Théorie des deux sources

En 1835, le philologue Karl Lachmann [1]Karl Lachmann (Brunswick, 1793 – Berlin, 1851) : philologue prussien. En dehors de ses travaux sur les classiques latins et allemands, Lachmann a aussi étudié avec le plus grand soin le texte du Nouveau Testament. Jusqu’à Lachmann, les biblistes partaient du textus receptus (*) d’Érasme et cherchaient à l’amender en se fondant, à défaut de témoignages anciens, … Poursuivre parvient, grâce à une critique littéraire et formelle des textes bibliques, à démontrer que, contrairement à une lecture traditionnelle, le plus ancien des Évangiles n’est pas celui de Matthieu. Il conclut à l’antériorité de Marc. [2]L’antériorité de Marc, ou priorité de Marc, est la thèse selon laquelle l’Évangile selon Marc est le plus ancien des trois synoptiques. L’exégèse biblique traditionnelle a longtemps attribué cette antériorité à l’Évangile selon Matthieu, en accord à la fois avec l’ordre canonique et avec les explications de Saint Augustin dans son De consensu … Poursuivre

Lachmann s’est passionné pour le problème synoptique. [3]Plusieurs épisodes figurent parfois dans l’ensemble des quatre Évangiles canoniques, parfois dans trois d’entre eux, parfois dans seulement deux et parfois dans un seul. Tantôt ces doublons sont écrits d’une manière identique, tantôt la narration adopte un style différent. Si l’on juxtapose les trois Évangiles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc (*), surgissent des … Poursuivre L’évangile selon Matthieu, celui de Marc et celui de Luc ont une structure commune, des passages et des expressions semblables mais aussi des divergences importantes. Alors que Johann Jakob Griesbach [4]Johann Jakob Griesbach (Butzbach, landgraviat de Hesse-Darmstadt, 1745 – Iéna, 1812) : exégète biblique allemand. Griesbach est surtout célèbre pour son édition critique du Nouveau Testament et ses recherches sur le problème synoptique. On appelle aujourd’hui « hypothèse de Griesbach » l’hypothèse selon laquelle l’Évangile … Poursuivre supposait que l’évangile selon Matthieu était le premier chronologiquement, et que venait ensuite ceux de Luc puis de Marc, Lachmann, reprenant et résumant les deux autres, inverse la proposition et voit dans l’évangile de Marc le premier des trois textes, celui, précisément, qui aurait servi de référence à Luc et Matthieu (hypothèse de l’antériorité de Marc [5]« Aujourd’hui, les travaux d’histoire de la rédaction [des évangiles synoptiques] en cours depuis vingt ans ont définitivement établi l’antériorité chronologique et l’originalité théologique de Marc, en dépit des inutiles combats d’arrière-garde livrés par quelques légitimistes voués à la défense de Matthieu et par de rares orléanistes acquis à … Poursuivre). Il en a déduit que Marc a été utilisé par les deux autres. En 1866, partant de cette conclusion, Christian Hermann Weisse [6]Christian Hermann Weisse (Leipzig, 1801 – 1866) : bibliste, théologien protestant et philosophe. Ses recherches sur le problème synoptique du Nouveau Testament l’amenèrent à formuler l’« hypothèse des deux sources » (1838). formule la théorie des deux sources communes à Matthieu et à Luc : d’une part le texte de Marc, d’autre part les logia (recueil de paroles de Jésus). Cette théorie est aujourd’hui admise par la communauté des chercheurs.

