Léon III (Rome, v. 750 – 876) : pape de 795 à 816, considéré comme « Saint Léon III » bien que jamais canonisé. [1]Léon III n’a pas été officiellement canonisé, mais son nom a été inclus dans le Martyrologe romain en 1673, sur ordre du pape Clément X. C’est lui qui couronne Charlemagne Empereur des Romains à Rome, en l’an 800, probablement le jour de Noël.
À cette occasion, il use d’un subterfuge par lequel il vise à modifier la relation de primauté entre le pape et l’empereur. La cérémonie, en effet, ne se déroule pas conformément au rituel byzantin, dont l’ordonnancement prévoit en premier lieu l’acclamation, en second lieu le couronnement et, pour finir, l’adoration [2]C’est-à-dire, selon les Annales royales (*), le rituel de la proskynèse, faisant référence au geste traditionnel dans la culture perse antique, qui consiste à s’incliner ou se prosterner devant une personne de rang supérieur. (*) Annales regni Francorum (« Annales du royaume des Francs ») : ouvrage historique rédigé dans le cadre de la monarchie … Poursuivre, le pape s’agenouillant alors devant l’empereur. Au lieu de faire acclamer Charlemagne avant de le couronner, Léon III pose subitement la couronne impériale sur la tête de celui-ci, alors qu’il est agenouillé en prière. Ensuite seulement, il le fait acclamer et se prosterne devant lui. Agissant ainsi, il se pose comme « suzerain » de l’Empereur qu’il vient lui-même de créer. [3]Cet acte symbolique marque le début des luttes entre le pouvoir royal temporel et le pouvoir spirituel de l’Église. Charlemagne se montre courroucé que les rites de son couronnement soient inversés au profit du pape. D’après Éginhard, le nouvel Empereur « aurait renoncé à entrer dans l’Église ce jour-là, s’il avait pu connaître d’avance le dessein du pontife ». [4]ÉginHard, Vita Karoli Magni (Vie de Charlemagne) [v. 830] (dans François GUIZOT, Collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu’au XIIIe siècle, 30 vol., Paris, J.-L.-J. Brière, 1824, vol. III, « Vie de Charlemagne par Éginhard ».
En 813, Charlemagne fit changer, en faveur de son fils Louis le Pieux, le cérémonial qui l’avait froissé : la couronne fut posée sur l’autel et Louis la plaça lui-même sur sa tête, sans l’intervention du pape. [5]C’est en se souvenant de cet épisode qu’un autre empereur, Napoléon, un millénaire plus tard, lors de son couronnement en présence du pape, prendra soin de poser lui-même la couronne sur sa tête.
Notes
| 1↑ | Léon III n’a pas été officiellement canonisé, mais son nom a été inclus dans le Martyrologe romain en 1673, sur ordre du pape Clément X. |
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| 2↑ | C’est-à-dire, selon les Annales royales (*), le rituel de la proskynèse, faisant référence au geste traditionnel dans la culture perse antique, qui consiste à s’incliner ou se prosterner devant une personne de rang supérieur.
(*) Annales regni Francorum (« Annales du royaume des Francs ») : ouvrage historique rédigé dans le cadre de la monarchie carolingienne, rapportant année après année les événements survenus entre l’an 741 (mort de Charles Martel) et l’an 829 (début de la crise du règne de Louis le Pieux). |
| 3↑ | Cet acte symbolique marque le début des luttes entre le pouvoir royal temporel et le pouvoir spirituel de l’Église. |
| 4↑ | ÉginHard, Vita Karoli Magni (Vie de Charlemagne) [v. 830] (dans François GUIZOT, Collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu’au XIIIe siècle, 30 vol., Paris, J.-L.-J. Brière, 1824, vol. III, « Vie de Charlemagne par Éginhard ». |
| 5↑ | C’est en se souvenant de cet épisode qu’un autre empereur, Napoléon, un millénaire plus tard, lors de son couronnement en présence du pape, prendra soin de poser lui-même la couronne sur sa tête. |
