Pittore senese attivo nell’ultimo quarto del XIII s., « Riposo durante la fuga in Egitto »

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Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s. (Peintre siennois actif au cours du dernier quart du XIIIe s. [Guido da Siena ?])

Riposo durante la fuga in Egitto (Repos pendant la fuite en Egypte)

Fresque

Provenance : In situ

Sienne, « crypte » sous la Cathédrale.

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Les textes canoniques donnent peu d’informations sur l’enfance et la jeunesse du Christ. On sait seulement par Luc (Lc 2, 39-40) que « l’enfant […] grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse […] » ; ou encore (Lc 2, 52) qu’il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce […]. » On le voit, fort peu d’éléments susceptibles de donner lieu à des représentations picturales. Fort heureusement, les textes apocryphes ainsi que la Légende dorée ont offert aux artistes, et plus encore, selon toute vraisemblance, aux concepteurs des programmes figuratifs destinés à orner les murs des édifices sacrés, la matière dont ils avaient besoin pour raconter des histoires, de préférence instructives, relatives aux premières années de la vie de Jésus.

C’est ainsi que la scène du Repos pendant la fuite en Egypte, absente des Évangiles, est décrite aux chapitres 20-21 de l’Évangile du pseudo Matthieu [1]. « Fatiguée par l’ardeur du soleil dans le désert », Marie propose à Joseph de s’arrêter un moment pour se reposer à l’ombre d’un palmier, et de se restaurer au moyen de ses fruits. Devant l’impossibilité pour Joseph d’atteindre les dattes situés trop haut dans l’arbre, Jésus ordonne à celui-ci de s’incliner de manière à en faciliter la cueillette. Et l’arbre d’obtempérer … [2]

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Cette pause durant le voyage de la Sainte Famille vers l’Égypte est représentée sur le pilier que le visiteur trouvait sur sa gauche en entrant dans la nef centrale de la salle, sur les faces orientées vers le centre de cette salle, et donc visibles dès l’entrée. La représentation occupe deux surfaces du pilier octogonal sur lequel elle est peinte. Selon un système qui est à l’œuvre dans toutes les fresques de la crypte, un réseau de lignes parallèles délimite fortement chacune des deux moitiés de la scène, pour la seconde fois ici [3], sur un support plié en son milieu : à gauche, Marie s’est assise pour prendre un peu de repos. Elle tend la main vers Joseph qui, à son tour, lui offre une datte qu’il vient de cueillir sur la cime de l’arbre que nous voyons nous aussi se pencher vers le sol.

Alessandro Bagnoli voit dans le geste de Joseph, « représenté dans l’acte d’offrir une datte [à son épouse] en avançant sa main droite, laquelle, du coup, se trouve superposée aux bordures qui séparent les deux surfaces, un stupéfiant désintérêt envers la plus infime volonté de représentation de l’espace [4]. » Si le désintérêt de l’auteur de la fresque [5] pour un réalisme spatial somme toute bien improbable (à quelle réalité ces frontières peintes appartiennent-elles ?) mais également bien secondaire compte tenu du sujet (ne sommes-nous pas confrontés à la vision d’un phénomène surnaturel ?), ce désintérêt produit une nouvelle occurence d’un phénomène proprement pictural que l’on observera ailleurs dans la crypte [3], et que l’on retrouvera avec émerveillement plus tard chez Duccio [6]. Ce phénomène, qui est aussi visuel, c’est l’exceptionnelle mise en valeur, grâce à ce stratagème, de deux éléments majeurs du récit : la main qui tend une palme et l’arbre qui a obéit à une injonction du Christ. Non seulement ces deux « anomalies spatiales » permettent de relier les deux moitiés de la scène en outrepassant ses limites dessinées, mais en les propulsant vers l’avant de la surface, elles les placent dorénavant au cœur même de ce qui fait de l’image une œuvre : son sens profond et sa capacité à exprimer l’indicible, en un mot, à émouvoir.

Vue du pilier gauche (fg. 1) aujourd’hui intégré dans un arc de soutien en maçonnerie datant probablement du XVIIe s.

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[1] Egalement appelé Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur, écrit entre 600 et 625.

[2] Cela lui vaudra par la suite de voir un des ses rameaux planté par Jésus au paradis.

[3] Voir : Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s., « Noli me tangere »).

[4] « [Dal lato contiguo a quello dove sono la Madonna e il figlio, san Giuseppe,] colto nell’atto di offrire un dattero, protendo la mano destra, chè è soprammessa sui bordi di separazione delle due superfici con stupefacente noncuranza di una pur minima volontà di rappresentazione dello spazio ». Alessandro Bagnoli, in GUERRINI 2003, p. 118.

[5] Peut-être Guido da Siena (?) si l’on en juge par la « posture rigide de [la] figure et le caractère inexpressif du visage [de Joseph], qui évoque les œuvres les plus archaïques de [ce peintre]. » Alessandro Bagnoli, in GUERRINI 2003, p. 118.

[6] Voir, à titre d’exemple, le panneau Pilate se lave les mains, au revers de la Maestà).