‘Maître de Coëtivy’, « Philosophy Consoling Boethius and Fortune Turning the Wheel »

Maître de Coëtivyou Nicolas d’Ypres (Colin d’Amiens) (Paris, actif v. 1450-1485)

Philosophy Consoling Boethius and Fortune Turning the Wheel (La Philosophie consolant Boèce et La Fortune tournant la roue), v. 1460.

Enluminure découpée dans un manuscrit, 7,3 x 17 cm.

Inscriptions :

  • (au-dessus de la figure de la Philosophie) : « LI ROY BIEN E[N]TENDU »
  • (sur le phylactère de la figure de Fortune) : « O TU HOMME POURQUOI // TE PLAINDRE // DE MOI » [1]Dans le De consolatione philosophiæ, Boèce met dans la bouche de Fortuna les mots suivants : « Pourquoi donc, ô mortels, cherchez-vous le bonheur au dehors, quand c’est en vous-mêmes qu’il réside ? L’erreur et l’ignorance vous aveuglent. » Boèce, De consolatione philosophiæ, II, 7.

Provenance : Manuscrit de Boèce, Consolation de la philosophie, vers 1460.

Malibu (Los Angeles), The J. Paul Getty Museum.

Cette miniature provient d’un manuscrit du De consolatione philosophiae de Boèce, ouvrage philosophique qui connut un succès notable au XVe siècle. On connaît aujourd’hui cinq exemplaires de cet ouvrage enluminés par le ‘Maître de Coëtivy‘, aujourd’hui identifié avec Colin d’Amiens, parmi lesquels celui de Malibu (Getty Museum) dont il ne subsiste que trois miniatures en largeur, découpées, et des fragments de bordures.

L’image représente, à gauche, la Philosophie, personnifiée sous les traits d’une jeune femme élégamment vêtue et coiffée d’un hennin [2]Le hennin consistait en une étoffe légère (batiste) recouvrant un bonnet pointu en carton ou en fil métallique qui atteindra presque quatre-vingts centimètres en hauteur., rend visite à Boèce. [3]« Je ne l’eus pas plus tôt attentivement examinée, que je reconnus ma nourrice, dont le toit m’avait abrité dès mon adolescence : la Philosophie. « Quel motif, m’écriai-je, te fait descendre du ciel, ô toi, la mère de toutes les vertus, et t’amène dans la solitude de mon exil? Veux-tu donc, toi aussi, t’exposer avec moi à la persécution et aux … Poursuivre Le penseur, effondré sur un siège, apparaît songeur, le menton appuyé sur la main, après avoir perdu son statut d’ambassadeur romain. Après un long dialogue rapporté par Boèce, la jeune femme l’interroge : «  Qu’est-ce donc, ô homme, qui t’a plongé dans la tristesse et le deuil ? Tu as vu quelque chose de nouveau et d’extraordinaire, sans doute. Quoi ! tu t’imagines que la Fortune a changé à ton égard ? Non pas. De tout temps elle a eu ces procédés et ce caractère. Il est plus vrai de dire que dans ses rapports avec toi, c’est à son inconstance qu’elle est restée fidèle. Telle elle est aujourd’hui, telle elle était naguère lorsqu’elle te cajolait et qu’elle te fascinait par le mirage d’une félicité trompeuse. » [4]BOÈCE, op. cit. II, 3. Plus loin : « Tu as accepté la domination de la Fortune, elle est ta maîtresse, soumets-toi donc à ses caprices. Quoi ! tu prétends arrêter la rapide évolution de sa roue ? Ô le plus insensé des hommes ! Que la Fortune s’arrête un moment, elle ne mérite plus son nom. [5]Ibid., III, 8. Ici, le traducteur du De consolatione philosophiæ note que pour rendre littéralement le latin, il lui aurait fallu dire : « Si la Fortune demeurait en repos, elle cesserait d’être le Hasard. » Mais si, en latin, « les deux mots FortunaFors, jouent l’un avec l’autre et s’expliquent réciproquement, en français Fortune et Hasard se refusent à tout rapprochement. Il a donc fallu se borner à rendre le sens général de la phrase.)) » À droite, la Fortune, sous l’apparence d’une belle jeune femme, fait tourner sa roue, symbole des changements qu’elle apporte dans la vie des hommes. Un roi est assis au sommet de la roue, mais un simple tour de roue peut le faire descendre tout en améliorant sensiblement la fortune de celui qui, tout en bas, s’accroche en position renversée au bois de la roue après avoir perdu le chapeau bleu que l’on voit à ses pieds. La Philosophie démontre que la Fortune gouverne le monde et que le sage ignore ses incessantes fluctuations, préférant les vérités éternelles.

Notes

Notes
1 Dans le De consolatione philosophiæ, Boèce met dans la bouche de Fortuna les mots suivants : « Pourquoi donc, ô mortels, cherchez-vous le bonheur au dehors, quand c’est en vous-mêmes qu’il réside ? L’erreur et l’ignorance vous aveuglent. » Boèce, De consolatione philosophiæ, II, 7.
2 Le hennin consistait en une étoffe légère (batiste) recouvrant un bonnet pointu en carton ou en fil métallique qui atteindra presque quatre-vingts centimètres en hauteur.
3 « Je ne l’eus pas plus tôt attentivement examinée, que je reconnus ma nourrice, dont le toit m’avait abrité dès mon adolescence : la Philosophie. « Quel motif, m’écriai-je, te fait descendre du ciel, ô toi, la mère de toutes les vertus, et t’amène dans la solitude de mon exil? Veux-tu donc, toi aussi, t’exposer avec moi à la persécution et aux accusations calomnieuses? — Pouvais-je t’abandonner, répondit-elle, toi, mon élève, et ne pas réclamer ma part du rude fardeau sous lequel on t’accable, en haine de mon nom? Quelle honte si la Philosophie désertait la cause d’un innocent ! Quoi ! je craindrais la calomnie ! Est-ce un malheur si nouveau que j’en doive frissonner de peur ? Crois-tu donc qu’avant toi la sagesse n’ait jamais été persécutée par le vice ? » Boèce, De consolatione philosophiæ, I, 6 (La consolation philosophique, trad. française de Louis Judicis de MIRANDOL, Paris, L. Hachette et Cie, 1861. Mise en ligne : https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/boece/livre1.htm#_ftnref37).
4 BOÈCE, op. cit. II, 3.
5 Ibid., III, 8.

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