
24
Simone Martini (Sienne, v. 1284 – Avignon, 1344) et Lippo Memmi (documenté de 1317 à 1348)
San Giacomo Minore (Saint Jacques le Mineur), 1333 (?) [1]Les différentes datations de cette œuvre s’échelonnent sur une période allant de 1315 environ à 1333..
Tempéra et or sur panneau, 29,8 x 22 cm (26,2 x I8,5 cm sans le cadre).
Inscriptions :
- (sur le fond d’or, de part et d’autre de la figure du saint) : « SAN(C)TVS YACOBVS » [2]« Saint Jacques. »
Provenance : Collection A. Stoclet, Bruxelles [3]Après la dispersion de la collection Stoclet, le San Giacomo Minore est passé en ventes publiques (Sotheby’s en 1965) avant d’être racheté pour revenir sur sa terre d’origine, à Sienne, au sein de la prestigieuse Collezione Salini au Castello di Gallico. .
Montecalvoli (Asciano), Castello di Gallico, Collezione Salini.
Sabina SPANNOCCHI, dans Luciano BELLOSI (dir.), La collezione Salini: dipinti, sculture e oreficerie dei secoli XII, XIII, XIV e XV (2 vols), Florence, Centro Di, 2009, I, pp. 132-141, cat. 14.
Cette figure en demi-buste de l’apôtre Jacques le Mineur [4]L’évêque Jacques de Voragine évoque ce saint en commençant par une longue digression sur son nom : « Le saint Jacques dont nous allons parler est désigné sous différents noms. On l’appelle notamment Jacques fils d’Alphée, où Jacques le « frère » [= le cousin] de Jésus, ou encore Jacques le Mineur et Jacques le Juste. Il est Jacques, fils d’Alphée, non … Poursuivre appartient à un ensemble pictural complexe et aujourd’hui dispersé [5]Ces petits panneaux à fond d’or constituaient le registre supérieur ou couronnement du retable. Ils représentaient un collège d’apôtres et de saints encadrant vraisemblablement une figure centrale (le Christ bénissant ou la Vierge)., dont la reconstitution a mobilisé de nombreux historiens de l’art. Grâce aux recherches d’archives (répertoriées notamment par la Fondation Federico Zeri), on sait que ce panneau de petites dimensions faisait à l’origine partie d’une série de dix pièces d’un polyptyque démembré [6]Voir : Simone Martini ou son atelier (Lippo Memmi ?) Ten Apostles. New York, The Metropolitan Museum of Art ; Washington, National Gallery of Art ; Asciano, Castello di Gallico, Collezione Salini ; Localisation actuelle inconnue (anciennement Florence, Carlo De Carlo)..
Avant d’être dispersés dans des collections privées modernes au cours des XXe et XXIe siècles, ces panneaux ont été historiquement documentés comme un ensemble dans la célèbre collection de Johann Anton Ramboux à Cologne au XIXe siècle.
La datation de ce polyptyque (autour de 1333) revêt une importance capitale : 1333 est précisément l’année où Simone Martini et son beau-frère Lippo Memmi peignent leur chef-d’œuvre absolu, l’Annonciation avec sainte Marguerite et saint Ansanus (aujourd’hui conservée au Galeries des Offices, à Florence).
Les poinçons dans l’or, la forme des arcs polylobés et la finesse extrême du dessin lient directement les fragments de ce polyptyque dispersé à la production de cette période charnière, juste avant le départ définitif de Simone Martini pour la cour papale d’Avignon.
Souvent confondu visuellement avec d’autres apôtres, Jacques le Mineur (cousin ou « frère » de Jésus) est ici représenté non pas comme un pèlerin (contrairement à Jacques le Majeur), mais comme un docteur et pilier de l’Église primitive.
Le regard détaché et lointain, presque mélancolique, évite de croiser les yeux du fidèle. Ce choix exprime la gravitas et la contemplation mystique propres aux œuvres destinées à l’ordre supérieur d’un polyptyque : les différentes figures représentées dans le couronnement de celui-ci regardaient symboliquement vers le mystère divin ou vers le panneau central du Christ.
L’analyse iconographique du San Giacomo Minore (Saint Jacques le Mineur) révèle des choix symboliques précis, dictés par la théologie du Trecento et l’emplacement originel de l’œuvre dans le polyptyque.
1. Le visage et la ressemblance christique
Simone Martini représente le saint selon une typologie d’une grande noblesse, les traits fins, les cheveux longs séparés par une raie centrale et une barbe bifide (séparée en deux pointes) soigneusement taillée.
La parenté spirituelle et charnelle : Dans l’iconographie chrétienne médiévale, Jacques le Mineur est traditionnellement désigné comme le « frère du Seigneur » (souvent considéré comme son cousin). Pour honorer cette proximité, les artistes lui attribuaient des traits physiques volontairement très proches de ceux du Christ. La finesse de ses traits insiste sur cette ressemblance sacrée.
2. Le rouleau de parchemin (Rotulus)
- Le symbole de la Parole : Contrairement à son homonyme Jacques le Majeur (souvent peint avec le bâton et la coquille du pèlerin), Jacques le Mineur tient ici un rouleau de parchemin fermé.
- L’Épître de Jacques : Ce rouleau fait directement référence à son statut d’auteur de l’une des Épîtres du Nouveau Testament. Il souligne son rôle de théologien, de docteur et de pilier de l’Église primitive de Jérusalem. Le fait qu’il soit serré contre lui montre la transmission inaltérée de la doctrine chrétienne.
