
Auteur inconnu
Carré Sator de la Cathédrale de Sienne
Inscription paléographique gravée dans une plaque de pierre calcaire et scellée sur la paroi.
Provenance inconnue.
Sienne, flanc nord de la Cathédrale de Santa Maria Assunta.
Ce « carré magique » [1]Il n’est pas étonnant que l’on ait appelé ce type d’assemblage un carré magique. Bien qu’on l’observe depuis le Ier s. et jusqu’au XIXe, à des endroits et sur des support variés allant de la pierre au parchemin et de la simple maison à la cathédrale, sa multiplication au Moyen Âge a sollicité l’intérêt de nombre d’érudits. est un très bref texte épigraphique latin composé de cinq mots de cinq lettres chacun, gravés sur une petite plaque de marbre murée près de la porte de l’ancien chapitre des chanoines, sur le flanc nord de la cathédrale. Le sens réel comme le sens historique de ce genre d’énigme demeure mystérieux.
Le carré Sator est avant tout un jeu de lettres ésotérique remontant au moins aux premiers chrétiens [2]Le plus ancien carré connu se trouve dans les ruines de Pompéi où il fut enfoui lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il ne peut donc être postérieur à cette date. Ce carré Sator aurait été composé par les premiers chrétiens et leur aurait servi de code de reconnaissance., et contenant la phrase latine Sator arepo tenet opera rotas [3]Le carré est composé des cinq mots suivants : Sator : laboureur, planteur, semeur ; ou métaphoriquement créateur, père, auteur (au nominatif : c’est donc le sujet) Arepo : signification inconnue en latin, toutefois ce mot en langue gauloise signifie « charrue » (cas inconnu, peut-être ablatif singulier : … Poursuivre. Les 25 lettres de cette phrase de cinq mots, inscrites dans un carré quadrillé forment un palindrome. De surcroît, chacun des cinq mots est répété quatre fois dans ce carré, selon quatre sens possibles de lecture : de gauche à droite, de droite à gauche, de haut en bas et de bas en haut. Ce que le spécialiste Jérôme Carcopino résume de la manière suivante : les « cinq lignes d’autant de lettres chacune […] conservent, dans tous les cas, la propriété de se retrouver identiques à elles-mêmes, par quelque bout qu’on les prennent et en quelque sens qu’on cherche à les lire ». [4]Jérôme Carcopino, « Le Christianisme secret du ‘carré magique’ », Museum Helveticum, Vol. 5, No. 1 (1948), pp. 16-59.

« De fait, ce qui frappe de prime abord dans le carré, avant même qu’on ait essayé d’en comprendre le texte et d’y découvrir un sens caché, c’est la perfection du ‘palindrome’ qu’il réalise à vue d’œil. Sur les cinq mots qui le composent, il y en a un – tenet – qui constitue son propre palindrome, puisque aussi bien ils offre la même contexture et une signification identique de gauche à droite et de droite à gauche ; et quatre qui sont libellés de telle sorte que chacun deux s’inverse en un autre de leur groupe, arepo en opera, et sator en rotas et, cela va de soi, réciproquement. Mais il y a mieux : d’une part, la succession de ces mots forme l’un de ces palindrome continu qui est dans le jargon de leurs auteurs s’appelaient, en grec, des écrevisses, et où la phrase où ils s’agencent se déroule indifféremment dans les deux sens : Sator arepo tenet opera rotas [ou] Rotas opera tenet arepo sator.
D’autre part, ils sont rangés en carré, ils se reproduisent tels quels, non seulement suivant les lignes horizontales, mais encore suivant les verticales, où il se présentent de bas en haut comme de haut en bas. Rarement, d’un point de vue formel, les faiseurs de palindromes ont mieux réussi dans ces dans les agencement où s’ingéniait leur subtilité ; et l’on conçoit que cette figure, dans laquelle les lettres s’assemblaient suivant un ordre dont les alternances et les répétitions tiennent du prodige et semblaient inclure, dans les mystérieuses correspondances de leurs vocables, l’unité et la diversité d’un monde, ait été dotée bientôt d’étonnantes propriétés et de puissances extraordinaires. » [5]Jérôme CARCOPINO, « Le Christianisme Secret du “carré Magique” », Museum Helveticum, vol. 5, no. 1 (1948), p. 21. http://www.jstor.org/stable/24811384.
Des carrés dits « magiques » de ce type ont été retrouvés dans différents sites à travers le monde [6]Certains ont été trouvés dans des excavations à Corinium (actuelle Cirencester en Angleterre, Doura Europos (actuelle Syrie) ou au musée de Conimbriga au Portugal. Le carré existe également à la maison forte de Reignac (France), à Manchester en Angleterre, sur un mur du flanc nord de la cathédrale de Sienne ou dans une inscription en marbre à l’abbaye de San Pietro ad … Poursuivre. Ils sont tous composés de la même manière. Partout, la présence de ce carré magique a été interprétée comme un signe de reconnaissance des chrétiens dans les temps plus reculés où ils étaient persécutés. [7]Un exemplaire médiéval mis au jour dans le village de Rochemaure (France) aurait, selon certains, partie liée avec l’Ordre du Temple. D’autres font du carré Sator de Pompéi une création juive utilisant les mathématiques pythagoriciennes, preuve que ce palindrome a le pouvoir de susciter les interprétations les plus diverses. On observe que le mot tenet y forme une croix dont les quatre branches sont accostées des lettres A et O, ce qui réfère à Jésus-Christ désigné comme l’alpha et l’oméga [8]« Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant. » (Ap 1, 8).. De plus, avec les 25 lettres du carré, on peut former une croix formée des mots Pater Noster [9]Notre Père : incipit d’une prière dont les origines se trouvent dans les évangiles selon Matthieu (Mt 6,9-13) et selon Luc (Lc 11,1-4)., et isolant deux A et deux O avec la même explication que précédemment.

