La tombe grecque de calcaire peint appelée Tomba del Tuffatore (Tombe du Plongeur) date de 480 avant notre ère. [1]Dimensions de la tombe : 215 x 100 x 80 cm. Selon la description de la découverte, publiée par Mario Napoli (*), il s’agit d’une tombe à caisson creusée dans le rocher et fermée par cinq plaques de travertin, dont la conception suit le schéma typique des autres tombes grecques de Poseidonia. À l’intérieur de la tombe, le défunt était posé directement sur le … Poursuivre Elle a été mise à jour en juin 1968 par le professeur Mario Napoli [2]Mario Napoli (Naples, 1915 – Milan, 1976) : archéologue, spécialiste d’archéologie romaine et de la Grande-Grèce. Après une première étude publiée en 1969, Mario Napoli, son inventeur, offrit une approche descriptive circonstanciée de la tombe. Voir note 1. et son équipe sur un terrain de la frazione de Tempa del Prete, partie d’une nécropole située à environ deux kilomètres au sud de l’antique Posidonia, aujourd’hui Paestum. [3]D’autres tombes de cette nécropole datent de périodes pouvant varier du VIe au IVe siècle, ce qui renforce encore l’effet d’aubaine que représenta la mise au jour de ce merveilleux décor maintenu intact sous terre pendant près de deux millénaires et demi.

Les cinq fresques de cette tombe en caisse, ou ciste [4]Généralement individuelle, de petites dimensions, utilisée depuis la Préhistoire jusqu’au haut Moyen Âge, la ciste est une sépulture individuelle, rarement double, de petites dimensions, à usage unique, se présentant généralement sous la forme d’un caisson ou coffre parfois recouvert d’un tumulus entouré d’une enceinte de pierre carrée, … Poursuivre ont été peintes sur un tuf calcaire d’origine locale. « Sur les deux longs côtés, respectivement les faces nord et sud, nous voyons des scènes de banquet (symposium) comprenant chacune trois klinai à deux personnages ou à un seul, munis de vases à boire ou d’instruments de musique. Les deux petits côtés, est et ouest, nous offrent respectivement une scène de libation et un cortège funèbre d’influence assez nettement étrusque. Une première remarque s’impose quant à la « lecture » de ces scènes : on peut difficilement admettre qu’elles nous offrent des sujets pris au hasard et sans relation aucune avec la personnalité du défunt. En un second temps, il semblerait étonnant aussi que ces scènes n’aient pas un rapport quelconque avec l’au-delà. Leur signifiant obvie est bel et bien trivial et quotidien, mais la charge métaphorique qui s’en dégage nous oriente vers un signifié de type funéraire et probablement religieux. » [5]Pierre Somville, « La tombe du plongeur à Paestum », dans Revue de l’histoire des religions, tome 196, no 1, 1979, pp. 41-51. https://doi.org/10.3406/rhr.1979.6885

« Les parois latérales présentent des scènes de symposión, thème de prédilection de la céramique attique à figures rouges d’après 520-510 av. J.-C., et de la peinture funéraire étrusque, avec l’illustration du désir amoureux, du jeu du kottabos, de l’extase musicale, de la conversation, de l’œuf, de l’éphèbe-serviteur et du kômos. [6]Un komos ou comos (gr. ancien κῶμος / kỗmos ; en latin comus (*), nom de la divinité latine des réjouissances) était une procession rituelle festive dans la Grèce antique, du nom de la divinité qui présidait aux festins, aux réjouissances nocturnes, ainsi qu’à la parure des femmes et des jeunes gens, et plus généralement aux … Poursuivre La dalle de couverture présente une scène de plongeon, sujet pratiquement inconnu. Des comparaisons iconographiques, il ressort que les artistes ont procédé à une véritable création, extrapolant les modèles à leur disposition. Ces images ont déjà fait couler beaucoup d’encre mais rares sont les auteurs qui se sont attachés à comprendre la relation entre le thème du symposion et le thème du plongeon. Dans le cadre d’une étude non publiée portant sur l’analyse iconologique de la tombe, j’y ai consacré un chapitre, dont voici la substance. Le contour noir qui encadre le tableau peint sur le couvercle l’isole clairement des scènes des parois latérales. Le plongeur, seul personnage du cycle à ne pas être couronné, ne participe pas au banquet. L’action est située à l’extérieur par des éléments de paysage, tandis que les scènes de symposion, ayant lieu probablement dans une salle intérieure, en sont dépourvues.
