L’Office de la Biccherna

L’origine du mot « biccherna » est incertaine et demeure actuellement encore discutée. Le vocable pourrait provenir du terme « blacherne » qui désignait, à Constantinople, le district où se trouvaient les bureaux publics, voire les bâtiments occupés par ces mêmes bureaux.

La magistrature financière de la Biccherna était l’une des principales de la République de Sienne. Son activité est documentée à partir de 1168 (dans l’acte de donation d’Asciano à Sienne), et a perduré jusqu’en 1786. Le modèle de ce type d’organisme complexe et efficace semble provenir de l’empire romain d’Orient avec lequel Sienne entretenait des relations commerciales depuis la première croisade de l’an 1096 à laquelle les Siennois ont participé. Pendant sa longue période d’activité, la magistrature de la Biccherna a occupé une salle du Palazzo Pubblico située au rez-de-chaussée et donnant sur l’actuelle place du marché située en contrebas.

Le bureau de la Biccherna était en charge de la gestion de toutes les rentrées d’argent et de toutes les dépenses effectuées au nom de la Commune.

Les compétences de la Biccherna étaient multiples et subirent des modifications avec le temps. En plus de la collecte de l’argent et de la responsabilité des dépenses, le bureau avait la charge de garder les armes séquestrées, les registres des prisonniers et des débiteurs vis-à-vis de la Commune, ainsi que la liste des citoyens susceptibles d’être élus à des emplois publics. Elle payait également les aumônes de la Commune aux églises et aux couvents.

Dès le XIVe siècle, l’importance de la Biccherna sur le plan financier fut réduite du fait de la création de la Gabella Generale. Elle perdit alors le monopole de la gestion des entrées d’argent ne conservant que les taxes directes, mais garda la prérogative de la gestion de toutes les dépenses.

La réforme médicéenne ne modifia pas la sphère de compétences de la Biccherna mais son imporance fut considérablement diminuée par l’instauration de la Caisse centrale du grand-duché. Ce n’est qu’à l’avènement du grand-duc Pierre Léopold en 1783 que la Biccherna fut supprimée en même temps que le furent la plupart des autres institutions héritées du temps de la Commune.

COMPOSITION DE L’OFFICE

Le bureau était composé de cinq membres : un Camarlingo et quatre Provveditori qui occupaient leur fonction pour une durée d’un semestre, de janvier à juin ou de juillet à décembre (en décalage par rapport à l’année civile qui démarra le 25 mars).

Le camerlingue, nommé par le Concistoire de la ville, était une sorte de trésorier, assisté d’un notaire. Jusqu’au milieu du Trecento, il fut choisi parmi les membres de divers ordres monastiques (Servites de Marie et, surtout, Cisterciens de la puissante abbaye de San Galgano, voisine de Sienne) ou parmi les membres du tiers-ordre des Humiliés. L’origine des camerlingues était une sorte de garantie à la fois de leur indépendance vis-à-vis des grandes familles nobles de la cité et de leurs remarquables capacités d’administrateurs. Par la suite, le camerlingue fut souvent choisi parmi des laïcs, principalement entre la fin du Trecento et 1451, date à laquelle une disposition du Consistoire a de nouveau confié la charge à des religieux.

Les quatre Provveditori (ou intendants) ont toujours été, quant à eux, des laïcs appartenant aux grandes familles siennoises détentrices du pouvoir politique. Nommés par le Conseil Général, ils faisaient de droit partie du Concistoire. Comme le camerlingue, les provéditeurs exerçaient leur activité pour une durée de six mois.

Camerlingue et provéditeurs étaient, chacun d’eux, assistés d’un notaire qui veillait au bon déroulement des opérations effectuées par les employés chargés des écritures. 

ORGANISATION DU TRAVAIL

Les procédures étaient très strictes. Les revenus de l’Etat étaient collectés par les provéditeurs et enregistrés par au moins d’eux d’entre eux. Ils étaient ensuite remis au camerlingue qui les stockait dans un coffre-fort spécial. Les dépenses étaient effectuées par le camerlingue, en présence d’au moins un provéditeur. Tous les mouvements d’argent (entrées et sorties) étaient enregistrés dans trois séries de registres et, à la fin du semestre, compilés par le camerlingue et les provéditeurs. Les activités du bureau étaient surveillées de près : le Consistoire nommait chaque semestre un fonctionnaire chargé de contrôler les opérations et mandatait à la fin du semestre trois Buoni Uomini pour vérifier les comptes. En cas d’erreur ou de dépenses qui n’avaient pas été effectuées dans l’intérêt de la cité, le camerlingue et les provveditori étaient soumis à l’amende ou devaient rembourser les sommes contestées.

A la fin de chaque semestre, les registres étaient reliés entre deux tablettes de bois ornées et historiées, pouvant contenir jusqu’à 400 folios, afin de pouvoir être communiquées, pour vérification et contrôle, au Conseil général de la Ville. Ce sont précisément ces tablettes (il en demeure 111) qui sont aujourd’hui exposées dans le Musée des Biccherne des Archives d’État de Sienne.

C’est, en grande partie, grâce au contenu particulièrement précis de ces écritures que de nombreuses informations relatives aux artistes ayant travaillé pour la Commune ont pu être vérifiées à l’ère moderne. À titre d’exemple, et quel exemple (!), le registre du second semestre 1308 conserve le contrat signé le 8 octobre 1308 entre Duccio di Buoninsegna et ses commanditaires pour la réalisation de la grande Maestà destinée à être placée sur l’autel majeur de la Cathédrale. Ce contrat, rédigé en latin, d’une écriture particulièrement soignée, sans majuscules ni aucune ponctuation, est un bel exemple de ce que pouvait être un acte notarié à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe.

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