Domenico Beccafumi, « Sant’Anna Metterza e le Sante Maddalena e Orsola »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti (Sovicille)], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

Sant’Anna Metterza e le Sante Maddalena e Orsola (Sainte Anne metterza [1]Issu du dialecte toscan des XIIIe et XIVe siècles, le terme Metterza (ou metta terza) signifie « elle est en troisième position » ; cette épithète renvoie à un modèle iconographique dans lequel sainte Anne, mère de la Vierge, elle-même mère de l’Enfant-Jésus, figure à cette « troisième place ». Cette dénomination permettait de rappeler la subordination de sainte Anne face … Poursuivre avec sainte Marie-Madeleine et sainte Ursule),

Fresque, 293 x 222 cm.

Inscriptions :

  • (sur l’architrave de la niche) : « AVE MATER MATRIS DEI » [2]« Salut, Mère de la Mère de Dieu. » Cette formule permet de louer Anne tout en la maintenant à la troisième place (metterza) qui est la sienne dans le groupe formé par le Fils, sa Mère et la Mère de sa Mère. Voir note 1. Pour accomplir la Rédemption du genre humain, Dieu a voulu s’aider des créatures. Plus le rôle joué par la créature est important, plus il dote … Poursuivre

Provenance : In situ.

Sienne, Ricovero di Campansi [3]Clôture de l’ancien monastère de San Girolamo, aujourd’hui maison de repos..

Le groupe principal

Madeleine, à gauche, et Ursule, à droite, s’intègrent difficilement dans l’espace étroit demeuré disponible entre sainte Anne et sa descendance, et le rebord du piédroit de l’ouverture de la niche simulée. C’est particulièrement vrai pour Madeleine, dont l’échelle a été diminuée pour lui permettre de s’y glisser, quitte à créer l’illusion qu’elle se situe en retrait du parapet

Ce n’est qu’au début du XXe siècle que cette œuvre méconnue, peu visible du fait de sa localisation éloignée des circuits touristiques, a été réintégrée au catalogue de Beccafumi, grâce à Lucy Olcott [4]Lucy Olcott (1877–1922) : historienne de l’art et marchande d’art américaine. Spécialiste de l’art siennois et des antiquités égyptiennes, elle a travaillé pour de grandes institutions telles que le Metropolitan Museum of Art et le Cleveland Museum of Art. Elle est aussi co-auteur avec William Heywood du très populaire et très précieux Guide to Siena (*) publié en … Poursuivre qui, « peut-être mal à l’aise face à une œuvre d’interprétation difficile, a préféré imaginer qu’elle avait été lourdement repeinte » [5]Cecilia ALESSI, « Sant’Anna Metterza e le Sante Maddalena e Orsola », dans Piero TORRITI (dir.), Beccafumi, Milan, Electa, 1998, p. 179..

Cette peinture révèle la disparité qualitative des figures des saintes représentées à l’arrière-plan, en particulier celle, à droite, de sainte Ursule. Si Donato Sanminiatelli [6]Donato SANMINIATELLI, Domenico Beccafumi, Milan, Bramante Editrice, 1967. a émis l’hypothèse que ces figures avaient été ajoutées à la demande du commanditaire, ce décalage s’explique mieux par l’intervention d’un assistant, peut-être un certain « Antonio mio [garzone] » [7]MOSCADELLI & ZARRILLI, in AA.VV., 1990, p. 694, n° 166., qui a également travaillé au décor de l’abside de la cathédrale de Sienne.

La fresque s’inscrit parfaitement dans le corpus de Beccafumi datant de la période de l’Ascension peinte à partir de 1540 sur la voûte de l’abside de la cathédrale de Sienne et, surtout, du Couronnement de tous les saints (cat. n° P79). Ce qui la rattache à cette phase stylistique, c’est l’application fluide de la couleur, cristalline et comme figée dans une luminosité diaphane [8]La couleur a pleinement retrouvé son éclat grâce à une restauration effectuée il y a un peu plus de quarante ans (Cornice, 1976).. Dans ce contexte, seul Beccafumi pouvait adapter avec autant d’habileté — au sein d’un cadre architectural très simple et d’une grande rigueur classique — des concepts antérieurs hérités de Baldassare Peruzzi. Ces idées avaient déjà été mises en œuvre avec succès, durant la période siennoise de Baldassarre, par Giovanni di Lorenzo Cini dans une toile traitant du même sujet, peinte en 1530 pour Onoria Orsini et destinée à l’église San Girolamo. Elles incluent des inventions originales, telles que l’imitation raffinée du grès et du porphyre, ainsi que l’élégant déploiement du manteau de couleur lie-de-vin de sainte Anne, sur lequel repose l’Enfant-Jésus, préfigurant ainsi sa future Passion. Tout en remplissant cette fonction symbolique, la couleur du manteau de sainte, qui enveloppe les figures de la Madone et de l’Enfant, joue un rôle particulier dans la définition de l’espace dans la profondeur duquel s’échelonnent les personnages représentés.

Notes

Notes
1 Issu du dialecte toscan des XIIIe et XIVe siècles, le terme Metterza (ou metta terza) signifie « elle est en troisième position » ; cette épithète renvoie à un modèle iconographique dans lequel sainte Anne, mère de la Vierge, elle-même mère de l’Enfant-Jésus, figure à cette « troisième place ». Cette dénomination permettait de rappeler la subordination de sainte Anne face au Christ dans la foi chrétienne, malgré l’immense dévotion populaire pour ce trio familial.
2 « Salut, Mère de la Mère de Dieu. » Cette formule permet de louer Anne tout en la maintenant à la troisième place (metterza) qui est la sienne dans le groupe formé par le Fils, sa Mère et la Mère de sa Mère. Voir note 1. Pour accomplir la Rédemption du genre humain, Dieu a voulu s’aider des créatures. Plus le rôle joué par la créature est important, plus il dote cette créature de perfections et de grâces. Ainsi la sainte Vierge en raison de la Maternité divine devait être pleine de grâces et immaculée conception. Il est donc « convenable que sainte Anne, en tant que mère de la plus sainte des créatures, soit elle-même d’une éminente sainteté, bien que largement inférieure à la sainte Vierge ».
3 Clôture de l’ancien monastère de San Girolamo, aujourd’hui maison de repos.
4 Lucy Olcott (1877–1922) : historienne de l’art et marchande d’art américaine. Spécialiste de l’art siennois et des antiquités égyptiennes, elle a travaillé pour de grandes institutions telles que le Metropolitan Museum of Art et le Cleveland Museum of Art. Elle est aussi co-auteur avec William Heywood du très populaire et très précieux Guide to Siena (*) publié en 1903.

(*) William HEYWOOD, Lucy OLCOTT, Guide to Siena : history and art, Sienne, E. Torrini, 1903.

5 Cecilia ALESSI, « Sant’Anna Metterza e le Sante Maddalena e Orsola », dans Piero TORRITI (dir.), Beccafumi, Milan, Electa, 1998, p. 179.
6 Donato SANMINIATELLI, Domenico Beccafumi, Milan, Bramante Editrice, 1967.
7 MOSCADELLI & ZARRILLI, in AA.VV., 1990, p. 694, n° 166.
8 La couleur a pleinement retrouvé son éclat grâce à une restauration effectuée il y a un peu plus de quarante ans (Cornice, 1976).

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