La face antérieure de la « Maestà »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Maestà (Vierge en Majesté), 1308-1311.

Façade antérieure du polyptyque, tempera et or sur panneaux, dimensions : voir ci-après les descriptifs de chaque panneaux.

Inscriptions

  • (sur la marche du trône) : « MATER S(AN)CT(A) DEI / SIS CAUSA SENIS REQUIEI SIS DUCIO VITA TE QUIA / PINXIT ITA » [1]« Sainte Mère de Dieu, soit cause de paix pour Sienne, soit Vie pour Duccio parce qu’il t’a peinte aussi belle. »
  • les autres inscriptions sont rapportées dans les notices de chacun des panneaux concernés

Provenance : Maître-autel du Duomo (Cathédrale Santa Maria Assunta), Sienne.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

La plus probable des propositions de reconstitution de la face avant du polyptyque semble être celle décrite par John White [2]WHITE, John, The Birth and Rebirth of Pictorial Space. Londres, 1967 (traduction fançaise : Naissance et Renaissance de l’espace pictural, Paris, Adam Biro, 1992), p. 206., reprise par Luciano Bellosi [3]BELLOSI, Luciano, La Maestà. Electa, Milano, 1998 (Trad. française, Gallimard, 1999), p. 22.. C’est cette dernière qui est reproduite ci-dessous.

Hypothèse de reconstitution de la face avant de la  « Maestà ». D’après WHITE 1979, repris dans BELLOSI 1998.
Prédelle
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La prédelle comportait sept scènes de l’enfance du Christ. Toutes ces scènes appartiennent nécessairement aussi à la vie de la Vierge, d’où leur présence logique sur la face antérieure de la Maestà, qui est entièrement consacrée à Marie. C’est pour cette même raison que la Vierge est présente dans chacune des scènes, excepté dans celle du Massacre des Innocents. Entre les différentes scènes de l’enfance du Christ, s’intercalaient six figures de prophètes de l’Ancien Testament : Isaïe, Ézéchiel, Salomon, Malachie, Jérémie, Osée, dont le rôle est d’ajouter un commentaire aux épisodes qu’ils encadrent et de souligner, par le biais des textes bibliques inscrits sur les rouleaux qu’ils exhibent devant eux, de quelle manière l’Ancien Testament préfigure le Nouveau et, par là-même, le thème de l’Incarnation du Christ.

Cinq des scènes, ainsi que quatre des prophètes, sont conservés au Museo dell’Opera. Les quatre premiers compartiments (figures ci-dessous), que nous ne verrons donc pas ici, appartiennent aujourd’hui à deux grandes collections publiques anglaise et américaine ; ils figurent ci-dessous.

« Annonciation ».

« isaïe ».
« Nativité ».
« Ézéchiel ».
Panneau central
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  1. Vierge à l’Enfant en majesté, anges et saints
    • Les saints :
      • Thadée
      • Simon
      • Philippe
      • Jacques le Majeur
      • André
      • Matthieu
      • Jacques le mineur
      • Barthélémy
      • Thomas
      • Mathias
    • Agenouillés au premier plan, les quatre saints Protecteurs de la ville :
      • Crescenzio
      • Savino
      • Ansano
      • Vittore
Flèches du couronnement

Il ne subsiste, pour chacune des deux faces du polyptyque, que six compartiments qui devaient être d’un format irrégulier à six côtés, comme celui ci-dessous, qui représente les Funérailles de la Vierge (bien que ce dernier ait, cependant, été diminué en largeur de chaque côté). Ces compartiments constituent un cycle dédié aux dernières scènes de la vie de la Vierge inspirées de la Légende dorée de Jacques de Voragine [4]Au revers de l’œuvre, le couronnement est consacré aux Apparitions du Christ après sa mort, dont la source textuelle se trouve dans les quatre Évangiles..

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Pinacles

Il est à peu près certain [5]Van OS, Henk W., Van ASPEREN, J.R.J., de JONG-JANSSEN, C.E., WIETHOFF, C., The early Sienese paintings in Hollande, Firenze, Centro Di, 1989, pp. 46-48 ; BAGNOLI, Alessandro, BARTALINI, Roberto, BELLOSI, Luciano, LACLOTTE, Michel, Duccio. Alle origini della pittura senese, Milano, Silvana Editoriale, 2003, p. 212. que le retable comportait au sommet de chacune de ses deux faces une frise de six anges dans des pinacles. Quatre de ces Anges provenant du polyptyque sont parvenus jusqu’à nous. Ils sont conservés pour trois d’entre eux dans des collections situées en Hollande et aux États-Unis (dans le Massachusset et à Philadelphie). Le quatrième, qui provient de l’ancienne Collection Stoclet, à Bruxelles, est actuellement introuvable.

Les quatre anges forment un groupe homogène bien que leurs formats et leurs dimensions diffèrent sensiblement. Il est cependant très probable que ceux des panneaux qui présentent aujourd’hui un sommet arrondi [6]On sait, notamment grâce au profil de la partie supérieure de la Maestà visible sur une tablette de biccherna (Auteur non identifié, L’unione delle classe e l’offerta delle chiavi della città alla Vergine), que les pinacles du retable étaient de format pointu (ou cuspidé). ont subit une découpe à une époque inconnue mais nécessairement située après 1771 (date à laquelle le polyptyque a été démembré). Tous les quatre présentent un grand nombre de caractéristiques communes : tous sont peints à mi-corps dans une pose frontale, face au spectateur, et se détachent sur un fond d’or ; leurs ailes sont de couleur sombre, signe qu’ils sont en deuil, ; leur gestuelle est identique (l’une des mains est ramenée à hauteur de la poitrine, l’autre tient une fine baguette comportant une extrémité supérieure fleurdelisée).

Pour des raisons stylistiques mais aussi en raison de leurs ressemblances avec d’autres figures peintes sur la Maestà, il ne fait aucun doute que les quatre anges ont un jour appartenu au polyptyque.

  • Ange, Bruxelles, jadis Collection Stoclet. Actuellement introuvable.
  • Ange, Philadelphie, Collection Johnson.
  • Ange, Herrenberg, Collection Van Heek.
  • Ange, South Hanlet, Massachussett, Mount Holyoke College.

Notes

Notes
1 « Sainte Mère de Dieu, soit cause de paix pour Sienne, soit Vie pour Duccio parce qu’il t’a peinte aussi belle. »
2 WHITE, John, The Birth and Rebirth of Pictorial Space. Londres, 1967 (traduction fançaise : Naissance et Renaissance de l’espace pictural, Paris, Adam Biro, 1992), p. 206.
3 BELLOSI, Luciano, La Maestà. Electa, Milano, 1998 (Trad. française, Gallimard, 1999), p. 22.
4 Au revers de l’œuvre, le couronnement est consacré aux Apparitions du Christ après sa mort, dont la source textuelle se trouve dans les quatre Évangiles.
5 Van OS, Henk W., Van ASPEREN, J.R.J., de JONG-JANSSEN, C.E., WIETHOFF, C., The early Sienese paintings in Hollande, Firenze, Centro Di, 1989, pp. 46-48 ; BAGNOLI, Alessandro, BARTALINI, Roberto, BELLOSI, Luciano, LACLOTTE, Michel, Duccio. Alle origini della pittura senese, Milano, Silvana Editoriale, 2003, p. 212.
6 On sait, notamment grâce au profil de la partie supérieure de la Maestà visible sur une tablette de biccherna (Auteur non identifié, L’unione delle classe e l’offerta delle chiavi della città alla Vergine), que les pinacles du retable étaient de format pointu (ou cuspidé).
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