Cacciaguida degli Elisei (Florence, 1091 – Palestine, v. 1148) : chevalier de la seconde croisade [1]La seconde croisade (1146-1148) est une expédition des chrétiens d’Occident vers la Terre sainte lancée en décembre 1145 par le pape Eugène III (*) à la suite de la prise d’Édesse l’année précédente, suivie de la conquête du comté d’Édesse, qui met en danger les États latins d’Orient issus des … Poursuivre au cours de laquelle il trouve la mort. Il est le trisaïeul de Dante Alighieri. Celui-ci le rencontre pendant son voyage imaginaire au Paradis, traversant le « ciel de Mars » qui abrite les âmes des combattants de la foi : la chronique de la rencontre occupe les trois chants XV, XVI et XVII du troisième cantique de la Divine Comédie. Au-delà de leur valeur littéraire et artistique, ces trois chants sont importants du point de vue historique car ils fournissent de nombreuses informations sur la famille Alighieri et la Florence du XIIe siècle.
Au chant XV, Cacciaguida raconte à Dante la Florence de son temps, encore comprise dans les premiers murs d’enceinte remontant à l’époque de Charlemagne (une seconde enceinte avait été construite au temps de Dante, en 1173, à son tour remplacée par une troisième projetée en 1284 et achevée en 1333). La Florence de cette époque est décrite comme une petite ville « sobre et pudique », tellement différente de celle du temps de Dante. Les femmes d’alors, raconte Cacciaguida, ne se promenaient pas avec des habits coûteux et des bijoux, la naissance d’une fille n’effrayait pas à l’idée d’une riche dot, les maisons étaient modestes et l’aspect extérieur de Florence n’était pas encore fastueux, les comportements sexuels extravertis n’avaient pas cours, les nobles allaient vêtus avec modestie et n’éprouvaient pas de honte à exercer d’humbles professions, les familles ne couraient pas le danger de l’exil ou de l’éloignement pour le commerce. À la fin du chant XV, on apprend que Cacciaguida eut deux frères, Moronto et Eliseo (dont descend l’antique famille florentine des Elisei [2]L’identification de Moronto avec les Moronci de Arco à partir des documents de la Badia Fiorentina est pour le moins douteuse étant donné qu’ils remontent à 1076., qu’il épousa une femme de l’Italie septentrionale (une Aldighieri de Ferrare, précisera par la suite Boccace) qui fut à l’origine du nom Alighieri, qu’il guerroya en Terre sainte contre les mécréants aux côtés de Conrad III [3]Conrad III (Bamberg, 1093 – 1152) : prince de la maison de Hohenstaufen, fils du duc Frédéric Ier de Souabe et d’Agnès de Franconie. Nommé duc en Franconie en 1116, il est le premier membre de la dynastie à avoir été élu roi des Romains (pour la première fois depuis 962, un souverain du Saint-Empire n’a pas pu obtenir la dignité … Poursuivre qui le fit chevalier, et où il trouva la mort.
Dans le chant XVI, Cacciaguida répond aux questions que Dante lui pose sur la Florence d’autrefois : de ses réponses, le lecteur apprend que la ville avait un cinquième des habitants par rapport au début du XIVe siècle, qu’elle n’avait pas encore vu l’immigration des familles du contado, souvent source de délinquance, et que la limite de la cité se trouvait alors à Galluzzo et à Trespiano. Cacciaguida dit que l’immigration de nouvelles personnes, favorisée par l’Église, est la cause des discordes actuelles, qui conduit à la ruine de la ville et il conclut en énumérant de célèbres familles florentines puissantes alors mais déchues au temps de son petit-fils. Le chant se termine sur le récit du célèbre affrontement entre Amidei et Buondelmonti en 1215, qui fut à l’origine de la lutte entre guelfes et gibelins.
Au chant XVII, Cacciaguida prédit à Dante les événements de sa vie future, l’exil de Florence et sa vie errante et solitaire. Il révèle aussi la mission de Dante à son retour dans le monde : c’est par la bouche de Cacciaguida que Dieu investit le poète de la mission de révéler sa volonté à l’humanité pour la sauver, Dante est institué poète-prophète.
Notes
| 1↑ | La seconde croisade (1146-1148) est une expédition des chrétiens d’Occident vers la Terre sainte lancée en décembre 1145 par le pape Eugène III (*) à la suite de la prise d’Édesse l’année précédente, suivie de la conquête du comté d’Édesse, qui met en danger les États latins d’Orient issus des conquêtes de la première croisade (**).
(*) Bernardo Paganelli di Montemagno (Pise, fin des années 1080 – Tivoli, 1153) : disciple de saint Bernard de Clervaux et moine de l’abbaye du même nom, pape sous le nom d’Eugène III de 1145 à 1153. Considéré bienheureux par l’Église catholique. |
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| 2↑ | L’identification de Moronto avec les Moronci de Arco à partir des documents de la Badia Fiorentina est pour le moins douteuse étant donné qu’ils remontent à 1076. |
| 3↑ | Conrad III (Bamberg, 1093 – 1152) : prince de la maison de Hohenstaufen, fils du duc Frédéric Ier de Souabe et d’Agnès de Franconie. Nommé duc en Franconie en 1116, il est le premier membre de la dynastie à avoir été élu roi des Romains (pour la première fois depuis 962, un souverain du Saint-Empire n’a pas pu obtenir la dignité impériale). De 1147 à 1149, Conrad participe à la deuxième croisade qui s’achève par un échec total. |
