 530 av. J.-C.)
A la différence de la figure noire, la figure rouge est obtenue en peignant à la barbotine le fond des scènes tout en gardant en réserve les formes des motifs que l’on souhaite y représenter. Lors de la cuisson le fond devient noir et ce sont les zones mises en réserve qui se détachent par leur couleur naturellement rouge.
La gamme de couleurs qui pouvait être utilisée sur les poteries était restreinte par les techniques de cuisson : noir, blanc, rouge et jaune étaient les couleurs les plus courantes. Pendant les trois premières périodes, les poteries gardent leur couleur naturelle claire avec quelques motifs noirs.
Vases plastiques

Notes
| 1↑ | Le nom céramique vient du grec kéramikos (argile), d’où le nom de céramique donné au produit de cet artisanat. |
|---|---|
| 2↑ | L’argile est un matériau qui se conserve extrêmement bien et que l’on peut dater, sa production étant sujette aux évolutions, notamment stylistiques. La majorité des vases grecs a été trouvée lors de fouilles de maisons privées, de sanctuaires, de nécropoles ou dans des épaves en mer. |
| 3↑ | Voir Hermann WEISS, Histoire de la culture des peuples du monde. La Grèce ancienne (История культуры народов мира. Древняя Греци), Moscou, 1903. Cette édition unique en son genre répertorie les costumes, les armes, les meubles, les articles ménagers et les structures architecturales des peuples de toute la planète. L’auteur de cette œuvre rare est l’artiste et historien de la culture allemand Hermann Weiss (1822-1897), qui fut professeur à l’Académie des Arts de Berlin. On peut y voir comment ces peuples s’habillaient, ce qu’ils mangeaient et buvaient, où ils vivaient ou encore avec quoi les Égyptiens, les Sumériens, les Scythes, les Gaulois, les Celtes, le clergé, les empereurs et les chevaliers se défendaient. Les nombreuses illustrations ont une valeur particulière car elles sont réalisées par l’auteur lui-même à partir d’originaux, dont la plupart sont perdus. |
| 4↑ | Les Grecs possèdent une multitude de récipients, aux formes variables dans le temps et dans l’espace ; certains apparaissant ou disparaissant au fil du temps. Pour des besoins de classement, on distingue désormais ces différents récipients suivant leur forme en leur donnant des noms précis. Cependant, si un vase peut aujourd’hui être classé comme aryballe ou alabastre, les Grecs étaient probablement beaucoup moins stricts dans leurs appellations. |
| 5↑ | Sir John Davidson Beazley (Glasgow, 1885 – Oxford 1970) : archéologue et historien de l’art britannique, professeur à l’université d’Ixford de 1925 à 1956. Il est connu pour sa classification des vases attiques en fonction de leur style artistique. |
| 6↑ | Sir John Boardman (Ilford, 1927 – Woodstock, 2024) : archéologue et historien de l’art grec. Il est l’auteur d’un classement l’art du monde antique en zones environnementales. |
| 7↑ | Lincoln Professor of Classical Archaeology and Art : nom d’une chaire de l’Université d’Oxford associée au Lincoln College d’Oxford. |
| 8↑ | Les trophées gagnés aux jeux sont des exceptions. |
| 9↑ | Des productions de Corinthe et Athènes ont été retrouvées de l’Espagne à l’Ukraine et elles sont si communes en Italie qu’au XVIIIe siècle, elles furent classées parmi les œuvres étrusques. La plupart de ces poteries sont des productions de masse, de qualité inférieure. À partir du IVe siècle av. J.-C., la poterie devint une industrie et la peinture sur poterie cessa d’être une forme d’art de premier plan. |
| 10↑ | Le style protogéométrique peut cependant durer plus longtemps dans certaines régions. |
| 11↑ | S’agissant de la terminologie « siècles obscurs », ou Dark ages, « […] la formule n’est pas sans vertus, à condition de l’utiliser avec un minimum de rigueur. Notons d’abord qu’elle n’a pas son origine dans l’étude du Moyen Âge occidental, mais dans celui de la Grèce antique. Depuis le début du XXe siècle au moins, on désigne en effet sous ce nom la période d’environ trois cent cinquante ans (v. 1100-v. 750 av. J.-C.) qui sépare la fin de l’époque « mycénienne » du début de la période dite « archaïque ». Cette période a pour caractéristique première d’être extrêmement mal documentée par les sources écrites, ce qui le distingue des deux époques qui l’encadrent : les historiens en sont réduits à s’appuyer sur un ensemble de sources qui inclut des données archéologiques souvent peu spectaculaires (dont l’intérêt scientifique est donc plus difficile à exposer au grand public), de rares textes écrits dans des régions avoisinantes (principalement au Proche-Orient), et des textes grecs plus tardifs qui prétendent rapporter des événements dont l’historicité est très discutable (guerre de Troie, retour des Héraclides, etc.). » Alban GAUTIER, « De l’usage des “Dark Ages” en histoire médiévale », mise en ligne à l’adresse : http://www.menestrel.fr/?-dark-Ages- |
| 12↑ | Une autre chronologie, plus détaillée (*), divise la période géométrique de la manière suivante :
Michael Harold Laughy (2010), « Ritual and Authority in Early Athens », Electronic Thesis and Dissertations. UC Berkeley (2010), pp. 28-31. Mise en ligne : https://escholarship.org/content/qt1x43j2wn/qt1x43j2wn.pdf?v=lg |






































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