‘Maestro di Città di Castello’ (Nerio di Ugolino?), « Maestà. Madonna col Bambino, sei angeli e un frate domenicano inginocchiato »

‘Maestro di Città di Castello’ (Nerio di Ugolino?)

Maestà. Madonna col Bambino, sei angeli e un frate domenicano inginocchiato (Maestà. Vierge à l’Enfant, six anges et un frère dominicain agenouillé), v. 1395-1329.

Tempéra et or sur panneau, 276 x 167 cm.

Provenance : église de San Domenico, Città di Castello.

Città di Castello, Pinacoteca comunale.

La Maestà de Città di Castello, noble et magistralement composée, aux couleurs plus vives que chez Duccio, à la silhouette élancée et au rendu éclatant, inaugure, vers 1305, une phase totalement nouvelle dans l’œuvre du peintre. Dans le sillage de l’invention singulière de la Vierge à l’Enfant bénissant, le jeu complexe entre les mains et les jambes décalées de l’Enfant laisse présager l’émergence de postures plus dynamiques et enchevêtrées ; pour l’heure encore inscrites en surface, ces formes, une fois dotées d’une consistance volumétrique bien plus robuste, ouvriront la voie à l’univers de Pietro Lorenzetti. Dans l’œuvre de Città di Castello, l’Enfant aux proportions désormais plus étirées et longilignes, grimpé sur les genoux de sa Mère, ne se contente pas de tirer délicatement le voile blanc vers lui : il le saisit avec énergie et appuie son petit bras replié contre la poitrine de la Vierge, traduisant avec une fierté presque herculéenne une idée de Duccio lui-même — une idée bien plus délicate et noyée dans la profusion décorative de la chrysographie sur l’un des volets du petit triptyque de Hampton Court [1]Cf. Luciano BELLOSI, dans Alessandro BAGNOLI, Roberto BARTALINI, Luciano BELLOSI et Michel LACLOTTE, Duccio, Alle origini della pittura senese (cat. d’exp. Santa Maria della Scala et Museo dell’Opera del Duomo à Sienne, du 4 octobre 2003 au 11 janvier 2004), 2003, pp. 192-197, cat. 29.. Dans les deux cas, la comparaison s’impose avec les inventions saisissantes de Giovanni Pisano, telle la statue destinée à la chapelle des Scrovegni à Padoue [2]Giovanni Pisano, Madonna col Bambino. Padoue, Cappella degli Scrovegni., bien que l’échange de regards entre la Mère et l’Enfant y soit moins marqué ; seul Pietro Lorenzetti saura saisir et traduire cet échange en peinture, révolutionnant ainsi un thème hérité de Duccio et du Maître de Città di Castello. S’il est difficile de démontrer, comme le suggère Gaudenz Freuler [3]Gaudenz FREULER, « Duccio et ses contemporains. Le Maître de Città di Castello », Revue de l’Art, no. 134 (2001), pp. 41-42. En ligne : https://shs.cairn.info/revue-de-l-art-2001-4-page-27?lang=fr , que notre maître anonyme (et non Duccio) fut le maître de Pietro Lorenzetti (déjà attesté comme maître indépendant en 1306), l’existence d’un contact entre les deux artistes ne fait aucun doute.

Notes

Notes
1 Cf. Luciano BELLOSI, dans Alessandro BAGNOLI, Roberto BARTALINI, Luciano BELLOSI et Michel LACLOTTE, Duccio, Alle origini della pittura senese (cat. d’exp. Santa Maria della Scala et Museo dell’Opera del Duomo à Sienne, du 4 octobre 2003 au 11 janvier 2004), 2003, pp. 192-197, cat. 29.
2 Giovanni Pisano, Madonna col Bambino. Padoue, Cappella degli Scrovegni.
3 Gaudenz FREULER, « Duccio et ses contemporains. Le Maître de Città di Castello », Revue de l’Art, no. 134 (2001), pp. 41-42. En ligne : https://shs.cairn.info/revue-de-l-art-2001-4-page-27?lang=fr

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