Le revers de la « Maestà »

 

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« […] quel mirabile giardino di colori che sono le storiette della Maestà. » [1]

Le retable ayant été démembré le 18 juillet 1771 (voir Notes sur la Maestà), et les panneaux eux-mêmes souvent découpés et privés de leur format originel afin de prendre l’apparence de tableautins autonomes, les propositions de reconstitutions ont été nombreuses depuis la fin du XIXe siècle, sans doute trop nombreuses. S’il existe encore quelques hésitations, la plus logique des propositions, parce que la plus respectueuse de la chronologie des scènes, semble être celle décrite par John White [2], en partie reprise par Luciano Bellosi [3]. C’est celle-ci qui est reproduite ci-dessous.

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Une présentation des scènes figurant sur le revers de la Maestà qui soit conforme à l’ordre chronologique de la narration dans les Évangiles, impose de commencer par la prédelle et de poursuivre en remontant de bas en haut selon l’ordre indiqué ci-après.

Prédelle

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Comme le montre la photographie ci-dessus, prise dans la salle d’exposition, le Museo dell’Opera ne conserve que deux (la Tentation au Temple et les Noces de Cana) des neuf panneaux peints par Duccio pour la prédelle du verso de la Maestà dédiée à la Vie publique du Christ. Les autres panneaux aujourd’hui identifiés sont répartis dans des musées européens et américains (ils sont indiqués ci-dessous en gras) ; le premier est sans doute perdu (était-ce un Baptême du Christ qui, ici, manque parmi les scènes de sa jeunesse ? à moins qu’il ne s’agisse de la première des trois Tentations du Christ elle aussi absente ? [4]).

Panneaux centraux

« Comme si la tragédie du Christ était le riant printemps du christianisme, un événement qui se révèle enchanteur au regard de ceux qui pensent au salut de leur âme. » [5]

Les panneaux centraux du revers sont entièrement dédiés à la narration de la Passion du Christ vibrante d’émotion. Ici, les nombreux épisodes fourmillant de détails agissent ensemble, d’une certaine manière, comme le pendant dramatique de l’unique et monumental panneau central de la face avant, créant un puissant rapport entre l’Incarnation du Christ et sa Passion, constitutives à elles deux de la promesse absolue que représente, pour le monde chrétien, le principe du Salut.

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Répartis sur deux registres, quatorze panneaux de peuplier de mêmes dimensions, exceptés les deux situés dans la partie centrale, qui sont plus larges, représentent un total de vingt-six scènes. Autant dire que le détail de la narration est d’une précision extrême. Chaque panneau comporte deux scènes, à l’exception, une nouvelle fois, de deux d’entre eux dans lesquels une scène unique occupe la totalité de la surface disponible : celui de l’Entrée à Jérusalem, qui marque l’introduction de la séquence de la Passion, et celui sur lequel figure la Crucifixion. Ce dernier panneau, nous venons de le voir, est plus large que les autres ; il occupe la totalité de la hauteur du registre supérieur et marque, de ce fait, le point culminant de la narration. En raison de leur largeur commune, la Crucifixion et les deux panneaux situés au-dessous, dans le registre inférieur (la Prière au Jardin et l’Arrestation), constituent l’axe de symétrie de l’ensemble. A l’origine, l’axe de symétrie se poursuivait verticalement avec deux panneaux de la même largeur représentant, selon toute vraisemblance, l’Ascension, sommée d’une figure de l’Éternel bénissant. Ainsi, l’emplacement stratégique de l’axe vertical marquait-il le lieu symbolique des événements majeurs de la Passion en même temps qu’il résumait à lui seul le processus narratif au cours duquel le Christ – il serait plus approprié ici dire : le Rédempteur -, dans un mouvement ascendant qui prend un sens particulier, allait rejoindre Dieu le Père au sommet du retable.

Toutes les scènes représentées sont tirées des Évangiles, exceptée la Descente du Christ aux Limbes, dont on trouve l’origine dans l’Évangile apocryphe de Nicodème. La chronologie des vingt six scènes de la Passion telles qu’elles sont relatées dans les Écritures détermine leur ordre de présentation au sein du retable. Pour en suivre la chronologie, une approche des vingt-six épisodes doit se faire de bas en haut et de gauche à droite. Ce mouvement vers le haut n’est évidemment pas sans relation symbolique avec le déroulement d’une narration qui aboutit à la Résurrection (et à l’Ascension) du principal protagoniste de l’histoire qu’est Jésus-Christ.

Flèches du couronnement

Les six scènes subsistantes du couronnement du verso de la Maestà sont consacrées aux apparitions du Christ à ses disciples après sa Résurrection. Malheureusement, à l’instar du couronnement de la face avant, les compartiments ont tous été découpés pour leur donner une forme plus régulière que celle qu’ils avaient à l’origine. Plus malheureux encore, les compartiments centraux, peut-être au nombre de deux, à l’origine, sont aujourd’hui perdus.

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Cuspides

Il est à peu près sûr que le retable comportait au sommet de chacune de ses deux faces une frise de six anges.

[1] « […] cet admirable jardin de couleurs que sont les historiettes de la Maestà. » BAGNOLI et al. 2003, p. 135.

[2] WHITE 1966, p. 129.

[3] BELLOSI 1998, p. 22.

[4] L’hypothèse est plausible compte tenu du fait que le polyptyque de Pienza, dont le modèle est sans aucun doute la Maestà,  fait aussi figurer la première des trois tentations. Il est vrai que selon cette hypothèse, la scène de la Nativité serait absente du retable de Duccio. On notera qu’une troisième hypothèse n’est peut-être pas à exclure. Selon celle-ci, on pourrait imaginer que les deux pilastres latéraux qui devaient contribuer à soutenir l’ensemble du lourd polyptyque étaient ornés, chacun d’eux, d’une scène, ce qui porterait à onze le nombre des scènes de la prédelle, dont trois seraient aujourd’hui manquantes.

[5] Luciano Bellosi, Duccio. La Maestà. 1999, p. 15.