Guidoccio Cozzarelli, « Santa Caterina d’Alessandria »

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Guidoccio Cozzarelli (Sienne, 1450 env. – 1516/1517)

Santa Caterina d’Alessandria (Sainte Catherine d’Alexandrie),

Tempéra sur panneau, 120 x 60,5 cm.

Inscriptions :

  • (sur le sac blanc porté par le cheval sellé en bas à droite) : « G / C » [1]Surmonté d’une petite croix, le sigle constitue la signature de l’artiste.
  • (sur la « marche » au-dessus du cadre) : « OR VOLIATE BUONA GENTE LA DOMENICA GUARDARE »

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

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La complexité de l’iconographie de cette œuvre ne laisse pas de surprendre. La sainte légendaire Catherine d’Alexandrie apparaît environnée, littéralement encerclée, d’une quantité d’objets et d’emblèmes appartenant, selon les informations recueillies dans l’édition du catalogue du musée datant de 1977 [2]Voir TORRITI 1977, p., à l’Arte dei Medici e Speziali [3]Arte dei Medici e Speziali (Art des médecins et des apothicaires) : corporation des arts et métiers de la ville de Florence, l’un des sept arts majeurs. Outre les médecins et les apothicaires, cette corporation incluait plusieurs autres métiers parmi lesquels celui des peintres, lesquels travaillaient à partir des pigments que leur fournissaient, précisément, les apothicaires.. Tous ces objets sont représentés sur un plan parallèle à celui du panneau, à la manière des Arma Christi figurant parfois autour des représentations du Christ de Piété (fig. 1).

Cette lecture de l’œuvre n’en livre cependant pas la signification profonde et semble ne tenir aucun compte de l’inscription repérée aux pieds de la figure centrale. Il s’avère de surcroît qu’elle résiste mal à une observation détaillée. La curiosité incitant à repérer les différents objets figurés, on est d’emblée saisis face à une telle variété. Se trouvent pêle-mêle représentés un certain nombre d’outils que l’on imagine, en effet, faire partie de l’établi d’un apothicaire. Toutefois, on est surpris de constater la présence d’une truelle, d’un marteau, d’un couteau de boucher, d’une selle, etc. parmi les outils supposés pouvoir être utilisés par les médecins et les apothicaires, sans compter la présence d’une mule chargée de son fardeau ainsi que celle d’une jeune fermière portant sur la tête une volaille dans un panier : que signifient ici ces différents symboles de métiers (les maçons, les barbiers, les bouchers, les fermiers, les pelletiers, les selliers, les muletiers et d’autres encore …) dont le lien avec l’Arte dei Medici e Speziali paraît distendu ?

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Il existe un type d’iconographie du Christ [4]Voir : Dominique Rigaux, Le Christ du dimanche : Histoire d’une image médiévale. Paris, L’Harmattan, 2005. dont l’occurence est devenue très rare aujourd’hui, la censure exercée après le Concile de Trente [5]Le Concile de Trente estimant que ce type d’image renvoyait à une dévotion hors de contrôle de l’Église. C’est la raison pour laquelle les évêques, lors des visites pastorales, firent systématiquement effacer ces icônes populaires. Quelques unes, cependant, ont réchappé à cette censure vigilante. ayant été d’une efficacité telle que peu d’exemplaires ont subsisté. Il s’agit d’un type connu, en Italie, entre le milieu du Trecento et le début du Cinquecento, sous l’appellation curieuse de Cristo ‘della Domenica’ (Christ ‘du Dimanche’).

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On en trouve un certain nombre d’exemplaires en Italie du nord. Il en existe un dans l’église de Biella, près d’Ivrea, dans le val d’Aoste (fig. 1) : même figure debout et occupant la presque totalité de l’espace disponible mais, surtout, même inventaire à la Prévert d’outils de toutes sortes, et mêmes figures ayant valeur d’emblème (on retrouve ainsi la mule présente dans l’œuvre de Cozzarelli). Une différence, certes essentielle, vient du fait que les objets sont organisés de manière concentrique autour de la figure du Christ et semblent occasionner des blessures sur le corps de celui-ci. Ces représentations du Cristo della Domenica placées sur les parois des églises, avaient vocation à enjoindre aux fidèles de respecter la pause dominicale et à la consacrer, au moins en partie, à des actes de dévotion à l’égard du Fils de Dieu, voire à les menacer de l’enfer en cas de non respect du caractère sacré du repos dominical, comme nous le verrons ci-dessous. Dans le contexte d’une iconographie aussi explicitement injonctive, les Arma Christi sont remplacées ici par de simples instruments de travail qui semblent constituer une véritable agression vis à vis du Christ lorsqu’ils sont utilisés le dimanche … L’attitude pécheresse consistant à ne pas observer la pause dominicale à des fins de dévotion équivaudrait ainsi à utiliser ses propres outils de travail pour infliger une nouvelle fois au Christ les souffrances de la Passion. Pareil comportement justifierait alors la promesse des enfers.

