
Tommaso di Cristoforo Fini dit Masolino da Panicale (Panicale de’ Renacci [San Giovanni Valdarno], 1383/1384 – Castiglione Olona ou Florence, v. 1447)
The Annunciation (L’Annonciation), v. 1423-1424
Tempéra (et possibles glacis à l’huile) sur panneau, 148,8 x 115,1 cm.
Provenance : peint pour l’autel de la chapelle Guardini sur le côté gauche du jubé de l’église de San Niccolò Oltrarno, à Florence, et probablement en place vers 1426 ; transféré vers 1567 (date de la démolition du jubé) à l’autel de l’autre chapelle de la famille Guardini dans la même église ; déplacé en 1576 à la sacristie (et remplacé par le retable de l’Annonciation nouvellement peint par Alessandro Fei) ; dans une pièce annexée à la sacristie, probablement jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. [1]On ne sait pas quand ni comment l’œuvre quitté cette église, mais il pourrait avoir été acheté, en même temps que la Madone Quartesi de Gentile da Fabriano, par l’artiste amateur, critique et collectionneur anglais William Young Ottley. En tous cas, il n’existe plus aucune trace certaine de ce grand panneau avant 1886, époque à laquelle il se trouvait dans la collection du … Poursuivre
Washington, National Gallery of Art.
Peint par Masolino da Panicale, ce retable a parfois été identifié à une Annonciation mentionnée par Vasari (Vie de Masaccio) sur le jubé (tramezzo) de l’église San Niccolò sopr’Arno à Florence, commandé par les héritiers de Michele Guardini, boucher de profession qui, dans son testament de 1417, laissa une somme d’argent destinée à fonder une chapelle dédiée à l’Annonciation ; l’œuvre a probablement été terminée le 8 mars 1427, date à laquelle elle est mentionnée dans un deuxième testament. Après la démolition du jubé, le panneau a été déplacé en 1576 dans la sacristie, où il est resté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. On ne sait pas quand ni comment il a quitté l’église, mais il pourrait avoir été acheté, en même temps que la Madone Quartesi de Gentile da Fabriano, par l’artiste amateur, critique et collectionneur anglais William Young Ottley. [2]William Young Ottley (Berkshire [Angleterre], 1771 – Londres, 1836) : collectionneur et historien de l’art, artiste et éditeur d’estampes. En 1834, il devient Gardien du Département des estampes et dessins du British Museum, un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1836.
L’ange à la chevelure blonde impeccablement coiffée porte une somptueuse robe brodée de grandes feuilles d’or. La forme trifoliée de ce motif comme sa répétition insistante ne doivent certainement rien au hasard : le spectateur est d’emblée informé de la présence invisible du divin à travers ce symbole interprété comme celui de la Trinité. La Vierge accueille le messager céleste les yeux baissés, prête à entendre sa parole, tout en maintenant ouvert un livre que ses doigts, dont elle use comme d’un garde-page, semble inciter le lecteur à vérifier leur contenu précis : ce livre est empli des versets d’Isaïe annonçant la prophétie de l’Incarnation du Fils. [3]« Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum: ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciat reprobare malum, et eligere bonum. « (« C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. Il … Poursuivre. Sa main posée sur sa poitrine, marque une légère surprise, que l’on est tenté de juger d’autant plus atténuée qu’elle vient de prendre connaissance de la prophétie un instant avant que celle-ci ne se réalise. Dans cette atmosphère apaisée, nous sommes loin des sentiments terreurs du type de celles évoquées un siècle plus tôt dans le même contexte par Simone Martini [4]Simone Martini, Annunciazione. Florence, Gallerie degli Uffizi. et Ambrogio Lorenzetti [5]Ambrogio Lorenzetti, Annunciazione. Montesiepi (Chiusdino), Rotonde de San Galgano.. Ni Dieu le Père ni la colombe du Saint-Esprit ne sont ici représentés, mais leur présence est signalée par de fins rayons dorés qui tombent une fine pluie sur la Vierge. La scène se déroule dans un intérieur coloré, construit en perspective à deux points de fuite (l’un est situé bas, l’autre proche du centre de la porte entrouverte donnant sur la chambre de Marie à l’arrière-plan, autre métaphore de l’événement mystérieux en cours), mais les personnages, qui semblent disproportionnés, n’occupent que le devant d’un espace qui s’apparente à une scène de théâtre.
Légèrement décentrée vers la gauche pour mieux s’isoler au sein de cet espace ordonné géométriquement, soulignée de surcroît par la présence incongrue de trois clés pendantes [6]Une clé pendante est un ornement de clé de voûte qui descend au-dessous de sa douelle (partie inférieure d’une voûte (synonyme d’intrados)., cette colonne qui n’a aucune fonction architecturale, qui ne sépare pas ici deux espaces (celui, humain, de la Vierge et celui, divin, de l’ange) est cependant l’élément symbolique caractéristique de l’iconographie de l’Annonciation, qui située dans l’intervalle où se déroule le colloque angélique, donne à voir le sujet même de celui-ci, celui de l’Incarnation.
Notes
| 1↑ | On ne sait pas quand ni comment l’œuvre quitté cette église, mais il pourrait avoir été acheté, en même temps que la Madone Quartesi de Gentile da Fabriano, par l’artiste amateur, critique et collectionneur anglais William Young Ottley. En tous cas, il n’existe plus aucune trace certaine de ce grand panneau avant 1886, époque à laquelle il se trouvait dans la collection du comte de Wemyss à Gosford House, Longniddry, en Écosse. Vendu à Henry Goldman de New York pour 24 000 £ pendant la Première Guerre mondiale, il fut donné à la National Gallery en 1937 avec la collection Mellon. |
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| 2↑ | William Young Ottley (Berkshire [Angleterre], 1771 – Londres, 1836) : collectionneur et historien de l’art, artiste et éditeur d’estampes. En 1834, il devient Gardien du Département des estampes et dessins du British Museum, un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1836. |
| 3↑ | « Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum: ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciat reprobare malum, et eligere bonum. « (« C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. Il mangera de la crème et du miel, Jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. »). Is 7, 14-15. |
| 4↑ | Simone Martini, Annunciazione. Florence, Gallerie degli Uffizi. |
| 5↑ | Ambrogio Lorenzetti, Annunciazione. Montesiepi (Chiusdino), Rotonde de San Galgano. |
| 6↑ | Une clé pendante est un ornement de clé de voûte qui descend au-dessous de sa douelle (partie inférieure d’une voûte (synonyme d’intrados). |
