Pittore senese, « Beato Gherardo da Villamagna e sei miracoli suoi »

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“Comment saint Gerard libera la nef […] des démons de l’enfer »).11 est probable qu’on associa ici la renommée du frère en tant que vainqueur des diables avec sa qualité de protecteur des navigateurs et qu’on interpreta les tempêtes marines comme un danger dut à l&rsqu…”

Peintre siennois du Trecento

Beato Gherardo da Villamagna e sei miracoli suoi (Le bienheureux Gérard de Villamagna et six de ses miracles), XIVe s.

Fresque.

Inscriptions :

  • Voir ci-dessous.

Provenance : In situ.

Monticchiello, église des Santi Leonardo e Cristoforo.

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La composition de cette fresque s’apparente à celle des premiers polyptyques ((Voir aussi l’annexe : De l’antependium au polyptyque : une évolution formelle et liturgique au tournant des XIIIe et XIVe s.)) dans lesquels la figure en pied du saint principal était encadrée de part et d’autre, verticalement mais aussi à la base et au sommet de l’œuvre, de scènes de ses miracles accomplis, dans des compartiments de petites dimensions qui ne tardèrent pas à rejoindre la prédelle une fois que celle-ci fut ajoutée au dispositif.

Debout au centre, le frère franciscain Gherardo da Villamagna, à la chevelure et à la barbe grisonnante, effectue un geste de bénédiction. Deux anges, les bras croisés contre la poitrine, volètent à la hauteur de son visage. L’image est elle-même flanquée de six compartiments dans lesquels figurent la représentation des principaux miracles que lui attribue la légende ((La légende, toujours friande de détails frappants, veut que Gherardo ait prononcé ses vœux directement à saint François.)) durant son existence. Fort heureusement, compte tenu de leur caractère difficilement identifiable, une légende accompagnait chacun d’eux à l’origine (aujourd’hui, malheureusement, les deux inscriptions situées au bas ont été recouvertes, sans doute après avoir été détruites avec le temps). Selon le sens habituel de la lecture en Occident, les inscriptions encore lisibles se répartissent de la manière suivante :

  • Fig. 1 : « Come frà Gherardo rifufcetto quefto giovano chera morto indelletto » ((« Comment frère Gherardo ressuscita ce jeune homme mort dans son lit »)).
  • Fig. 2 : « Come frà Gherardo di libero i mari[nai] dali demoni delinferno » ((« Comment frère Gherardo libéra les marins des démons de l’enfer »)).
  • Fig 1 : « [Come frà Gherardo] della torre […] » ((« [Comment frère Gherardo] sauva de la mort un homme qui s’était précipité du haut de la tour »)).
  • Fig. 2 : « [Come frà Gherardo] di libero questo […] » ((« [Comment frère Gherardo libéra un homme [du démon dont il était possédé (?)] »))

Dans chaque scène, selon un principe fréquent au Moyen Âge, que d’immenses artistes tels que Simone Martini ((Simone Martini, Il Beato Agostino Novello e quattro suoi miracoli. Sienne, Pinacoteca Nazionale.)) ou Ambrogio Lorenzetti ((Ambrogio Lorenzetti, )) n’ont pas jugé indigne d’être mis en œuvre, le saint apparaît brusquement dans un angle de l’image, comme propulsé à l’intérieur de cette image sur un nuage qui évoque immanquablement la fumée du réacteur d’une fusée aux yeux d’un spectateur actuel.

  • fra Gherardo libera i marinai dai demoni dell’inferno (.. durante il viaggio verso la Terra Santa)
  • fra Gherardo guariva gli infermi (contadina a Pontassieve)
  • fra Gherardo resuscitava i morti (giovane senza più intelletto)
  • fra Gherardo salvava una persona che si era buttata dalla torre
  • fra Gherardo raccoglie le ciligie in inverno

