Psyché : personnage romanesque qui n’apparaît que dans une longue nouvelle insérée dans Les Métamorphoses ou l’Âne d’or, roman écrit par Apulée [1]Apulée (Madaure [Algérie], v. 125 – apr. 170) : écrivain, orateur et philosophe. Sa renommée vient de son chef-d’œuvre, le roman latin intitulé Les Métamorphoses, également connu sous le nom de L’Âne d’or. Apulée a aussi écrit des poèmes et publié des discussions sur divers thèmes philosophiques, ainsi que des discours. Une grande … Poursuivre entre 160 et 180. Elle est la plus jeunes des trois filles d’un roi, et sa beauté est telle que la déesse Vénus elle-même en était jalouse. [2]« Il y avait une fois un roi et une reine qui avaient trois filles, toutes trois fort belles. Mais pour la beauté des deux aînées, quelque charmantes qu’elles fussent, on n’était pas en peine de trouver des formules de louange ; tandis que celle de la cadette était si rare, si merveilleuse, qu’il y avait dans le langage humain disette de termes pour l’exprimer, … Poursuivre « De tous côtés on accourait pour l’admirer et des temples lui étaient dédiés. Ne supportant plus l’affront que lui faisait la divine beauté de cette mortelle, Vénus ordonna à son fils Cupidon de blesser Psyché d’une de ses flèches afin qu’elle tombe amoureuse de l’homme le plus misérable qui soit. Mais dès qu’il vit Psyché, Cupidon s’éprit d’elle. Le dieu de l’amour enleva Psyché avec l’aide de Mercure, la conduisit dans son palais et, la nuit venue, s’unit à elle dans l’obscurité [3]« Enfin, au milieu de tant de plaisirs, le soir vient ; et Psyché, que l’heure invite au repos, se retire dans son appartement. Déjà la nuit avançait ; un bruit léger vient frapper son oreille : la jeune vierge s’inquiète alors de sa solitude. Sa pudeur s’alarme, elle frémit, elle craint d’autant plus qu’elle ignore ; mais déjà l’époux … Poursuivre. Il ne lui révéla pas son identité et lui fit jurer qu’elle n’essaierait jamais de découvrir son visage ou ils le paieraient tous deux de leur bonheur. Ainsi, des nuits durant, Psyché ne voit pas son mystérieux époux. Poussée par la curiosité et les mauvais conseils de ses sœurs, elle ne peut cependant résister à la tentation, et, une nuit, allume une lampe et contemple Cupidon endormi. Par mégarde, elle laisse tomber une goutte d’huile brûlante sur le corps de son époux qui se réveille et disparaît. [4]« Il est nuit. L’époux est à son poste. Il livre un premier combat, prélude de sa campagne nocturne, puis s’endort d’un sommeil profond. La force abandonne alors Psyché ; le cœur lui manque. Mais le sort a prononcé, le sort est impitoyable, son énergie revient. Elle avance la lampe, saisit son poignard. Adieu la timidité de son sexe. Mais à l’instant la … Poursuivre Désespérée, et l’ayant cherché en vain, elle se résout à faire appel à Vénus. Indignée (de la désobéissance de son fils) et toujours furieusement jalouse, la déesse impose à la jeune mortelle une série d’épreuves. De son côté, malheureux et dévoré par l’amour, Cupidon ne peut demeurer éloigné de Psyché : il la rejoint et demande justice auprès de Jupiter afin que soient reconnus leur amour et leur mariage. Jupiter convoque alors les dieux de l’Olympe à une assemblée qui décidera du sort de la jeune femme. L’immortalité est accordée à la belle et le mythe se termine par un repas de noces. [5]« [Jupiter] ordonne aussitôt à Mercure d’enlever Psyché, et de l’introduire devant les dieux. Jupiter présente à la jeune fille une coupe d’ambroisie : Prends, Psyché, lui dit-il, et sois immortelle. Cupidon et toi, qu’un noeud indestructible vous unisse à jamais. Soudain se déploie le splendide appareil des noces. Sur le lit d’honneur, on voyait … Poursuivre
Notes
| 1↑ | Apulée (Madaure [Algérie], v. 125 – apr. 170) : écrivain, orateur et philosophe. Sa renommée vient de son chef-d’œuvre, le roman latin intitulé Les Métamorphoses, également connu sous le nom de L’Âne d’or. Apulée a aussi écrit des poèmes et publié des discussions sur divers thèmes philosophiques, ainsi que des discours. Une grande partie de son œuvre a été perdue. |