Notes

Notes
1 Karl Lachmann (Brunswick, 1793 – Berlin, 1851) : philologue prussien. En dehors de ses travaux sur les classiques latins et allemands, Lachmann a aussi étudié avec le plus grand soin le texte du Nouveau Testament. Jusqu’à Lachmann, les biblistes partaient du textus receptus (*) d’Érasme et cherchaient à l’amender en se fondant, à défaut de témoignages anciens, sur des arguments subjectifs comme l’unité de style et de lexique, ou l’historicité. Lachmann, lui, remonta aux manuscrits anciens les plus utilisés par les humanistes, ainsi qu’aux traductions et citations des Pères. Il se borna à appliquer un petit nombre de règles simples : suivant saint Jérôme et Richard Bentley (**) (dont le Nouveau Testament était resté inédit par suite des attaques de théologiens anglais), son premier axiome était que, entre les leçons existantes, il fallait toujours donner la préférence à celle qui se trouvait dans les documents les plus anciens arrivés jusqu’à nous. Soutenu dans ses travaux par Philippe Buttmann, Lachmann édita le Nouveau Testament avec indication de ses sources et le texte de la Vulgate, sous le titre : Novum Testamentum græce et latine (t. I, 1842 ; t. II, 1850).

(*) Textus receptus (lat. : « texte reçu ») : nom donné a posteriori aux différentes versions successives, en grec, du Nouveau Testament, qui constituent la base des traductions en allemand de la Bible de Luther et de la plupart des traductions de la Réforme protestante en Europe occidentale et centrale.
La première version du Nouveau Testament publiée en grec en 1516 a été entreprise à Bâle par Érasme.
(**) Richard Bentley (Oulton [dans le comté d’York], 1662 – 1742) : théologien et critique littéraire anglais.

2 L’antériorité de Marc, ou priorité de Marc, est la thèse selon laquelle l’Évangile selon Marc est le plus ancien des trois synoptiques. L’exégèse biblique traditionnelle a longtemps attribué cette antériorité à l’Évangile selon Matthieu, en accord à la fois avec l’ordre canonique et avec les explications de Saint Augustin dans son De consensu evangelistarum (Voir : Augustin d’Hippone).
3 Plusieurs épisodes figurent parfois dans l’ensemble des quatre Évangiles canoniques, parfois dans trois d’entre eux, parfois dans seulement deux et parfois dans un seul. Tantôt ces doublons sont écrits d’une manière identique, tantôt la narration adopte un style différent. Si l’on juxtapose les trois Évangiles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc (*), surgissent des analogies et des variantes d’une telle complexité qu’il devient hasardeux d’en dresser un schéma général. Tel est en substance le problème synoptique.

(*) L’Évangile selon Jean diffère des Évangiles synoptiques à plusieurs égards : il couvre une période différente ; il situe une grande partie du ministère de Jésus-Christ en Judée ; et il présente Jésus dissertant longuement sur des questions théologiques.

4 Johann Jakob Griesbach (Butzbach, landgraviat de Hesse-Darmstadt, 1745 – Iéna, 1812) : exégète biblique allemand. Griesbach est surtout célèbre pour son édition critique du Nouveau Testament et ses recherches sur le problème synoptique. On appelle aujourd’hui « hypothèse de Griesbach » l’hypothèse selon laquelle l’Évangile selon Matthieu serait le plus ancien des trois évangiles synoptiques.
5 « Aujourd’hui, les travaux d’histoire de la rédaction [des évangiles synoptiques] en cours depuis vingt ans ont définitivement établi l’antériorité chronologique et l’originalité théologique de Marc, en dépit des inutiles combats d’arrière-garde livrés par quelques légitimistes voués à la défense de Matthieu et par de rares orléanistes acquis à la cause de Luc. On est donc en droit d’espérer des lumières nouvelles sur les débuts du christianisme si l’on relit avec des yeux neufs le plus ancien des évangiles. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les monographies consacrées à Marc soient à la fois nombreuses et ambitieuses. » Étienne Trocmé, « Trois critiques au miroir de l’Évangile selon Marc », dans Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 55e année n°2 (1975), pp. 289-295.
6 Christian Hermann Weisse (Leipzig, 1801 – 1866) : bibliste, théologien protestant et philosophe. Ses recherches sur le problème synoptique du Nouveau Testament l’amenèrent à formuler l’« hypothèse des deux sources » (1838).

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