C’est à peu de distance de Pienza et de Montepulciano, que l’on rencontre une image qu’il est possible d’interpréter avec de certitude comme celle du Bienheureux Gherardo da Villamagna : à l’intérieur de l’église paroissiale des Santi Leonardo e Cristoforo de Monticchiello, à quelques kilomètres de la ville toscane. Une fresque fragmentaire, représentant un frère franciscain, entourée de six scènes de miracles est placée de nos jours tout près de la porte d’entree, tandis que son emplacement originel se situait près de la fenêtre du mur nord. II s’agit d’une image votive, exécutée par les soins d’une famille puissante qui a voulu y peindre ses blasons, représentant Ie bienheureux Gérard, comme on l’apprend aisément par les inscriptions qui accompagnent les petites scènes latérales, qui parlent de façon explicite d’un « santo Ghirardo ». La physionomie, les vêtements et l’attribut du bâton correspondent a ceux des portraits de Grenoble et de Budapest ; Ie choix des miracles, en outre, fait allusion a ses principales vertus thaumaturgiques, telles qu’elles avaient été louées par les textes de Bartolomeo di ser Albizo : l’intercession en faveur des moribonds et des personnes en danger de mort, la défaite des démons et des mauvais esprits, l’assistance aux navigateurs, la protection des parturientes.

II faut donc regarder cette image rare d’un peu plus près. Dans la première de ces scènes, a gauche (fig. 2), on lit distinctement l’inscription : Come s(an)c(t)o Ghirardo risuscito questo giovano ch’era marta in dellecto (« Comment saint Gérard ressuscita ce jeune homme qui était mort dans son lit ») ; Ie miraculé est représenté dans sa chambre, en présence de sa mère et du prêtre allant lui donner l’extreme-onction, remerciant, les mains jointes en prière, son bienfaiteur qui apparaît en haut de l’image.

L’histoire nous rappelle, parmi les nombreuses guérisons de malades incurables mentionnées par les textes, les vicissitudes d’un jeune homme pisan de vingt ans, Ippolito, fils de Lando de Morrona, qui en 1346 échappa a une mort certaine grâce au bienheureux franciscain, lorsqu’il apparut a son chevet 51.

La suivante (fig. 3) décrit, en deux moments successifs, Ie miracle d’un homme qui, tombant d’une haute tour, ne fut pas blessé : la composition semble indiquer que celui-ci était d’âge mur (alors que Ie plus souvent ce sont les enfants qui tombaient d’une hauteur élevée) ; il peut être comparé au jeune notable de Pise qui, selon Ie Tractatus, se fractura un bras dans des circonstances analogues. Dans la partie actuellement abîmée de la scène, Ie bénéficiaire du miracle est montré agenouillé, selon toute vraisemblance

devant l’image du bienheureux Gerard, comme la plupart des miracules

mentionnes par Bartolomeo 52.

La troisieme scene de gauche (fig. 4) correspond a un episode celebre de la

Legenda, qui ne manqua pas d’etre repete par tOllS leg ecrivains successifs :

toujours a Pise, en 1346, un jeune homme nomme Francesco rut agresse par

son rival Gaddo, qui, Ie frappant aux epaules, Ie passa au fil de l’epee. Au

grand etonnement des gens qui accoururent en masse craignant sa mort, Ie

jeune homme n’avait meme pas ete blesse, quoiqu’on remarquat clairement

que tOllS ses vetements avaient ete perces par leg coups d’epee. Lorsqu’il

reprit connaissance, Francesco avoua qu’il etait vivant grace a la protection

du bienheureux Gerard, qu’il avait invoque avant d’etre frappe; l’agresseur

confirma plus tard »l’avoir entendu dire: « Saint Gerard, aide-moi ! ». Apres

leur reconciliation, leg deux rivaux allerent remercier Ie saint devant son

image, pour y fixer deux « memoires » votives du miracle:

« Ensuite, ils allerent tOllS les deux ensemble devant l’image de saint Gerard, 011 Ie

premier apporta l’epee qu’il avait employee pour frapper, l’autre la chemise dans

laquelle il avait re<;u les coups, et par la suite ils n’eurent plus de querelle ; les deux

objets soot toujours fixes a la peinture de saint Gerard en memoire d’un si grand fait,

qui n’a ete oUI jadis que tres rarement et, se manifestant publiquement, cause

l’étonnement de chaque auditeur» 53.

Dans la fresque, l’agresseur est représenté frappant Francesco par derrière, devant un groupe de personnes ; la ville fortifiée qu’on voit à l’arrière-plan DOUg rappelle que Ie miracle est situe dans Ie milieu urbain de Pise.