« Remarquons d’abord que le banquet, malgré les apparences, est fort éloigné des sympathiques beuveries historiées des coupes attiques à figures rouges et que sa situation funéraire en fait plutôt une évocation du aunóciov Tãv ócicv dont parle Platon au second livre de la République [7]« Musée (*) et son fils, de la part des dieux, accordent aux justes des récompenses plus grandes encore. Les conduisant chez Hadès, ils les introduisent au banquet des saints, où, couronnés de fleurs, ils leur font passer le temps à s’enivrer, comme si la plus belle récompense de la vertu était une ivresse éternelle. » Platon, République, II, 363c-d. (*) … Poursuivre. Une remarque du même ordre surgit à propos de la scène de xótao, de la face nord. Peut-on vraiment voir là, et n’y voir que la représentation de ce jeu d’ivrognes qui s’amusaient à lancer d’une coupe à l’autre un peu de liquide en espérant tirer du « coup au but » un signe de bon augure, érotique ou autre? Ne pourrions-nous, au contraire, valoriser cette scène en lui conférant une charge d’émotion et de sérieux autrement entrainante ? » [8]Pierre SOMVILLE, op. cit. p. 44.
PAROI OUEST
cc
DALLE DU COUVERCLE
cc
PAROI NORD

c
PAROI EST
c
PAROI SUD
c
Notes
| 1↑ | Dimensions de la tombe : 215 x 100 x 80 cm. Selon la description de la découverte, publiée par Mario Napoli (*), il s’agit d’une tombe à caisson creusée dans le rocher et fermée par cinq plaques de travertin, dont la conception suit le schéma typique des autres tombes grecques de Poseidonia. À l’intérieur de la tombe, le défunt était posé directement sur le banc rocheux accompagné d’un « lécythe attique à vernis noir daté de 480 av. J.-C., deux petits becs d’aryballe ainsi que des restes d’une carapace de tortue, dans laquelle on a reconnu des vestiges d’une lyre. La décoration sur les épaules du lécythe est à palmettes, de type attique ; la décoration, comme le profil du lécythe, autorisent la datation de l’objet, et par conséquent de la tombe, de 480. » (**)
(*) Mario NAPOLI, « Le pitture greche della tomba del tuffatore », dans Le Scienze, 2, 1969, n. 8, pp. 9-19 ; Mario NAPOLI, La Tomba del Tuffatore. La Scoperta della grande pittura greca, Bari, De Donato, 1970. |
|---|---|
| 2↑ | Mario Napoli (Naples, 1915 – Milan, 1976) : archéologue, spécialiste d’archéologie romaine et de la Grande-Grèce. Après une première étude publiée en 1969, Mario Napoli, son inventeur, offrit une approche descriptive circonstanciée de la tombe. Voir note 1. |
| 3↑ | D’autres tombes de cette nécropole datent de périodes pouvant varier du VIe au IVe siècle, ce qui renforce encore l’effet d’aubaine que représenta la mise au jour de ce merveilleux décor maintenu intact sous terre pendant près de deux millénaires et demi. |
| 4↑ | Généralement individuelle, de petites dimensions, utilisée depuis la Préhistoire jusqu’au haut Moyen Âge, la ciste est une sépulture individuelle, rarement double, de petites dimensions, à usage unique, se présentant généralement sous la forme d’un caisson ou coffre parfois recouvert d’un tumulus entouré d’une enceinte de pierre carrée, ronde ou rectangulaire, laquelle peut jouer un rôle de contention pour la masse de terre ou de pierre. La ciste, avec ou sans tumulus, peut être enterrée, semi-enterrée ou aérienne. Lorsque la fosse est creusée dans le sol, ses flancs sont en partie ou en totalité revêtus par des murets en pierres sèches ou par des dalles en pierre posées sur chant (pouvant éventuellement lui conférer un caractère mégalithique). La tombe est généralement recouverte par une ou plusieurs dalles horizontales ou par des branchages, l’ensemble étant recouvert uniquement de terre (tertre), uniquement de pierres (cairn) ou d’un mélange des deux (tumulus). En raison de son étroitesse, ne peut accueillir qu’un dépôt funéraire limité (inhumation individuelle ou incinération). |
