Dans l’art occidental, la tradition picturale de l’Annonciation donne depuis le Moyen Âge un rôle fondamental à la colonne, au pilier (carré, maçonné), ou encore au pilastre (colonne plate ou pilier engagé dans un mur) ou, plus largement, à tout élément architectural ayant la même fonction. Cet élément qui, à la fois, s’élance vers le ciel, peut supporter une charge et fait le lien entre le haut et le bas, la terre et le ciel… peut indifféremment se trouver à un angle du lieu où réside Marie [1]Bernardo Daddi, Annonciation. Paris, Musée du Louvre., faire partie d’une arcature, et créer ainsi des lieux figuratifs nettement diversifiés pour chacun des deux protagonistes. Dans certaines Annonciations des XIVe-XVe siècles, la colonne occupe un emplacement remarquable dans la disposition de la composition, la plupart du temps un poste clé dans l’agencement de cette dernière : c’est le cas dans l’Annonciation d’Ambrogio Lorenzetti qui, non content de l’utiliser pour occulter le point de fuite du pavement, l’inscrit sur l’axe de symétrie du format carré du support ; Piero della Francesca et Antonello da Messina (fig. ) en font le centre de gravité de l’action ; dans d’autres cas, au contraire, sa présence n’a pas de justification proprement architecturale, sa présence pouvant apparaître teintée d’absurdité. C’est le cas de l’Annonciation de Masolino [2]Masolino da Panicale, The Annunciation. Washington, National Gallery. (fig. ), conservée à Washington. Au contraire de Lorenzetti, la présence de la colonne souligne le point de fuite de la perspective, de sorte que Daniel Arasse [3]Daniel Arasse, Espace pictural et image religieuse; le point de vue de Masolino sur la perspective, tiré à part, p. 143, fig. 7a et 7b. L’auteur explique que certaines particularités de Masolino dans sa façon de rendre la perspective étaient dues à une volonté certaine du peintre de faire surgir dans l’espace mesurable des figures ce qui lui échappe, c’est à dire, le … Poursuivre a suggéré qu’il s’agissait-là d’un motif symbolique. D’innombrables autres exemples comportent cet élément de façon plus ou moins suggestive. Dans une enluminure de la fin du XVe siècle représentant le thème de l’Annonciation, sur le pupitre de Marie s’élève une colonne avec chapiteau surmontée d’une sculpture (fig. ). Par ailleurs, dans l’Annonciation attribuée à Hubert van Eyck (?), deux colonnes sont placées sur la façade de la maison de Marie, symboles de l’Ancien et du Nouveau Testament 3. Pourtant, le plus ancien exemple de l’Annonciation que nous connaissons, où l’on peut considérer que la présence du motif de la colonne transmet probablement un message, provient de l’enluminure d’un évangéliaire marcien (cod. lat. I, 100) de la première moitié de XIVe siècle (Fig. 16). Sur l’axe médian de la composition on voit superposés un certain nombre de motifs: un socle d’où de l’eau jaillit, une colonne et un jardin de palmiers.
Fra Angelico, Annunciazione. Cortone, Museo diocesano.
Fra Angelico, Annunciazione di San Giovanni Val d’Arno.
Notes
| 1↑ | Bernardo Daddi, Annonciation. Paris, Musée du Louvre. |
|---|---|
| 2↑ | Masolino da Panicale, The Annunciation. Washington, National Gallery. |
| 3↑ | Daniel Arasse, Espace pictural et image religieuse; le point de vue de Masolino sur la perspective, tiré à part, p. 143, fig. 7a et 7b. L’auteur explique que certaines particularités de Masolino dans sa façon de rendre la perspective étaient dues à une volonté certaine du peintre de faire surgir dans l’espace mesurable des figures ce qui lui échappe, c’est à dire, le spirituel non mesurable. Le peintre était, sûrement, proche des sermons et des textes exégétiques, dont l’influence porte dans son œuvre. Car, il est attesté qu’il était lié au cardinal Branda Castiglione, son commanditaire et conseiller en matière d’iconographie. Dans la scène de l’Annonciation, suggère Arasse, la colonne symbolise le Christ. Voir également Daniel ARASSE, L’Annonciation italienne, Paris, Hazan, 1999. |
