Benoît de Nurcie (Norcia, v. 480 – Cassino, v. 547) : frère de Scolastique (sainte elle aussi), fondateur de l’Ordre Bénédictin, il est considéré comme « le père des moines d’Occident ». La réalité de sa vie est mal connue. Les deux seules sources dont nous disposons à son propos sont, d’une part, Les Dialogues de Grégoire Ier le Grand, rédigés en 593-594, soit une trentaine d’années après la mort de Benoît survenue en 547 (ou 560), et d’autre part la « règle » monastique dont il serait l’auteur.
Un lecteur de la Divine Comédie (Paradis, Chant XXII) pourrait s’étonner des mots que prononce Benoît s’adressant à Dante au pied de l’Échelle de Jacob :
[…] perché non e in loco e non s’impola ;
e nostra scala infino ad essa varca,
onde così dal viso ti s’invola.
Infin là sù la vide il patriarca
Iacobbe porger la superna parte,
quando li apparve d’angeli sì carca.
« […] car elle [1]Elle : la « plus haute sphère ». n’a pas de lieu ni de pôle,
et notre échelle arrive jusqu’à elle,
c’est pourquoi elle vole ainsi hors de ta vue.
Jusque là-haut la vit le patriarche
Jacob dresser sa partie supérieure,
quand elle lui apparut si chargée d’anges. » [2]Dante ALIGHIERI, Paradis, XXII, 68-72.
Cependant, un chapitre de la règle dictée par saint Benoît, consacré à l’humilité, formule explicitement la même idée dès le VIe siècle : « Si nous voulons atteindre le sommet suprême de l’humilité et si nous voulons parvenir rapidement à cette hauteur céleste où l’on monte par l’humilité de la vie présente, il nous faut dresser et gravir par nos actes cette échelle qui apparut en songe à Jacob, où il vit des anges descendre et monter. Sans nul doute, cette descente et cette montée ne signifient rien d’autre pour nous, sinon qu’on descend par l’élèvement et qu’on monte par l’humilité. Or cette échelle dressée, c’est notre vie en ce monde que le Seigneur dresse vers le ciel quand notre cœur s’humilie. Car à notre avis les montants de cette échelle sont notre corps et notre âme. » [3]BENOÎT DE NURCIE, Regula, VII, De humilitate, 6-9.
Outre l’Ordre de Saint-Benoît ou Ordre bénédictin, créé en 529, plusieurs autres ordres monastiques vivent (ou ont vécu) sous la règle de saint Benoît. Parmi eux :
- l’Ordre de Cluny ou clunisien, créé en 909 ou 910, supprimé en 1790
- l’Ordre camaldule ou des Camaldules : créé en 1024
- l’Ordre cistercien, créé en 1098
- l’Ordre des Célestins, créé en 1248, supprimé en 1778
- l’Ordre du Mont-Olivet ou congrégation bénédictine de Notre-Dame du Mont-Olivet, créé en 1313
- l’Ordre cistercien de la Stricte Observance ou trappiste, créé en 1662
Iconographie
Benoît est représenté
- tantôt jeune, tantôt âgé
- tantôt vêtu de la coule noire, tantôt de la bure blanche (lorsque l’œuvre a été commandée par les Bénédictins réformés : Cisterciens, Camaldules, Olivétains)
Ses attributs sont
- un tamis brisé (objet de l’un des miracles accomplis par le saint)
- une coupe d’où s’échappe un serpent venimeux (second miracle)
- un corbeau portant dans son bec un pain empoisonné (troisième miracle, parmi tant d’autres …)
Episodes de la vie du saint :
Ils sont si nombreux que l’on pourrait écrire des pages à leur sujet. Contentons-nous de ce qui suit [4]Le visiteur qui se rendra au Monastère de Monte Oliveto Maggiore, dans la Province de Sienne, pourra suivre en image un total de trente-six épisodes de la vie de saint Benoît..
- Benoît quitte sa maison de Nurcie en compagnie de son ancienne nourrice.
- A Effida, il répare miraculeusement le tamis brisé de sa nourrice.
- Après s’être séparé de sa nourrice, il s’installe dans le désert de Subiaco, à l’intérieur d’une grotte inconnue de tous, excepté de l’ermite Romano, qui vit selon la règle de Theodacus, et de qui il reçoit l’habit de moine.
- Romano lui apporte régulièrement du pain et un repas qu’il lui fait parvenir suspendu au bout d’une corde, devant l’entrée de la grotte ; une clochette accrochée à cette corde avertit le saint que son repas est disponible.
- Mais le diable, un beau jour, casse la clochette.
- Dieu, sous l’apparence d’un ange, apparaît à un prêtre qui vient d’achever la préparation de son repas de Pâques et l’enjoint de le partager avec Benoît.
- Benoît chasse d’un signe de croix un corbeau qui l’importunait.
- Benoît surmonte la tentation en se roulant dans un buisson d’épines.
- Il est élu abbé d’un monastère voisin.
- Il détruit les idoles du Mont Cassin.
- Il fait construire de nombreux monastères.
- Il ressuscite un moine mort à la suite de sa chute d’un échafaudage.
- Il rencontre Totila à qui il prédit sa mort prochaine.
- Il ressuscite un enfant mort.
- Le Christ lui apparaît et lui annonce sa mort prochaine.
- Il annonce cette mort prochaine à ses frères.
- Ses funérailles.
Notes
| 1↑ | Elle : la « plus haute sphère ». |
|---|---|
| 2↑ | Dante ALIGHIERI, Paradis, XXII, 68-72. |
| 3↑ | BENOÎT DE NURCIE, Regula, VII, De humilitate, 6-9. |
| 4↑ | Le visiteur qui se rendra au Monastère de Monte Oliveto Maggiore, dans la Province de Sienne, pourra suivre en image un total de trente-six épisodes de la vie de saint Benoît. |