Même les détails sont fidèles ici au récit de Bartolomeo di ser Albizo : Ie jeune agressé a la tête couverte d ‘un capuchon, de même que Francesco qui avait été frappé, en premier lieu, in caputio.

L’inscription de la scene située en haut à droite (fig. 5) DOUg dit que l’image représente: Come s( an)c(t)o Ghirardo dilibero la nav<e…> da li demoni de l’inferno ((Comment saint Gerard libera la nef […] des démons de l’enfer »).11 est probable qu’on associa ici la renommée du frère en tant que vainqueur des diables avec sa qualité de protecteur des navigateurs et qu’on interpreta les tempêtes marines comme un danger dut à l’agression des mauvais esprits. Bartolomeo di ser Albizo evoqua peu de miracles de ce type, car il estimait qu’ils étalent déjà très célèbres dans toute la péninsule italienne, tandis que son confrere Bartolomeo de’ Rinonichi en énumér seize 54. De son vivant déjà, Ie frère portier avait été invoqué plusieurs fois comme protecteur contre les dangers de la mer.

« Dans l’eau comme dans l’air~, specifiait Bartolomeo, «on lui obeissait, lorsque

ires frequemment ceux qui devaient partir en mer se rendaient chez Ie saint et, en se

recommandant humblement a lui, prenaient contre leg dangers de la mer un morceau

de sa tunique ou de ses cheveux ou encore d’autres choses lui appartenant. Ensuite,

lorsqu’ils allaient en mer, au debut des tempe-tes, ils benissaient la mer et leg vents avec

leg reliques de saint Gerard, de solie qu’ils etaient liberes de toute terreur des eaux et

des vents ~ 55.

La liberation des posse-des, comme on l’a deja vu, etait une autre des vertus

les plus eclatantes du frere palermitain ; dans la scene suivante (fig. 6), situee

a l’interieur de l’eglise San Francesco, on reconnan les conditions habituelles

dans lesquelles se deroulait Ie rituel d’ exorcisme accompli par les soins de

Bartolomeo de seT Albizo : celui-ci est represente a droite, lisant sa priere en

l’honneur de Gerard, tandis qu’un diable noir est en train de sortir de la

bouche d’un jeune homme soutenu par deux personnes 56. Enfin, la derniere

scene (fig. 7) represente une femme, dans son lit, qui remercie Ie bienheureux

franciscain de son aide dans l’accouchement de son fils. Effectivement, la

Legenda et Ie Tractatus exaltent les qualites du bienheureux comme protec-

tenT des parturientes ; Bartolomeo releva plusieurs fois l’efficacite de ses

cedulae dans les conditions les plus desesperees, et ce rut grace au meme

Gerard, qui lui apparut au-dessus du lit, que la femme de seT Bindo Alliata

accoucha du fils male taut desire par son mari 57.

La fresque de Monticchiello nons confirme, en premier lieu, la renommee

du hienheureux portier dans les milieux franciscains de la Toscane au cours de la seconde moitie du XIVe siecle et met en lumiere Ie rôle de première importance joué par les images dans la promotion du culte. Les donnees

iconographiques et la disposition generale de la composition, avec la figure

iconique centrale entouree par des scenes de miracles, nons renvoient aux

choix figuratifs qui avaient ete decrits par les textes (pensons au cas de la

fresque de Lucques) et caracteriserent aussi, selon toute vraisemblance, Ie

prototype pisano Enfin, on pent supposer que celie image votive, realisee sur

l’initiative d’un laIc, reproduit de fac;:on generale Ie modele « solennel» de

Montepulciano ; IIiais cela ne signifie pas qu’elle etait une replique meticu-

leuse d’un original: en effet, son caractere essentiel consiste a montrer les

qualites thaumaturgiques du nouveau saint, en deployant les miracles qui,

dans un contexte determine, etaient consideres comme les plus significatifs

et les plus appropries. ((Michele BACCI, « Le Bienheureux Gérard de Valenza, O.F.M. : images et croyances dans la Toscane du XIVe siècle », Revue Mabillon, 12 (t. 73), 2001, pp. 120-112.))

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