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| 2↑ | « Il y avait une fois un roi et une reine qui avaient trois filles, toutes trois fort belles. Mais pour la beauté des deux aînées, quelque charmantes qu’elles fussent, on n’était pas en peine de trouver des formules de louange ; tandis que celle de la cadette était si rare, si merveilleuse, qu’il y avait dans le langage humain disette de termes pour l’exprimer, ou même pour la louer dignement. Habitants du pays ou étrangers, que la curiosité de ce prodige attirait en foule, en perdaient l’esprit, dès qu’ils avaient contemplé cette beauté incomparable; ils portaient la main droite à la bouche, en croisant l’index avec le pouce, absolument dans la forme l’adoration sacramentelle du culte de Vénus elle-même. Déjà dans les villes et pays circonvoisins un bruit se répand que la déesse née du sein de la profonde mer, et qu’on vit un jour sortir de l’écume des flots bouillonnants, daignait déroger à sa divinité jusqu’au point de se mêler à la vie des mortels. La terre, suivant d’autres, et non plus la mer, fécondée par je ne sais quelle influence génératrice des astres, avait fait éclore une Vénus nouvelle, une Vénus possédant encore la fleur de virginité. » Apulée, Metamorphoseon libri XI ou Asinus aureus (Les Métamorphoses ou l’Âne d’or), IV, 28, 1-5. |
| 3↑ | « Enfin, au milieu de tant de plaisirs, le soir vient ; et Psyché, que l’heure invite au repos, se retire dans son appartement. Déjà la nuit avançait ; un bruit léger vient frapper son oreille : la jeune vierge s’inquiète alors de sa solitude. Sa pudeur s’alarme, elle frémit, elle craint d’autant plus qu’elle ignore ; mais déjà l’époux mystérieux est entré, il a pris place, et Psyché est devenue sa femme. Aux premiers rayons du jour il a disparu. Aussitôt les voix sont là pour prêter leur ministère à l’épouse d’une nuit et panser de douces blessures. Le temps s’écoule cependant, et chaque nuit ramène la même scène. Par un effet naturel, Psyché commence à se faire à cette singulière existence ; l’habitude lui en semble douce ; et le mystère de ces voix donne de l’intérêt à sa solitude. » Apulée, op. cit., V, 4, 1-5. |
| 4↑ | « Il est nuit. L’époux est à son poste. Il livre un premier combat, prélude de sa campagne nocturne, puis s’endort d’un sommeil profond.
La force abandonne alors Psyché ; le cœur lui manque. Mais le sort a prononcé, le sort est impitoyable, son énergie revient. Elle avance la lampe, saisit son poignard. Adieu la timidité de son sexe. Mais à l’instant la couche s’illumine, et voilà ses mystères au grand jour. Psyché voit (quel spectacle !) le plus aimable des monstres et le plus privé, Cupidon lui-même, ce dieu charmant, endormi dans la plus séduisante attitude. Au même instant la flamme de la lampe se dilate et pétille, et le fer sacrilège reluit d’un éclat nouveau. Psyché reste atterrée à cette vue, et comme privée de ses sens. Elle pâlit, elle tremble, elle tombe à genoux. Pour mieux cacher son fer, elle veut le plonger dans son sein ; et l’effet eût suivi l’intention, si le poignard, comme effrayé de se rendre complice de l’attentat, n’eût échappé soudain de sa main égarée. Elle se livre au désespoir ; mais elle regarde pourtant, et regarde encore les traits merveilleux de cette divine figure, et se sent comme renaître à cette contemplation. Elle admire cette tête radieuse, cette auréole de blonde chevelure d’où s’exhale un parfum d’ambroisie, ce cou blanc comme le lait, ces joues purpurines encadrées de boucles dorées qui se partagent gracieusement sur ce beau front, ou s’étagent derrière la tête, et dont l’éclat éblouissant fait pâlir la lumière de la lampe. Aux épaules du dieu volage semblent pousser deux petites ailes, d’une blancheur nuancée de l’incarnat du coeur d’une rose. Dans l’inaction même, on voit palpiter leur extrémité délicate, qui jamais ne repose. Tout le reste du corps joint au blanc le plus uni les proportions les plus heureuses. La déesse de la beauté peut être fière