Le viol de Lucrèce

Le viol de Lucrèce par Sextus Tarquin est un épisode de l’histoire de Rome, rapporté par Tite-Live [1][I, 58] « Les Rutules habitaient la ville d’Ardée. C’était une nation puissante et riche, et pour le temps et pour le pays. La guerre leur fut déclarée à cause de l’épuisement des finances, résultat des travaux somptueux, entrepris par Tarquin, lequel désirait de combler le vide et de regagner en même temps, par l’appât du butin, le cœur de ses sujets. … Poursuivre. Pendant le siège d’Ardée [2]Le siège d’Ardée, est l’épisode de guerre mené par le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe, contre la ville riche des Rutules. Tarquin veut piller la ville réputée pour sa richesses, afin de renflouer le trésor royal., les jeunes princes romains, dont Sextus Tarquin et Tarquin Collatin (le mari de Lucrèce), se disputent pour savoir quelle est, de leurs femmes respectives, la plus vertueuse. Ils se rendent incognito à Rome puis à Collatie. Seule Lucrèce est surprise en train de filer la laine tard le soir avec ses servantes, surpassant aisément en vertu les princesses surprises dans le faste et les festins. Quelques jours plus tard, Sextus Tarquin revient secrètement et viole Lucrèce. Se sentant déshonorée, celle-ci se suicide. C’était en 509 av. J.-C. Cet épisode marque la fin de la royauté étrusque des Tarquins et l’instauration de la République romaine.

Pas plus que Tite-Live, Denys d’Halicarnasse [3]Le récit de Denys d’Halicarnasse diverge quelque peu de celui de Tite-Live concernant la mort de Lucrèce. Cette dernière se suicide dans les bras de son père en présence de Valerius Publicola (*) et c’est ce dernier qui prévient son mari et Lucius Junius Brutus. (*) DENYS D’HALICARNASSE, Antiquités romaines, IV, 67. En ligne : … Poursuivre ou Ovide, qui ont raconté à leur manière cette histoire édifiante, les Romains ne croyaient véritablement à cette légende. Ce récit, modèle de l’exemplum, a cependant inspiré de nombreux artistes, poètes, musiciens et peintres.

Notes

Notes
1 [I, 58]
« Les Rutules habitaient la ville d’Ardée. C’était une nation puissante et riche, et pour le temps et pour le pays. La guerre leur fut déclarée à cause de l’épuisement des finances, résultat des travaux somptueux, entrepris par Tarquin, lequel désirait de combler le vide et de regagner en même temps, par l’appât du butin, le cœur de ses sujets. Ceux-ci, en effet, irrités de son orgueil et de son despotisme, s’indignaient que le prince les enchaînât depuis si longtemps à des travaux de manoeuvres et d’esclaves. D’abord on essaya de prendre Ardée d’assaut ; mais cette tentative eut peu de succès. On convertit le siège en blocus, et l’ennemi fut resserré dans l’enceinte de ses murs.
« Durant ce blocus, et comme il arrive ordinairement dans une guerre moins vive que longue, on accordait assez facilement des congés ; mais aux officiers plutôt qu’aux soldats. De temps en temps les jeunes princes abrégeait les ennuis de l’oisiveté par des festins et des parties de débauche. Un jour qu’ils soupaient chez Sextus Tarquin, avec Tarquin Collatin, fils d’Égérius, la conversation tomba sur les femmes; et chacun d’eux de faire un éloge magnifique de la sienne. La discussion s’échauffant, Collatin dit qu’il n’était pas besoin de tant de paroles, et qu’en peu d’heures on pouvait savoir combien Lucrèce, sa femme, l’emportait sur les autres. « Si nous sommes jeunes et vigoureux, ajouta-t-il, montons à cheval, et allons nous assurer nous-mêmes du mérite de nos femmes. Comme elles ne nous attendent pas, nous les jugerons par les occupations où nous les aurons surprises. »
« Le vin fermentait dans toutes les têtes. « Partons, s’écrièrent-ils ensemble, » et ils courent à Rome à bride abattue. Ils arrivèrent à l’entrée de la nuit. De là ils vont à Collatie, où ils trouvent les belles-filles du roi et leurs compagnes au milieu des délices d’un repas somptueux ; et Lucrèce, au contraire, occupée, au fond du palais, à filer de la laine, et veillant, au milieu de ses femmes, bien avant dans la nuit. Lucrèce eut tous les honneurs du défi. Elle reçoit avec bonté les deux Tarquins et son mari, lequel, fier de sa victoire, invite les princes à rester avec lui. Ce fut alors que S. Tarquin conçut l’odieux désir da posséder Lucrèce, fût-ce au prix d’un infâme viol. Outre la beauté de cette femme, une réputation de vertu si éprouvée piquait sa vanité. Après avoir achevé la nuit dans les divertissements de leur âge, ils retournent au camp. »

