Pietro Lorenzetti, « Cristo risorto »

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Pietro Lorenzetti (Sienne, actif de 1306 à 1344)

Cristo risorto (Le Christ ressuscité), v. 1320-1325.

Fresque détachée et contrecollée sur un support de résine, 179 x 106 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Salle capitulaire du couvent de San Francesco, Sienne.

Sienne, Museo diocesano.

Ce splendide fragment provient d’une scène de la Résurrection aux dimensions plus importantes, sans doute comparables à celles des trois fresques [1]La Crucifixion, également de Pietro, la Profession publique de Louis d’Anjou et le Martyre des Franciscains peints par son frère Ambrogio. qui subsistent du cycle peint, à l’origine, dans la salle capitulaire du couvent franciscain de Sienne.

Ce qui frappe d’emblée est l’étonnante nouveauté d’une iconographie qui donne à voir le Christ ressuscité franchissant tout bonnement la porte du sépulcre d’un pas que l’on imagine lent, laissant derrière lui un tombeau de couleur rose orangé dorénavant vide. Dans un instant, il finira de s’éloigner, dans une rare économie de mouvement, rompant franchement avec toute idée de lévitation au-dessus du tombeau, et n’aura d’équivalent, en matière d’innovation mais aussi de solennité, un siècle et demi plus tard, qu’avec la version que donnera un autre Piero de la même scène [2]Voir Piero della Francesca, Resurrezione di Cristo. San Sepolcro, Museo Civico..
Couvert d’un linceul qu’il porte à la romaine, tel une toge, Jésus se dirige lentement vers sa gauche, dans la direction de son regard (ce regard de biais est atteint d’un léger et étonnant strabisme), avec une majesté elle aussi romaine qui, ajoutée au drapé de son vêtement, à l’élégance de son attitude, à la manière dont il relève le pan de son habit de fortune, au rendu anatomique de la musculature de son épaule découverte, ont souvent conduit à le comparer avec une statue antique. 

On devine encore la longue hampe du drapeau de la Résurrection dont il ne demeure que les tracés linéaires du dessin gravé dans l’intonation, sans doute en grande partie, une fois encore, à cause de la violence des opérations d’arrachage mises en œuvre afin de détacher la pellicule de couleurs de son support mural. L’étendard blanc frappé d’une croix rouge devait être visible au sommet de l’image avant la découpe de ce support. C’est ce que confirme le compartiment d’une prédelle peinte quelques années plus tard par Andrea di Bartolo, pour laquelle le peintre a visiblement puisé l’essentiel de son inspiration dans l’œuvre de Piero (figure ci-dessous). Ce faisant, il nous restitue un peu de l’œuvre initiale, nous permettant de visualiser l’ensemble de la composition perdue ainsi que la présence des gardes endormis à l’extérieur du sépulcre [3]Voir Francesca, INTERGUGLIELMI, Ambrogio Lorenzetti (cat. exp., Sienne, 2017). Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2017, p. 138., et d’observer un détail vraisemblablement significatif : le drapeau romain frappé du sigle S.P.Q.R. [4]Le sigle « Senatus PopulusQue Romanus » (le sénat et le peuple romain) désignait, à Rome, les figures représentatives du pouvoir de l’État après la chute de la monarchie : le Sénat et le Peuple, en d’autres termes, les classes patricienne et plébéienne qui en constituaient les fondements. que les soldats ont abandonné pendant leur sommeil gît renversé à terre tandis que celui de la Résurrection est hissé haut sous nos yeux par le Christ.

Andrea di Bartolo, « The Resurrection », v. 1390-1410. Baltimore, Walters Art Museum.

Notes

Notes
1 La Crucifixion, également de Pietro, la Profession publique de Louis d’Anjou et le Martyre des Franciscains peints par son frère Ambrogio.
2 Voir Piero della Francesca, Resurrezione di Cristo. San Sepolcro, Museo Civico.
3 Voir Francesca, INTERGUGLIELMI, Ambrogio Lorenzetti (cat. exp., Sienne, 2017). Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2017, p. 138.
4 Le sigle « Senatus PopulusQue Romanus » (le sénat et le peuple romain) désignait, à Rome, les figures représentatives du pouvoir de l’État après la chute de la monarchie : le Sénat et le Peuple, en d’autres termes, les classes patricienne et plébéienne qui en constituaient les fondements.