| 5↑ | Pierre Somville, « La tombe du plongeur à Paestum », dans Revue de l’histoire des religions, tome 196, no 1, 1979, pp. 41-51. https://doi.org/10.3406/rhr.1979.6885 |
| 6↑ | Un komos ou comos (gr. ancien κῶμος / kỗmos ; en latin comus (*), nom de la divinité latine des réjouissances) était une procession rituelle festive dans la Grèce antique, du nom de la divinité qui présidait aux festins, aux réjouissances nocturnes, ainsi qu’à la parure des femmes et des jeunes gens, et plus généralement aux excès. Si on peut le définir comme un groupe d’hommes en mouvement célébrant un événement communautaire, les pratiques précises que recouvre ce terme (bien attesté dans la littérature antique) restent floues.
Dans la littérature archéologique et iconographique, le komos désigne généralement un cortège bruyant et festif de buveurs accompagnés de musiciennes, caractéristique dans les représentations de banquets et fêtes dionysiaques. Cette procession pourrait puiser ses origines dans une fête de la nature dédiée à Dionysos et sa suite lors des vendanges. Figurant régulièrement sur les vases attiques dès le VIe siècle av. J.-C., il semble progressivement perdre sa valeur rituelle pour devenir un divertissement privé. Les participants au komos sont appelés des comastes et les manifestations d’ivresse sont dites comastiques ou bien orgastiques. (*) En tant que personnification, Comos est une des divinités mineures faisant partie du cortège de Dionysos, comme Silène. Son équivalent latin est Comus. Comos (la bonne Chère) est le frère de Coros (la Satiété), Hérodote (*) les faisant naître tous deux d’Hybris (la Démesure). (*) HÉRODOTE, Histoires, Paris, Les Belles Lettres, 1966-2003 |
| 7↑ | « Musée (*) et son fils, de la part des dieux, accordent aux justes des récompenses plus grandes encore. Les conduisant chez Hadès, ils les introduisent au banquet des saints, où, couronnés de fleurs, ils leur font passer le temps à s’enivrer, comme si la plus belle récompense de la vertu était une ivresse éternelle. » Platon, République, II, 363c-d.
(*) « Originaire de Thrace, Musée est un poète et un chanteur dont l’existence hésite entre l’histoire et la légende. À l’instar d’Orphée, dont il serait le disciple, Musée, fils d’Antiophémos, descendrait de la déesse Séléné et des Muses. On lui attribue également les dons du guérisseur et du prophète. On le dit lié à Apollon et il semble avoir entretenu des rapports étroits avec les mystères d’Éleusis. Mais Platon, en adversaire de la conception orphique de la vie après la mort, décrit Musée accordant aux justes de grandes récompenses, les menant chez Hadès couronnés de fleurs et les faisant boire jusqu’à l’ivresse, comme si c’était là la meilleure des récompenses. Une légende raconte que Borée lui donne le pouvoir de voler. » Jean-Claude Belfiore, Dictionnaire de mythologie grecque et romaine, Paris, Larousse, 2016. |
| 8↑ | Pierre SOMVILLE, op. cit. p. 44. |





Vous devez être connecté pour poster un commentaire.