Galgano

Galgano Guidotti (saint Galganus, ou Galgan – en italien San Galgano), né de noble famille en 1148 à Chiusdino, dans l’actuelle province de Sienne, où l’on peut encore voir sa maison natale, et mort le  est une des figures importantes des écrits du Trecento dans la Toscane du Moyen Âge, et l’un des saints de prédilection de l’Église catholique dans la région de Sienne.

La légende de saint Galgano appartient à une tradition hagiographique siennoise des plus anciennes et présente une saveur médiévale qui incite à en développer les principaux épisodes. L’enfant de Chiusdino serait né après que ses parents, privés jusque-là de descendance, aient invoqué l’archange Michel, saint patron de la famille. L’enfant grandit trop aimé et trop protégé par eux et, fatalement, finit par sombrer « au centre de tous les vices ». Sa conversion fit suite à de nombreuses visions dans lesquelles, invariablement, saint Michel lui apparaissait et l’exhortait à abandonner les plaisirs mondains. Deux ans après la dernière vision de Galgano, Michel lui apparut de nouveau, incita le jeune chevalier quitter la demeure paternelle et à le suivre. Cette fois, Galgano obéit. Après avoir traversé une petite rivière (la Merse), tous deux parvinrent dans un pré fleuri, au pied d’une colline (le Monte Siepi) au sommet de laquelle ils virent une belle chapelle ronde dans laquelle ils entrèrent. Ils furent accueillis par la Reine des Cieux entourée de sa cour [1]. Michel l’accompagna alors jusqu’à la Vierge. Celle-ci tenait à la main un livre ouvert et commanda à Galgano de lire ce qui y était écrit. Celui-ci, confessant ne savoir pas lire, demanda humblement que le texte lui soit expliqué. Il entendit alors lire à voix haute les versets du Psaume 70 [2]. Puis les apôtres, promettant à Galgano de le protéger, lui dirent de partir et de se consacrer à une vie de méditation solitaire.

Après avoir confié cette vision à l’ermite Guglielmo di Malavalle, Galgano revînt à Chiusdino. Mais le 20 septembre 1180, il partit à cheval à la recherche d’un lieu approprié pour en faire son ermitage. Parvenu à un certain point, le cheval refusa de continuer à avancer. Invoqué par le chevalier, saint Michel apparut et conduisit le cheval au pied du Monte Siepi. Comme dans la vision précédente, Galgano monta au sommet de la colline et y vit de nouveau l’édifice en forme de rotonde, et le Reine des Cieux qui l’attendait (!) pour écrire son nom dans le « livre des Élus ». Après avoir demandé à Galgano de construire une petite cellule de la même forme afin d’y demeurer, Michel et toute la cour céleste disparurent. Bien que la saison soit hivernale, le chevalier se dépouilla alors ses propres habits et enfonça son épée dans le terrain. Immédiatement, la terre durcit et se transforma en roche, de telle sorte que, comme celle de Merlin, il ne fut plus possible de l’extraire et l’épée plantée dans la pierre devint le symbole de Galgano.

Trois mois après son installation au sommet de la colline, Michel apparut à nouveau et lui demanda de faire un pèlerinage à Rome afin, non seulement d’y recevoir l’indulgence plénière mais aussi des conseils et une aide afin de raffermir encore sa volonté de progresser dans la vie spirituelle à peine débutée. A Rome, Galgano visita tout ce que la Ville Éternelle comportait alors de lieux sacrés. Aux Tre Fontane, à l’endroit où l’apôtre Paul avait été décapité, se trouvait (et se trouve encore) un monastère cistercien. Outre les conseils que lui prodiguèrent les moines, il obtint grâce à eux une audience auprès du pape Alexandre III à qui Galgano fit la demande de reliques de ses saints patrons : Fabien, Sébastien et Etienne, mais ces dons furent renvoyés par le pape à une autre occasion. Peu après, Galgano eut une autre vision dans laquelle saint Michel lui fit voir que quelques vandales, montés au sommet de la colline de Montesiepi, avaient cassé son épée et dévasté son refuge. Alors qu’il manifestait le désir d’y retourner rapidement, le pape lui donna les reliques demandées mais retarda son départ afin que quelques témoins puissent auparavant vérifier l’exactitude des faits représentés lors de cette étonnante vision.