du fruit qu’elle a porté. Au pied du lit gisaient l’arc, le carquois et les flèches, insignes du plus puissant des dieux. La curieuse Psyché ne se lasse pas de voir, de toucher, d’admirer en extase les redoutables armes de son époux. Elle tire du carquois une flèche, et, pour en essayer la trempe, elle en appuie le bout sur son pouce ; mais sa main, qui tremble en tenant le trait, imprime à la pointe une impulsion involontaire. La piqûre entame l’épiderme, et fait couler quelques gouttes d’un sang rosé. Ainsi, sans s’en douter, Psyché se rendit elle-même amoureuse de l’Amour. De plus en plus éprise de celui par qui l’on s’éprend, elle se penche sur lui la bouche ouverte, et le dévore de ses ardents baisers. Elle ne craint plus qu’une chose, c’est que le dormeur ne s’éveille trop tôt. Mais tandis qu’ivre de son bonheur, elle s’oublie dans ces transports trop doux, la lampe, ou perfide, ou jalouse, ou (que sais-je ?) impatiente de toucher aussi ce corps si beau, de le baiser, si j’ose le dire, à son tour, épanche de son foyer lumineux une goutte d’huile bouillante sur l’épaule droite du dieu. Ô lampe maladroite et téméraire ! ô trop indigne ministre des amours ! faut-il que par toi le dieu qui met partout le feu connaisse aussi la brûlure ! par toi, qui dus l’être sans doute au génie de quelque amant jaloux des ténèbres, et qui voulait leur disputer la présence de l’objet adoré ! Le dieu brûlé se réveille en sursaut. Il voit le secret trahi, la foi violée, et, sans dire un seul mot, il va fuir à tire d’aile les regards et les embrassements de son épouse infortunée. Mais au moment où il se lève, Psyché saisit à bras-le-corps sa jambe droite, s’y cramponne, le suit dans son essor, tristement suspendue à lui jusqu’à la région des nuages ; et lorsqu’enfin la fatigue lui fait lâcher prise, elle tombe sans mouvement par terre. Cupidon attendri répugne à l’abandonner en cet état : il vole sur un cyprès voisin ; et d’une voix profondément émue : Trop crédule Psyché, dit-il, pour vous j’ai enfreint les ordres de ma mère. Au lieu de vous avilir, comme elle le voulait, par une ignoble passion, par un indigne mariage, je me suis moi-même offert à vous pour amant. Imprudent ! je me suis, moi, si habile archer, blessé d’une de mes flèches, j’ai fait de vous mon épouse. Et tout cela, pour me voir pris pour un monstre, pour offrir ma tête au fer homicide, sans doute parce qu’il s’y trouve deux yeux trop épris de vos charmes. J’ai tout fait pour tenir votre prudence éveillée. Ma tendresse a prodigué les avertissements ; mais sous peu j’aurai raison de vos admirables conseillères et de leurs funestes insinuations. Quant à vous, c’est en vous fuyant que je veux vous punir. En achevant ces mots, il se lance en oiseau dans les airs. » Ibid., V, 21, 5 – V, 24, 5. |
| 5↑ | « [Jupiter] ordonne aussitôt à Mercure d’enlever Psyché, et de l’introduire devant les dieux. Jupiter présente à la jeune fille une coupe d’ambroisie : Prends, Psyché, lui dit-il, et sois immortelle. Cupidon et toi, qu’un noeud indestructible vous unisse à jamais.
Soudain se déploie le splendide appareil des noces. Sur le lit d’honneur, on voyait l’époux tenant dans ses bras sa Psyché ; et, dans la même attitude, Jupiter avec sa Junon. Venaient ensuite tous les dieux, chacun selon son rang. Le nectar circule (c’est le vin des immortels) ; Jupiter a son jeune berger pour échanson ; Bacchus verse rasade au reste de l’assemblée. Vulcain s’était chargé de la cuisine. Les Heures semaient partout les fleurs et les roses, les Grâces répandaient les parfums, les Muses faisaient entendre leurs voix mélodieuses. Apollon chanta en s’accompagnant de la lyre, et les jolis pieds de Vénus dessinèrent un pas gracieux, en le réglant sur ces accords divins. Elle-même avait ainsi complété son orchestre : les Muses chantaient en choeur, un Satyre jouait de la flûte, un Faune du chalumeau. C’est ainsi que Psyché fut unie à Cupidon dans les formes. Une fille naquit de leurs amours : on l’appelle la Volupté. » Ibid., VI, 23, 5 – 24, 4. |