3. Le geste de la main droite
- L’enseignement et la bénédiction : La main droite du saint est levée, les doigts légèrement fléchis. Ce geste associe la bénédiction liturgique à la parole active (l’allocution).
- Une interaction architecturale : Dans le polyptyque d’origine, ce geste n’était pas neutre. La main est orientée vers la gauche du panneau, ce qui signifie que le saint désignait et saluait visuellement la figure centrale du retable (probablement le Christ en Majesté ou la Vierge), créant un dialogue théologique à travers l’espace de l’autel.
4. Le nimbe poinçonné (L’Auréole)
- La matérialisation de la sainteté : L’auréole n’est pas un simple cercle plat. Elle est gravée de motifs végétaux et géométriques circulaires.
- La hiérarchie céleste : Le décor du nimbe, réalisé au poinçon, attrape la lumière de manière changeante selon l’angle de vue. À l’époque, cette technique d’orfèvrerie servait à glorifier le corps du saint, transformant la peinture en un objet précieux proche d’un reliquaire, digne du faste de la liturgie siennoise.
Surnommé le Mineur afin d’être différencié de son homonyme Jacques le Majeur, la tradition le veut cousin germain de Jésus. Les textes insistent sur leur ressemblance, d’où le baiser de Judas à Jésus afin que les soldats ne se trompent pas.
Après le départ de Pierre pour Rome, Jacques le Mineur devient le chef des Chrétiens de Palestine. Il est considéré comme le premier évêque de Jérusalem. Il est lapidé et battu avec un foulon.
Notes
| 1↑ | Les différentes datations de cette œuvre s’échelonnent sur une période allant de 1315 environ à 1333. |
|---|---|
| 2↑ | « Saint Jacques. » |
| 3↑ | Après la dispersion de la collection Stoclet, le San Giacomo Minore est passé en ventes publiques (Sotheby’s en 1965) avant d’être racheté pour revenir sur sa terre d’origine, à Sienne, au sein de la prestigieuse Collezione Salini au Castello di Gallico. |
| 4↑ | L’évêque Jacques de Voragine évoque ce saint en commençant par une longue digression sur son nom : « Le saint Jacques dont nous allons parler est désigné sous différents noms. On l’appelle notamment Jacques fils d’Alphée, où Jacques le « frère » [= le cousin] de Jésus, ou encore Jacques le Mineur et Jacques le Juste. Il est Jacques, fils d’Alphée, non seulement à cause du nom de son père, mais aussi à cause du sens d’Alphée, qui signifie sage, ou leçon, ou encore millième. Et, en effet, saint Jacques fut sage dans la science divine, il fût une leçon pour les autres, il fuit le mondé qu’il dédaignait, et il voulut être le millième par humilité. Son nom de « frère du Seigneur » lui vient, croit-on, de ce qu’il ressemblait si fort au Seigneur, par les traits du visage, que plus d’une fois on le confondit avec lui. Aussi, lorsque les Juifs vinrent s’emparer du Christ, craignirent-ils de prendre Jacques au lieu du Christ ; et c’est pour ce motif qu’ils ordonnèrent à Judas de leur désigner le Christ en lui donnant un baiser. Cette explication du nom de saint Jacques nous est, en outre, confirmée par saint Ignace dans sa lettre à l’évangéliste Jean, où nous lisons : ‘Avec ta permission, je voudrais me rendre à Jérusalem pour voir le vénérable Jacques, surnommé le Juste, dont on dit qu’il ressemblait si fort à Jésus-Christ de figure, de manières, et de langage, qu’on aurait pu le tenir pour son frère jumeau’.
« Ou bien encore ce surnom peut venir de ce que Jésus et Jacques étaient enfants de deux sœurs, et que le père de Jacques, Cléophas, était le frère de Joseph. Mais, en tout cas, ce nom de « frère du Seigneur » ne saurait venir, comme d’aucuns l’ont prétendu, de ce que Jacques fût le fils de Joseph, le mari de la Vierge : car il était fils de Marie, fille de Cléophas, qui lui-même était frère de Joseph, le mari de la Vierge. Les Juifs, en effet, appelaient frères tous ceux que rattachaient entre eux les liens du sang. Quant au nom de Jacques Mineur, il s’oppose à celui de Jacques Majeur, le fils de Zébédée, qui, bien qu’il ait reçu la vocation après l’autre Jacques, était cependant son aîné par l’âge. » Jacques de VORAGINE, La Légende dorée (1261-1266), traduction par T. de Wyzewa, Paris, Perrin et Cie, 1910, p. 250, « LXV. Saint Jacques le Mineur, apôtre. » En ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Légende_dorée/Saint_Jacques_le_Mineur |
| 5↑ | Ces petits panneaux à fond d’or constituaient le registre supérieur ou couronnement du retable. Ils représentaient un collège d’apôtres et de saints encadrant vraisemblablement une figure centrale (le Christ bénissant ou la Vierge). |
| 6↑ | Voir : Simone Martini ou son atelier (Lippo Memmi ?) Ten Apostles. New York, The Metropolitan Museum of Art ; Washington, National Gallery of Art ; Asciano, Castello di Gallico, Collezione Salini ; Localisation actuelle inconnue (anciennement Florence, Carlo De Carlo). |

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.