Mariotto di Cristofano (attribué à). « Cristo ‘della domenica’ ». Florence, Basilique de San Miniato al Monte.

La promesse des enfers, justement, on la trouve parfaitement explicitée dans un second exemple, plus accessible que le premier en raison de sa localisation. Il est attribué à Mariotto di Cristofano et daté du premier quart du XVe s. [6]Le Christ auréolé indique de sa main gauche la blessure qu’il porte au flanc et maintient de l’autre la croix de son martyre. Autour de lui, sont représentés plusieurs outils qui l’environnent sans lui occasionner de blessure. On reconnaît parmi eux des cisailles, une équerre, une bêche, une pioche, etc. dont il ne subsiste que le contour incisé dans l’enduit frais … Poursuivre L’image (fig. 3) est peinte dans l’église de San Miniato al Monte, à Florence, et comporte une inscription dont la formulation constitue, à proprement parler, une véritable menace : « ChI . NON . GVARDA . LA . DOMENICA . SANTA . ET A XPO [CRISTO] . NO . A DEVOZIONE . DIO . GLIDARÀ . LA . AETERNA . DANATIONE. » En d’autres termes : « celui qui ne respecte pas le saint dimanche et la dévotion au Christ, Dieu lui donnera la damnation éternelle. » De quoi méditer sur une bonne utilisation du dernier jour de la semaine …

Il existe un autre type de représentation conçu sur le même modèle, et tout aussi rare, dans lequel une figure féminine se substitue à celle du Christ. Dans ce second cas, la figure centrale entourée des mêmes objets d’usage prohibé un jour de fête est une femme vêtue de beaux habits, portant auréole et couronne … On identifie une dizaine de cas de ce genre iconographique, généralement considérés comme les représentations d’une Reine, ou Madone des métiers, dont la signification apotropaïque se situerait à l’inverse de la véritable interdiction que véhicule l’image du Cristo della Domenica. Pourtant, l’iconographie de l’œuvre de Guidoccio semble bien appartenir à la première catégorie d’image et ne semble pas se résumer à la seule dimension votive induite par le cartel du musée. L’hypothèse trouve sa confirmation dans l’inscription lisible à sa base : « Or voliate buona gente la domenica guardare » [7]« Maintenant, bonnes gens, veuillez respecter le dimanche. ». Si, en dépit de sa concision, la formulation est plus délicate que la menace précédente, elle n’en rappelle pas moins l’ardente obligation faite aux fidèles, de se souvenir toujours que le dimanche et les jours de fête sont sacrés et, à ce titre, qu’ils doivent être respectés.

La signature de l’artiste figurant sous la forme d’un sigle (voir ci-dessus) ne fait que confirmer une attribution ancienne à Guidoccio Cozzarelli.

Notes

Notes
1 Surmonté d’une petite croix, le sigle constitue la signature de l’artiste.
2 Voir TORRITI 1977, p.
3 Arte dei Medici e Speziali (Art des médecins et des apothicaires) : corporation des arts et métiers de la ville de Florence, l’un des sept arts majeurs. Outre les médecins et les apothicaires, cette corporation incluait plusieurs autres métiers parmi lesquels celui des peintres, lesquels travaillaient à partir des pigments que leur fournissaient, précisément, les apothicaires.
4 Voir : Dominique Rigaux, Le Christ du dimanche : Histoire d’une image médiévale. Paris, L’Harmattan, 2005.
5 Le Concile de Trente estimant que ce type d’image renvoyait à une dévotion hors de contrôle de l’Église. C’est la raison pour laquelle les évêques, lors des visites pastorales, firent systématiquement effacer ces icônes populaires. Quelques unes, cependant, ont réchappé à cette censure vigilante.
6 Le Christ auréolé indique de sa main gauche la blessure qu’il porte au flanc et maintient de l’autre la croix de son martyre. Autour de lui, sont représentés plusieurs outils qui l’environnent sans lui occasionner de blessure. On reconnaît parmi eux des cisailles, une équerre, une bêche, une pioche, etc. dont il ne subsiste que le contour incisé dans l’enduit frais lors de l’opération de report du dessin sur la surface à peindre.
7 « Maintenant, bonnes gens, veuillez respecter le dimanche. »
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