[I, 58]
« Peu de jours après, Sextus Tarquin, à l’insu de Collatin, revient à Collatie, accompagné d’un seul homme. Comme nul ne soupçonnait ses desseins, il est accueilli avec bienveillance, et on le conduit, après souper, dans son appartement. Là, brûlant de désirs, et jugeant, au silence qui l’environne, que tout dort dans le palais, il tire son épée, marche au lit de Lucrèce déjà endormie, et, appuyant une main sur le sein de cette femme : « Silence, Lucrèce, dit-il, je suis Sextus Tarquin : je tiens une épée, vous êtes morte, s’il vous échappe une parole. » Tandis qu’éveillée en sursaut et muette d’épouvante, Lucrèce, sans défense, voit la mort suspendue sur sa tête, Tarquin lui déclare son amour; il la presse, il la menace et la conjure tour à tour, et n’oublie rien de ce qui peut agir sur le coeur d’une femme. Mais, voyant qu’elle s’affermit dans sa résistance, que la crainte même de la mort ne peut la fléchir, il tente de l’effrayer sur sa réputation. Il affirme qu’après l’avoir tuée, il placera près de son corps le corps nu d’un esclave égorgé, afin de faire croire qu’elle aurait été poignardée dans la consommation d’un ignoble adultère. Vaincue par cette crainte, l’inflexible chasteté de Lucrèce cède à la brutalité de Tarquin, et celui-ci part ensuite, tout fier de son triomphe sur l’honneur d’une femme. Lucrèce, succombant sous le poids de son malheur, envoie un messager à Rome et à Ardée, avertir son père et son mari qu’ils se hâtent de venir chacun avec un ami sûr; qu’un affreux événement exige leur présence.
« Spurius Lucrétius arrive avec Publius Valérius, fils de Volésus, et Collatin avec Lucius Iunius Brutus. Ces deux derniers retournaient à Rome de compagnie lorsqu’ils furent rencontrés par le messager de Lucrèce. Ils la trouvent assise dans son appartement, plongée dans une morne douleur. À l’aspect des siens, elle pleure; et son mari, lui demandant si tout va bien : « Non, répond-elle; car, quel bien reste-t-il à une femme qui a perdu l’honneur ? Collatin, les traces d’un étranger sont encore dans ton lit. Cependant le corps seul a été souillé ; le coeur est toujours pur, et ma mort le prouvera. Mais vous, jurez-moi que l’adultère ne sera pas impuni. C’est Sextus Tarquin, c’est lui qui, cachant un ennemi sous les dehors d’un hôte, est venu la nuit dernière ravir, les armes à la main, un plaisir qui doit lui coûter aussi cher qu’à moi-même, si vous êtes des hommes. » Tous, à tour de rôle, lui donnent leur parole, et tâchent d’adoucir son désespoir, en rejetant toute la faute sur l’auteur de la violence; ils lui disent que le corps n’est pas coupable quand le coeur est innocent, et qu’il n’y a pas de faute là ou il n’y a pas d’intention. « C’est à vous, reprend-elle, à décider du sort de Sextus. Pour moi, si je m’absous du crime, je ne m’exempte pas de la peine. Désormais que nulle femme, survivant à sa honte, n’ose invoquer l’exemple de Lucrèce ! » À ces mots, elle s’enfonce dans le coeur un couteau qu’elle tenait sous sa robe, et, tombant sur le coup, elle expire. Son père et son mari poussent des cris. »

TITE-LIVE, Ab Urbe condita (Histoire romaine), livre I, chapitres 57 et 58, « La guerre contre Ardée ; Sextus Tarquin viole Lucrèce qui se suicide. »

2 Le siège d’Ardée, est l’épisode de guerre mené par le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe, contre la ville riche des Rutules. Tarquin veut piller la ville réputée pour sa richesses, afin de renflouer le trésor royal.
3 Le récit de Denys d’Halicarnasse diverge quelque peu de celui de Tite-Live concernant la mort de Lucrèce. Cette dernière se suicide dans les bras de son père en présence de Valerius Publicola (*) et c’est ce dernier qui prévient son mari et Lucius Junius Brutus.

(*) DENYS D’HALICARNASSE, Antiquités romaines, IV, 67. En ligne : https://remacle.org/bloodwolf/historiens/denys/livreI.htm

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