De retour à Montesiepi, Galgano répara l’épée, reconstruisit sa cabane, et accomplit de nombreux miracles. Au mois de novembre suivant, il pria afin d’être débarrassé de son enveloppe mortelle et, le 3 décembre 1181, à l’âge de 33 ans, il mourut à genoux devant la croix formée par la poignée de l’épée enfoncée dans le roc. Il fut trouvé ainsi par le bienheureux Ugo Saladini, évêque de Volterra, et par l’évêque Giovanni de Massa Marittima. Il fut, enfin, canonisé quatre ou cinq ans plus tard par Lucien III ou son successeur Urbain III, à la suite du premier procès en canonisation de l’histoire de l’Église.

Iconographie

Galgano est représenté sous les traits d’un jeune chevalier

  • parfois en armure
  • debout, ou à genoux en prière
  • dans les deux cas, l’épée fichée dans le roc est située à proximité ; parfois on le voit en train d’enfoncer l’épée dans le roc
  • portant
    • un oiseau
    • un reliquaire (celui réalisé par l’orfèvre Lando di Pietro en 1185)

Parfois, un ange lui parle à l’oreille.

Épisodes de la vie du saint :

  • Au cours de ses années de jeunesse orageuse, l’Archange Michel l’arrête alors qu’il fait route vers Civitella et l’enrôle comme chevalier.
  • L’Archange lui apparaît une seconde fois et guide son cheval vers la colline (Monte Siepi) où doit être construit l’ermitage où il vivra en ermite.
  • Galgano, alors qu’il ne parvient pas à tailler une croix dans un morceau de bois, jette de colère son épée au sol : celle-ci se plante plante miraculeusement dans la terre qui devient immédiatement dure comme la pierre ; prenant ainsi la forme d’une croix,  elle lui sert pour accompagner ses prières.
  • Il abat des arbres pour construire sa cellule. [3]
  • Ses parents et des amis viennent lui rendre visite accompagnés d’une femme qu’ils lui proposent comme épouse, et essaient en vain de lui faire quitter sa solitude.
  • Tandis qu’il est en pèlerinage à Rome, trois moines envieux tentent en vain d’extraire l’épée qu’il a planté dans le roc avant de la casser en deux ; la punition est immédiate : l’un d’eux meurt subitement, l’autre est attaqué par un loup, le troisième se noie dans un tonneau.
  • De retour de Rome, Galgano trouve son épée brisée et en éprouve une grande douleur : il se reproche d’être responsable de la situation du fait de son absence ; devant tant de souffrance, Dieu lui indique d’approcher la garde de l’épée brisée en deux de la partie qui est demeurée plantée dans le sol : les deux morceaux se ressoudent instantanément et l’épée devient plus solide encore qu’auparavant.

[1] Cette seconde vision de la « Reine des Cieux » est en étroit rapport avec l’iconographie de l’image peinte par Ambrogio Lorenzetti dans la lunette centrale de la chapelle de Montesiepi et des deux lunettes latérales dans lesquelles sont peintes des cortèges de saints.

[2] « Au maître de chant. De David. Pour faire souvenir. O Dieu, hâte-toi de me délivrer ! Qu’ils soient honteux et confus, ceux qui cherchent mon âme ! Qu’ils reculent et rougissent ceux qui désirent ma perte ! Seigneur, hâte-toi de me secourir ! Qu’ils retournent en arrière à cause de leur honte, ceux qui disent: « Ah ! ah ! » Qu’ils soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi tous ceux qui te cherchent ! Qu’ils disent sans cesse :  » Gloire à Dieu » ceux qui aiment ton salut ! Moi, je suis pauvre et indigent : ô Dieu, hâte-toi vers moi ! Tu es mon aide et mon libérateur : Yahweh, ne tarde pas ! » (Psaume 70).

[3] D’autres sources indiquent que Galgano, dans la nuit de Noël  de l’an 1180, planta intentionnellement et miraculeusement son épée dans la roche de manière à voir à travers elle l’image de la croix afin de soutenir ses prières.