Matteo di Giovanni, « Adorazione dei pastori »

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Matteo di Giovanni (Borgo San Sepolcro, actif à partir de 1452 – Sienne, 1495)

Adorazione dei pastori (Adoration des Bergers), vers 1490.

Tempéra sur panneaux (lunette), 79,5 x 203 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Basilique de San Domenico, Sienne.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Cette lunette provient d’un retable de Matteo di Giovanni aujourd’hui démembré : la Pala Placidi, dont les panneaux centraux se trouvent toujours dans l’église de San Domenico, à Sienne, et la prédelle répartie dans divers musées et une collection privée, en Europe et aux États-Unis.

La scène représente l’épisode de l’Adoration des Bergers que l’on voit agenouillés à gauche de la scène, au-dessous de l’ange qui vient de les guider jusqu’au lieu de l’événement qui a eu lieu. La grotte de la naissance a ici été remplacée par une curieuse bâtisse constituée de ruines réparées à l’aide de palissades diverses. La Vierge est agenouillée devant l’Enfant et prie sous le regard presque attendri du bœuf et, surtout, de l’âne.

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La figure endormie de Joseph justifie un commentaire particulier. On sait que ce personnage a beaucoup dormi ; il a eu, par la même occasion, un certain nombre de songes au cours de ses sommeils répétés. Ici, il semble qu’il anticipe, en quelque sorte, le songe survenu, selon les textes, après le départ des Mages, événement lui-même postérieur à la scène de l’Adoration des Bergers qui nous intéresse. L’Evangile de saint Mathieu [1] nous apprend, en effet, qu’une fois les Mages repartis vers leurs royaumes d’origine, Joseph eu la vision d’un ange venu lui recommander de prendre la fuite vers l’Egypte avec sa famille afin de la mettre à l’abri de la violence faite sur ordre d’Hérode aux enfants nouveaux-nés en Palestine. Il n’est pas rare de voir les peintres prendre ce type de liberté afin d’augmenter la dimension narrative de l’oeuvre. C’est ce que fait brillamment Matteo di Giovanni qui, fondant l’approche visuelle du retable sur une lecture de gauche à droite, dans le sens habituel de la lecture au sein du monde occidental, crée une continuité narrative qui excède le seul épisode représenté.

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Reconstitution du retable

La proposition ci-dessous est actuellement communément acceptée, y compris avec des réserves, par la plupart des spécialistes. Si la lunette est encore conservée à Sienne (Pinacoteca Nazionale), les compartiments de la prédelle sont dispersés dans diverses collections publiques en Europe et aux Etats-Unis.

  • Lunette
1

1. Matteo di Giovanni (Sienne, vers 1428 – 1495), Adorazione dei pastori, vers 1476. Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Selon Dorà Sallay [2], les dimensions apparemment inadaptées de la lunette, de même que le format inhabituel du cintre, résultent d’une découpe tardive réalisée après le démembrement du polyptyque. 

  • Panneaux centraux

Placer ici photos 3, 4 et 5 (Jérôme, Madone, Jean)

  • Prédelle
5

5.  Matteo di GiovanniThe dream of Saint Jerome, 1476. Tempera sur panneau, 37,4 x 65,7 cm. Chicago, Chicago Art Institute.

Bien que vivant seul et retiré seul dans le désert, Jérôme prenait plaisir à lire des textes de la littérature païenne antique. La scène représente le rêve au cours duquel, appelé devant le Christ juge, Jérôme s’entend reprocher de préférer pareilles lectures à des écrits chrétiens, et se voit condamner au fouet pour cette raison. L’impact de la scène est souligné par l’expressivité des figures et l’intensité chromatique. Le décor architectural a vocation à évoquer le monde antique auquel Jérôme doit renoncer.

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6. Matteo di Giovanni (ou Guidoccio Cozzarelli ? [1]), Heiliger Augustinus, 1476. Tempera sur panneau, 36,5 x 17 cm. Altenburg, Lindenau-Museum. 

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7. Matteo di GiovanniCrucifixion, vers 1476. Collection privée.

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8. Matteo di Giovanni (ou Guidoccio Cozzarelli ? [2]), Heiligen Vincenz Ferrier, 1476. Tempera sur panneau, 36,5 x 17 cm. Altenburg, Lindenau-Museum.

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9. Matteo di GiovanniSaint Augustine’s Vision of Saints Jerome and John the Baptist, 1476. Tempera sur panneau, 37,6 x 64,4 cm. Chicago, Chicago Art Institute.

Matteo di Giovanni sait parfaitement comment combiner les caractéristiques poétiques de la peinture siennoise et l’espace rationalisé introduit dans l’art pictural par la cité voisine de Florence. Ici, saint Augustin est assis dans son studio de travail et vient d’être interrompu par une vision de Jérôme, saint vénéré par la famille Placidi, accompagné de Jean Baptiste. Ce dernier informe Augustin que Jérôme doit dorénavant être honoré comme son égal.

Hypothèse de reconstitution du polyptyque [3] :

[1] Matthieu (Mt 2, 13-15 et 19-23) : « Après le départ des mages, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : ‘Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.‘ »

[2] Le cartel du Lindenau-Museum d’Altenburg attribue les deux panneaux (Jérôme et Augustin) à Guidoccio Cozzarelli.

[3] Dorà Sallay, « Nuove considerazioni su due tavole d’altare di Matteo di Giovanni: la struttura della pala Placidi di San Domenico e della pala degli Innocenti di Sant’Agostino a Siena », in Prospettiva 112, 2003, pp. 76-93. Dorà Sallay accompagne cette hypothèse du schéma ci-dessous, qui fait apparaître le format en plein cintre de la lunette.