Si cette inscription étrange fascine par son mystère, et s’il est possible d’en décrire les caractéristiques visibles, son interprétation se révèle nécessairement décevante tant son nombreuses les conjectures plus ou moins précises et les hypothèses insuffisamment argumentées ou à l’exactitude invérifiable.
Notes
| 1↑ | Il n’est pas étonnant que l’on ait appelé ce type d’assemblage un carré magique. Bien qu’on l’observe depuis le Ier s. et jusqu’au XIXe, à des endroits et sur des support variés allant de la pierre au parchemin et de la simple maison à la cathédrale, sa multiplication au Moyen Âge a sollicité l’intérêt de nombre d’érudits. |
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| 2↑ | Le plus ancien carré connu se trouve dans les ruines de Pompéi où il fut enfoui lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il ne peut donc être postérieur à cette date. Ce carré Sator aurait été composé par les premiers chrétiens et leur aurait servi de code de reconnaissance. |
| 3↑ | Le carré est composé des cinq mots suivants :
Il n’est pas certain que la phrase ait réellement un sens en latin. La traduction la plus probable serait : « Le laboureur Arepo dirige les roues (c’est-à-dire une charrue) avec adresse. » Est également possible : « Le semeur tient avec soin les roues (de sa charrue). » Une autre lecture, cependant, plus proche de la mystique du carré magique, surtout si on la rapproche des premiers chrétiens, pourrait être, si l’on tient compte de la similitude entre arepo et arrepo — qui signifie également et entre autres « être terre à terre » (selon dictionnaire Gaffiot) — : « le créateur, par son caractère terre à terre, maintient l’œuvre de rotation ». |
| 4↑ | Jérôme Carcopino, « Le Christianisme secret du ‘carré magique’ », Museum Helveticum, Vol. 5, No. 1 (1948), pp. 16-59. |
| 5↑ | Jérôme CARCOPINO, « Le Christianisme Secret du “carré Magique” », Museum Helveticum, vol. 5, no. 1 (1948), p. 21. http://www.jstor.org/stable/24811384. |
| 6↑ | Certains ont été trouvés dans des excavations à Corinium (actuelle Cirencester en Angleterre, Doura Europos (actuelle Syrie) ou au musée de Conimbriga au Portugal. Le carré existe également à la maison forte de Reignac (France), à Manchester en Angleterre, sur un mur du flanc nord de la cathédrale de Sienne ou dans une inscription en marbre à l’abbaye de San Pietro ad Oratorium près de Capestrano en Italie, entre autres. Mais il existe également dans les ruines de l’antique Aquincum à Budapest (Hongrie). Dans l’un cas, découvert à l’abbaye de Valvisciolo, également en Italie, les lettres forment cinq anneaux concentriques, chacun divisé en cinq secteurs. |
| 7↑ | Un exemplaire médiéval mis au jour dans le village de Rochemaure (France) aurait, selon certains, partie liée avec l’Ordre du Temple. D’autres font du carré Sator de Pompéi une création juive utilisant les mathématiques pythagoriciennes, preuve que ce palindrome a le pouvoir de susciter les interprétations les plus diverses. |
| 8↑ | « Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant. » (Ap 1, 8). |
| 9↑ | Notre Père : incipit d’une prière dont les origines se trouvent dans les évangiles selon Matthieu (Mt 6,9-13) et selon Luc (Lc 11,1-4). |

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